(4/6) Comment agir contre la déforestation

Après avoir initié en 2018 un projet pilote d’apiculture, Naturevolution démarre un projet de reboisement à proximité des villages du Makay : les forêts villageoises. Mais nous ne pouvions lancer ce projet sans vous expliquer cette rentrée comment celui-ci s’inscrit à la fois dans un contexte local précis et dans un contexte global préoccupant. À travers 6 articles nous faisons le point sur l’état actuel de la déforestation, des engagements ou actions initiés par les différents gouvernements, des initiatives en terme de reboisement en particulier à Madagascar et enfin des actions possibles à votre échelle pour lutter contre la déforestation. Tout un programme !

Introduction

Une grande partie de la déforestation dans le monde résulte de la surconsommation des populations urbaines (ou consommant de façon similaire) et de l’augmentation de leur niveau de vie, dans une économie mondialisée où les accords de libre-échange se multiplient. En tant qu’européens, nous sommes parmi les premiers concernés.

Un niveau de vie plus élevé se traduit souvent par une augmentation de la consommation de viande, de produits contenant de l’huile de palme, de chocolat, d’essence et de pneus pour la voiture, etc. Nombre de ces produits sont liés à la déforestation.

La déforestation engendrée par notre consommation est dite ‘importée’, car elle est causée dans d’autres pays du monde : des endroits où la déforestation est soit encouragée par le gouvernement local, soit n’est pas combattue faute de moyens ou de volonté politique. Ce sont malheureusement ces pays-là – comme le Brésil, l’Indonésie et la RDC – qui contiennent aujourd’hui les dernières grandes forêts tropicales de notre planète.

Si vous lisez cet article, il y a fort à parier que vous appartenez à cette part de la population mondiale qui est suffisamment favorisée (même si vous n’en avez pas l’impression !) pour avoir un impact sur des forêts à l’autre bout du monde. La bonne nouvelle ? Notre pouvoir en tant qu’européens pour peser sur la déforestation n’en est que d’autant plus fort ! Tour d’horizon.

Forêt du Makay, Madagascar

Forêt du Makay, Madagascar

Réduire drastiquement sa consommation de viande et de produits laitiers

L’élevage bovin et la culture du soja qui est exporté comme aliment du bétail dans de nombreux pays du monde sont la première cause de la déforestation en Amérique du Sud. Selon Greenpeace, l’élevage bovin serait responsable de la destruction de près de 63% de la forêt amazonienne, et la situation est aujourd’hui pire dans les milieux naturels adjacents. Une bonne partie de cette déforestation est attribuable aux européens qui sont le 2ème importateur mondial de soja. Les viandes de bœuf et d’agneau ont notamment une empreinte environnementale complètement démesurée et il vaut mieux abandonner complètement, mais les volailles européennes sont aussi largement nourries au soja importé.

Pas convaincu ? Lisez le rapport complet de Greenpeace :
Mordue de viande – l’Europe alimente la crise climatique par son addiction au soja.

Une autre méta-étude publiée en 2018 et portant sur 119 pays, 40.000 fermes, et 90% de tout ce qui est mangé à travers le monde, donne des chiffres sur l’impact de la viande : au niveau mondial, 83% des terres agricoles sont utilisées pour la production de viande et de produits laitiers (83%!), tout ça pour ne produire que 37% des protéines et 18% des calories… tout en générant 60% des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole !

Les impacts considérés par l’étude vont de l’utilisation des terres (déforestation, pesticides, perte de la biodiversité et des milieux naturels, etc.) aux émissions responsables du changement climatique, en passant par la consommation d’eau et la pollution (eau, air). Difficile de faire plus exhaustif.

L’étude souligne également que la ‘viande responsable’ n’est pas une solution de remplacement : « la viande et les produits laitiers les plus ‘durables’ (plus petit impact) ont un impact beaucoup plus important que les végétaux et les céréales les moins durables. » Une conclusion qui rejoint les constats du rapport de Greenpeace ci-dessus.

La viande, moteur de la déforestation

Il est bon de noter certains effets pervers du commerce mondial : la viande européenne, par exemple, largement nourrie avec du soja importé, est elle-même exportée. La France, où la consommation de viande rouge décroît depuis plus de 20 ans, vient d’obtenir de la Chine la levée d’un embargo de 17 ans sur l’importation de la viande de bœuf : le gouvernement français espère exporter plusieurs milliers de tonnes de bœuf français vers la Chine, alors que l’accord de libre-échange avec le Mercosur prévoit d’augmenter l’importation de viande de bœuf d’Amérique du Sud ! Ce qui nous amène au point suivant : l’action du gouvernement et les moyens pour les individus de peser dessus.

