(3/6) Le reboisement : opportunités et limitations

Après avoir initié en 2018 un projet pilote d’apiculture, Naturevolution démarre un projet de reboisement à proximité des villages du Makay : les forêts villageoises. Mais nous ne pouvions lancer ce projet sans vous expliquer cette rentrée comment celui-ci s’inscrit à la fois dans un contexte local précis et dans un contexte global préoccupant. À travers 6 articles nous faisons le point sur l’état actuel de la déforestation, des engagements ou actions initiés par les différents gouvernements, des initiatives en terme de reboisement en particulier à Madagascar et enfin des actions possibles à votre échelle pour lutter contre la déforestation. Tout un programme !

Reboiser [ʁǝ.bwɑ.ze] : Planter des arbres sur des terrains où il existait des bois qui ont été détruits.

Reboisement ou reforestation ?

Souvent considérés comme synonymes, nous choisissons d’utiliser ici le terme de reboisement pour indiquer le fait de planter des arbres d’une manière générale, sans que le type, la destination ou l’utilisation de la forêt créée soit précisé.

D’autres termes décrivent des activités spécifiques, mais le sens des mots conserve une part d’incertitude : reforestation (qui nous semble plus adapté pour parler de restauration de forêts préalablement existantes), ré-ensauvagement ou rewilding (rendre des terres à la nature activement ou passivement), régénération de la végétation naturelle (mais celle d’il y a 500 ans ou 10.000 ans?), etc.

Reboiser massivement contre le changement climatique ?

En 2015, le biologiste Thomas Crowther a dénombré pour la première fois le nombre d’arbres sur la planète et en était arrivé au chiffre de 3.000 milliards, soit environ 422 arbres par habitant.

D’après une nouvelle étude de l’ETH-Zürich en Suisse de juillet 2019, il serait possible d’ajouter 1.000 milliards d’arbres sur la planète, ce qui permettrait d’absorber 205 gigatonnes de CO2 et de faire diminuer de 25 % le taux de CO2 dans l’atmosphère au cours des 40-100 prochaines années si nous plantons les bons arbres aux bons endroits. Il est bon de noter qu’il s’agit d’un scénario réaliste et que ces 1000 milliards d’arbres ne viendront pas accaparer des terres agricoles aujourd’hui utilisées. Il s’agit plutôt de terres abandonnées ou dégradées.

Pépinière à Madagascar

La première initiative de pépinières villageoises instaurée par Naturevolution au tout début du projet Makay.

Un scénario loin d’être une solution miracle

Ce projet est une formidable opportunité pour atténuer certains effets de la crise climatique, mais seulement à moyen terme, le stockage du carbone n’étant pas immédiat. Il s’agit par ailleurs d’un « capital de stockage carbone » fini : si les arbres peuvent absorber une bonne partie du CO2 généré à ce jour dans l’atmosphère, il n’en reste qu’il faut arrêter d’y injecter de telles quantités au quotidien.

Il est important de noter que des projets de reboisement associés à la revente de crédits carbone générés sous forme de « droits à émettre des gaz à effet de serre », comme c’est parfois le cas, vient annuler le bénéfice décrit dans l’étude ci-dessus (l’absorption du CO2 existant). Nous ne couvrirons pas le vaste sujet de la finance carbone dans cet article, mais Les Amis de la Terre ont réalisé un très bon dossier sur le sujet, avec de nombreux liens pour approfondir.

Un tel reboisement à grande échelle peut n’avoir que très peu de bénéfices en terme de biodiversité. Les plantations forestières, généralement monospécifiques ou faiblement diversifiées, ne permettent pas de restaurer les riches écosystèmes détruits par la reforestation, sauf en cas de choix notable – et rare – d’un tel objectif dans le projet, comme le ré-ensauvagement traité ci-dessous.

Plantation de palmiers à huile à Sulawesi (Indonésie)

Les plantations sont aussi exigeantes en eau et resteront plus vulnérables que des forêts matures aux feux, maladies et orages le temps de leur croissance. Leur entretien est donc essentiel. Une utilisation non destructrice de la ressource bois ainsi générée (pour la consctruction ou l’ameublement) peut permettre un stockage plus long du CO2 avant son relâchement dans l’atmosphère.

Le reboisement peut présenter de nombreux autres avantages comme l’enraiement de l’érosion, la rétention de l’eau dans le sol, un bénéfice en terme de précipitations dans le climat régional, ou encore en fournissant des ressources aux populations environnantes et en réduisant d’autant la pression sur d’autres forêts que l’on cherche à protéger. C’est précisément ce que Naturevolution envisage avec le projet Forêts villageoises dans le massif du Makay à Madagascar.

