(1/6) La déforestation : un état des lieux en 2019

Après avoir lancé en 2018 un projet pilote d’apiculture, Naturevolution démarre un projet de reboisement à proximité des villages du Makay : les forêts villageoises. Mais nous ne pouvions lancer ce projet sans vous expliquer au préalable comment celui-ci s’inscrit dans le contexte précis du Makay et dans un contexte global préoccupant. À travers 6 articles nous faisons le point sur l’état actuel et les causes de la déforestation dans le monde, à Madagascar et dans le Makay, sur ce que les gouvernements font pour lutter contre, sur les initiatives de reboisement à travers le monde et à Madagascar, et enfin sur les actions les plus impactantes qu’un individu peut avoir pour lutter contre la déforestation. Tout un programme !

Une tendance inquiétante

Le phénomène de déforestation engendré par le développement des activités humaines n’est pas récent. Bien avant le développement de l’agriculture, Homo sapiens avait déjà un impact considérable sur les forêts, mais la faible densité démographique et la mobilité du chasseur-cueilleur permettait aux forêts de se régénérer dans une certaine mesure.

En revanche, que la déforestation massive perdure au 21ème siècle dans un contexte de raréfaction des surfaces forestières riches en biodiversité, de crise d’extinction du vivant, et de réchauffement climatique rapide est extrêmement inquiétant. Considéré comme « hors de contrôle » dans de nombreux pays du monde, la déforestation actuelle ne serait-elle pas le résultat de nos choix de vie?

Le phénomène s’est même aggravé dans certains pays. Au Brésil par exemple, où la déforestation avait pourtant connu une diminution spectaculaire jusqu’en 2012, grâce à une volonté politique (liée notamment à l’extension des zones protégées) et l’utilisation de l’imagerie satellite, elle est repartie de plus belle.

Au mois de juin 2019 une accélération importante de la déforestation de l’Amazonie a été signalé par l’Institut National de Recherche Spatiale du Brésil (INPE). En un mois, c’est 920 km2 de forêt tropicale qui ont disparu. Un recul qui n’augure rien de bon pour la biodiversité et les peuples autochtones précisément au moment où l’Union Européenne vient de signer un accord de libre échange avec le Mercosur (accord qualifié de « contradiction complète avec nos ambitions climatiques » par Nicolas Hulot).

Que disent les chiffres ?

Selon le rapport annuel de Global Forest Watch, le monde a perdu en 2018, 12 millions d’hectares de forêts tropicales, dont 3,64 millions de forêts tropicales primaires soit l’équivalent de la Belgique ! Il s’agit là de la quatrième plus mauvaise année en terme de déforestation de la forêt tropicale, après 2016, 2017 et 2014 depuis les premiers enregistrements réalisés en 2001.

Les pays les plus concernés par la déforestation sont le Brésil, l’Indonésie et la République Démocratique du Congo (RDC) – trois pays qui concentrent presque 60% des forêts tropicales de notre planète – ainsi que la Colombie et la Bolivie. Certaines forêts ont longtemps été épargnées à cause de guerres civiles qui ont duré plusieurs décennies, comme en Colombie, en RDC ou au Myanmar (Birmanie), mais avec la fin ou le ralentissement de ces conflits, ces forêts sont vues comme autant de nouvelles opportunités d’exploitation.

Le futur s’annonce sombre pour les grandes forêts tropicales et leur biodiversité. Soumis à de nombreuses pressions anthropiques locales (déforestation pour expansion agricole, dégradation par l’exploitation forestière, braconnage), auxquelles s’ajoutent celle du changement climatique qui augmente les risques d’incendies et impose aux espèces un déplacement géographique rapide (300 mètres/an), il ne pourrait rester des grandes forêts tropicales que quelques fragments fortement dégradés à la fin du siècle.