Peser sur les décisions publiques

Via les élection : voter, et pas pour n’importe qui :)
On se lamente en France de l’inaction du gouvernement sur les questions environnementales et climatiques. Mais les électeurs continuent de porter au pouvoir des candidats et des partis politiques qui font bien peu en terme de défense du climat et de la biodiversité. Emmanuel Macron et LRM portent un programme libéral qui vise à signer plus d’accords de libre-échange (dernièrement le CETA avec le Canada et l’accord avec le Mercosur), et à donc augmenter le commerce mondial au lieu de favoriser le local. Leurs engagements en terme de climat et de biodiversité ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux en cours.

Même suite à la démission fracassante de Nicolas Hulot, les élections européennes ont continué de favoriser LRM et le Rassemblement National (ex-FN). Le score de EELV, bien qu’acclamé, n’a été qu’autour de 17% et les autres partis politiques (PS, LFI etc.) qui ont un programme solide sur l’environnement ont fait encore moins. Alors n’oubliez pas que les élections sont un des moyens à disposition de faire changer les choses, et que l’environnement est le sujet le plus important du 21ème siècle.

Via la justice
Las d’attendre la concrétisation d’engagements politiques en matière d’environnement, des groupes de citoyens ont porté l’affaire devant les tribunaux dans plusieurs pays : aux Pays-Bas (avec succès!), en Colombie, en Afrique du Sud, etc. En France, quatre ONG (l’Affaire du siècle, la FNH, Greenpeace et Oxfam) ont décidé d’attaquer l’Etat français en justice pour qu’il respecte ses engagements climatiques et protège nos vies, nos territoires et nos droits : ajouter votre signature à L’affaire du siècle.

Faire reconnaître le crime d’Écocide – Un vaste mouvement mondial (et notamment européen) défend la reconnaissance légale du concept d’écocide, ou de crime contre l’environnement, ce qui offrirait bien plus de moyens juridiques d’assigner états et entreprises privées en justice pour les dégâts causés à l’environnement. En savoir plus par ici : le site End Ecocide on Earth et l’entrée Écocide sur Wikipédia.

Via l’activisme
Les grandes avancées en matière d’environnement ou de droits sociaux ont été obtenus par de petits groupes d’individus motivés qui ont su rassembler et faire pression sur le politique et les groupes privés, via différentes méthodes, notamment médiatiques. Rentrer dans le détail n’est pas le but de cet article, mais il n’en reste pas moins que l’activisme est un des moyens les plus efficaces pour obtenir des avancées significatives. Il existe des groupes locaux un peu partout en France et en Europe, focalisés sur diverses causes environnementales. On peut citer notamment les groupes locaux des Amis de la Terre et le tout jeune mais prometteur mouvement Extinction Rebellion. Il y en a bien d’autres : à vous de creuser le sujet !

Soutenir un projet avec un réel impact

Voter avec son portefeuille, avec son bulletin de vote et réduire sa consommation sont des actions puissantes qu’en tant qu’européens nous pouvons faire tout les jours. Mais ce ne sera pas suffisant et ce n’est pas tout ! Il y a de nombreuses ONG qui développent d’excellents projets pour préserver les forêts existantes, reboiser pour réduire d’autant la pression sur celles-ci, et développer des projets de conservation, le tout au bénéfice tant de la biodiversité que des communautés locales.

Après avoir monté des projets autour de l’activité économique (apiculture, écotourisme) et sociale (éducation), Naturevolution lance en 2019 un projet de reboisement autour des villages du Makay tant pour réduire la pression sur les forêts du massif, que pour fournir des ressources aux communautés. Alors, faites un don pour nous aider ! Mensuel de préférence ;-)

Pépinière de Tsiajorambo dans le Nord Makay © Tom Dépériers / Naturevolution

Le chocolat et l’huile de palme

Oui, le chocolat ! La demande mondiale en terme de cacao est de plus en plus un moteur de déforestation. Si la déforestation est, en surface totale, la plus importante au Brésil, c’est le cacao qui est à l’origine des plus fortes accélérations de la déforestation en 2017 et 2018. Celles-ci ont lieu jusque dans les parcs nationaux d’Afrique de l’Ouest ! Lire à ce sujet l’excellent rapport en français de l’ONG Mighty Earth : La déforestation amère du chocolat.

France Nature Environnement s’est associée à Mighty Earth pour produire un classement des marques les plus connues. Vous pouvez également signer une pétition mais le plus efficace reste d’agir sur la demande.