Il n’en reste qu’avant de planter des forêts nouvelles nous devrions commencer par arrêter de détruire les splendides forêts primaires qu’il nous restent !

Formation d’un Lavaka dans le Makay par un processus d’érosion.

Panorama des politiques de reboisement à travers le monde

Alors que la déforestation est loin d’être sous contrôle et que les mesures prises pour l’enrayer sont insuffisantes, les gouvernements font le choix de campagnes massives de plantation d’arbres, souvent très médiatisées.

2011 – l’Allemagne et l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) lancent le Challenge de Bonn. L’objectif est de reboiser 150 millions d’hectares d’ici 2020, afin d’enrayer la perte de surfaces forestières.

2014 – l’ambition est revu à la hausse avec la « Déclaration de New York sur les forêts » lors du Sommet sur le climat. L’objectif passe à 350 millions d’hectares avant 2030.

Les pays renchérissent en nombre d’arbres plantés ou annoncés, sans être toujours cohérents :

  • L’Australie veut planter un milliard d’arbres d’ici 2050, mais continue de couper des forêts primaires.
  • Le Pakistan annonce 10 milliards d’arbres d’ici 2030.
  • L’Inde bat un record du monde en 2017 avec 66 millions d’arbres plantés en 12 heures grâce au concours de 1,5 million de bénévoles.
  • La ville de Milan annonce un objectif de 3 millions d’arbres d’ici 2030.
  • L’Islande a planté 3 à 4 millions d’arbres depuis 2015.
  • Madagascar veut redevenir une île verte avec un objectif de 40 millions d’arbres plantés par an.
  • En juillet 2019, l’Ethiopie a planté 363 millions d’arbres en 12h, battant le record de l’Inde. Le pays veut replanter plus de 4 milliards d’arbres dans les prochains mois. 4% du territoire est actuellement recouvert de forêts, contre 1/3 au début du 20ème siècle.

Cela fonctionne-t-il ?

Ces campagnes de plantation d’arbres, comme celles de l’Ethiopie entre 2010 et 2015, cachent souvent une dure réalité : faute d’entretien, 75% des graines semées ou des arbres plantés n’ont pas survécu.

Mais des succès passés montrent que ces campagnes – bien réalisées – peuvent fonctionner :

  • En Corée du Sud, suite à un programme de reforestation massif qui a duré 25 ans, la part du territoire recouvert de forêts est passé de 35% à 64%.
  • La Chine reboise à grande échelle depuis les années 80, et prévoit de compléter en 2050 une ceinture forestière de 4500km de long pour contenir l’expansion du désert de Gobi.
  • La France compte aujourd’hui plus de forêts qu’au Moyen-Âge grâce aux politiques de gestion des forêts. La surface forestière augmente, seulement 1/3 de la production annuelle de biomasse étant récoltée.
Evolution de la couverture forestière en France entre 1830 et 2019.

Evolution de la couverture forestière en France entre 1830 et 2019.

Et le rewilding dans tout ça ?

Le rewilding – ou ré-ensauvagement – consiste à rendre des terres à la nature, soit en recréant ce qui y était avant (une forêt tropicale, une savane, etc.), soit pour laisser la nature y reprendre ses droits toute seule.

On peut citer par exemple :

Evolution de la couverture forestière dans le domaine de Sebastião Salgado entre 2001 et 2019.

  • Le projet d’Omar Tello, illustre inconnu qui a acheté 7 hectares de pâturages (déforesté il y a longtemps) et y a replanté pendant 30 ans des plantes qu’il a sauvées de la déforestation dans tout le pays. Il est mis à l’honneur dans une très belle vidéo (9 min).

En conclusion : il est tout à fait possible de faire ET de la reforestation ET de favoriser la biodiversité, il suffit de bien s’y prendre. Et la priorité reste de lutter activement contre la déforestation à tout les niveaux !

Nos partenaires

Ce projet de reboisement est soutenu par MaltemUn premier financement à hauteur de 10.000€ a été obtenu auprès de Maltem, permettant le lancement du projet Forêts villageoises. Maltem est un écosystème de sociétés de conseil spécialisées dans la transformation digitale et l’innovation durable, et un partenaire de Naturevolution depuis 2016.

Toute la série d’articles

Un article proposé par Gaëtan Deltour et Yann Bigant

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