Attention à l’interprétation des chiffres ! Vous avez peut-être entendu parler d’une augmentation de 88% de la déforestation au Brésil au moins de juin 2019 ou encore de 278% au mois de juillet 2019 dans la presse. Nous vous conseillons l’article de Mongabay qui vous explique en quoi l’interprétation de ces chiffres par les médias ne sont pas exact et aide le président brésilien Bolsonaro à remettre en cause les institutions scientifiques.

Des causes différentes selon les continents

D’après le rapport sur l’Etat Mondial des Forêts publié par la FAO en 2016, près de 80% de la déforestation mondiale est causée par l’agriculture (30-35% pour de l’agriculture de subsistance et 45-50% pour l’agriculture commerciale ou industrielle) et 20% par la construction d’infrastructures, les activités minières et l’urbanisation. Mais les causes de la déforestation sont radicalement différentes d’un continent à l’autre.

Amérique du Sud
Si l’on regarde encore le cas du Brésil, les causes de la déforestation en 2018 ont été à 65-70% la création de pâturages pour l’élevage (le Brésil exporte beaucoup de viande de bœuf) et à 25-30% pour l’agriculture (notamment l’exportation du soja vers la Chine et l’Europe pour leurs élevages). L’exploitation forestière ne représente qu’une petite partie de la déforestation.
Carte des écosystèmes soumis au risque de déforestation en Amérique du Sud

La situation est similaire dans d’autres pays (Bolivie, Péru, Colombie, Paraguay, etc.) et ne concerne pas que le bassin Amazonien. Moins connus, le Gran Chaco et le Cerrado sont de plus en touchés par la déforestation.

Le Gran Chaco, à cheval sur plusieurs pays, abrite la plus grande forêt sèche d’amérique latine ainsi que des savanes et des zones humides. Le Cerrado, situé principalement au Brésil, est une immense savane tropicale composée de nombreux types d’habitats naturels – savane forestée, savane humide, forêts galeries, etc. – et héberge une biodiversité extrêment riche et diversifiée. Ces deux milieux, moins soumis à la pression politique que l’Amazone, connaissent une déforestation sans précédent, notamment causée par l’Europe.


Asie du Sud-Est
En Indonésie et en Malaisie, le moteur de la déforestation est l’huile de palme. Ailleurs en Asie du Sud-Est, ce sont les plantations d’hévéas pour le caoutchouc (la fabrication des pneus). D’autres commodités les rejoignent : le poivre de Java par exemple.

Plantation de poivre sur l’île de Sulawesi, en Indonésie.

Afrique
A l’inverse de l’Asie ou de l’Amérique du Sud, l’Afrique subit une déforestation dont les causes essentielles ne sont pas liées à l’agriculture commerciale. La majorité de la déforestation africaine est le fait de petits paysans qui produisent une agriculture locale de subsistance. C’est notamment le cas à Madagascar, où la déforestation est causée par le défrichement de la forêt pour la culture sur brûlis (tavy) ou pour la production de charbon de bois pour la cuisson.

Mais c’est en train de changer. Depuis une dizaine d’années, les forêts d’Afrique centrale et d’Afrique de l’ouest sont vues comme le ‘nouvel eldorado’ de l’agriculture industrielle, où des forêts vierges peuvent être remplacées par des plantations répondant à la demande en commodités du marché international. Les forêts du Condo et du Cameroon sont menacées par l’expansion de l’huile de palme, et, en Côte d’Ivoire et au Ghana, c’est jusque dans les aires protégées que l’on déforeste pour le cacao d’exportation.

Feu de brousse dans le massif du Makay, à Madagascar.

Nos partenaires

Ce projet de reboisement est soutenu par MaltemUn premier financement à hauteur de 10.000€ a été obtenu auprès de Maltem, permettant le lancement du projet Forêts villageoises. Maltem est un écosystème de sociétés de conseil spécialisées dans la transformation digitale et l’innovation durable, et un partenaire de Naturevolution depuis 2016.

Toute la série d’articles

Un article proposé par Gaëtan Deltour et Yann Bigant

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