L’huile de palme est quant à elle responsable de près de 20% de la déforestation dans le monde et se fait au dépens des dernières forêts tropicales primaires en Indonésie et, de plus en plus, en RDC. Il est à noter que l’huile de palme se cache dans de nombreux produits et est parfois invisible sur les listes d’ingrédients comme le dénonce l’ONG Foodwatch qui demande plus de transparence dans les étiquettes (pétition). Enfin, grâce à Total et au gouvernement français, l’huile de palme se cache également dans le réservoir de votre voiture !

Il n’est pas forcément opportun de bannir l’huile de palme pour la remplacer par une autre huile (qui pourrait avoir un impact pire sur l’environnement), mais il faut réduire son niveau de consommation au maximum, et tenter de s’assurer de sa provenance. Une tâche encore ardue en 2019. Vous pouvez également signer la pétition de Greenpeace contre la déforestation en Indonésie liée à l’huile de palme.

Les pneus de voiture

La production de caoutchouc naturel a explosé depuis 2000 avec une augmentation de 75% de sa production mondiale via notamment la production de pneus (70% de la production de catouchouc). C’est l’un des principaux facteurs de déforestation en Indonésie, Malaisie et Thaïlande comme le dénoncent le WWF et Mighty Earth.

L'impact des pneus de voiture sur la forêt en Asie du Sud-Est

Et le reste : le papier, le bois, etc.

Le papier, le bois et autres commodités ne sont plus les principaux moteurs de la déforestation au regard des autres menaces, mais ils y contribuent.

Le papier – Si vous avez des impressions à faire chez vous, ou à commander pour le compte de votre entreprise, choisissez des papiers certifiés, mais pas avec n’importe quels labels. Privilégiez les papiers 100% recyclés ou avec des fibres vierges certifiées FSC. Le mieux reste d’avoir des papiers qui associent 2 certifications ou plus, comme le label FSC, le label Ange Bleu ou l’Écolabel Européen.

Les labels Imprim’Vert ou PEFC souvent mis en avant en France offrent très peu de garanties car ces labels ont été mis en place par, respectivement, les imprimeurs et les papetiers eux-même.

Le bois – Pour l’achat du bois (parquet, meubles, mobilier de jardin, etc.), privilégiez le bois certifié FSC. En l’absence de ce certificat, privilégiez les meubles réalisés à partir d’essences de bois locales (hêtre, chêne, châtaignier…) ainsi que les circuits courts. Greenpeace donne quelques conseils supplémentaires sur cette page.

La limite des gestes individuels

Etendons la question à la crise climatique et à celle de la biodiversité dans leur ensemble : Manger moins de viande, prendre moins l’avion, rouler en vélo et autres ‘petits’ gestes individuels… cela sera-t-il suffisant pour sauver le climat et la biodiversité ? Pas complètement. Faut-il pour autant ne rien faire ? Bien au contraire !

Faire sa part 6 - Carbone 4

Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’état face à l’urgence climatique.
Cliquer sur l’image pour ouvrir en grand. Source : le rapport Faire sa part de Carbone 4.

Les changements de comportement sont indispensables. Les plus impactants d’entre eux permettent d’atténuer la gravité de la situation. Par exemple, entre 1990 et 2010, le seul poste de consommation des français qui a vu son empreinte carbone diminuer a été l’alimentation, grâce à la diminution conséquente de la consommation de viande rouge, diminution liée aux scandales sanitaires et à des préoccupations de santé (lire la lettre de Carbone 4 ou l’article de terraeco).

Surtout, faire un choix de consommation ou de non-consommation est une manière de changer sa relation au monde, de prendre conscience de son impact et de pousser la réflexion plus loin. Des études ont également montré que les changements d’opinion et de comportement dans la population se traduisaient par des changements au niveau politique. Et bien entendu, il faut associer les gestes individuels aux autres moyens décris dans les paragraphes ci-dessus ‘Peser sur les décisions publiques‘ et ‘Soutenir un projet de reforestation‘. Tout commence donc par nous !

Nos partenaires

Ce projet de reboisement est soutenu par MaltemUn premier financement à hauteur de 10.000€ a été obtenu auprès de Maltem, permettant le lancement du projet Forêts villageoises. Maltem est un écosystème de sociétés de conseil spécialisées dans la transformation digitale et l’innovation durable, et un partenaire de Naturevolution depuis 2016.

Toute la série d’articles

Un article proposé par Gaëtan Deltour et Yann Bigant

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