Pourquoi le Makay

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Un grand merci pour ce texte à Julien Chapuis de Natexplorers, médiateurs scientifiques et éditeurs de supports de sensibilisation sur l’expédition Makay 2017.

21° 9’ 51’’ Sud, 45° 22’ 34’’.
D’après notre GPS, nous sommes au milieu de nulle part. Ni routes, ni habitations à des kilomètres à la ronde mais de hauts plateaux et de profonds canyons qui dessinent le paysage. Pourquoi alors mener une expédition scientifique dans ce monde coupé du monde, dans ce « monde perdu » de Madagascar ?

Madagascar est une île ancienne où la faune et la flore ont évolué en vase clos pendant des millions d’années, à l’origine d’une biodiversité remarquable dont l’endémisme est l’un des plus élevés au monde. En 1771 déjà, Joseph-Philibert Commerson déclarait « C’est à Madagascar que je puis annoncer aux naturalistes que c’est la véritable terre promise pour eux. C’est là que la nature semble s’être retirée dans un sanctuaire particulier pour y travailler sur d’autres modèles que ceux auxquels elle s’est asservie ailleurs. Les formes les plus insolites et les plus merveilleuses s’y rencontrent à chaque pas. ».

Mais depuis l’arrivée de l’homme, il y a 2 000 ans, cet équilibre précaire a été progressivement déstabilisé. À l’époque, Madagascar est recouverte de 90 % de forêt – lui donnant le surnom d’île verte. En 1950, seuls 50 % de la végétation restent encore debout. L’île verte laisse alors place à l’île bleue, la forêt primaire à la forêt secondaire. Aujourd’hui, le couvert forestier représente environ 10 % de la surface de Madagascar – nous voici à l’époque de l’île rouge.

Grenouille_Makay

Cette jolie grenouille endémique a atterri par mégarde sur la chevelure de l’ornithologue de l’une de nos missions dans le massif du Makay à Madagascar

Cette situation à double-face – une biodiversité élevée qui pâtit d’une forte pression anthropique – fait de Madagascar l’un des 35 points chauds de biodiversité de la planète et une priorité mondiale en terme de protection de la nature. Parmi les derniers refuges naturels malgaches, encore peu explorés et exploités, le massif du Makay est un cas singulier.

De par ses caractéristiques géologiques – un massif ruiniforme façonné par des millions d’années d’érosion – et sa situation géographique – au croisement des influences Est et Ouest de Madagascar –, le Makay s’apparente à « une île dans l’île ». Formé de hauts plateaux couverts d’une végétation herbacée et arbustive typique de l’ouest, et de profonds canyons occupés par une forêt humide caractéristique de l’Est de l’île, le Makay, vu du ciel, prend des allures de labyrinthe minéral et végétal. Dans cet immense dédale de près de 4 000 km² (100 fois la surface de Paris), la biodiversité a évolué en quasi-autarcie, à l’origine d’un endémisme exceptionnel : 75 % des espèces présentes ici n’existent nulle part ailleurs.

Foret_galerie_Makay

Un enchevêtrement de canyons, un paysage caractéristique du massif du Makay. Madagascar

Pourtant, malgré son relief escarpé et son éloignement, ce coffre-fort de biodiversité est la proie de pressions et de dégradations telles que le déboisement et les feux causés par l’expansion des pratiques d’élevage et de la monoculture en bordure du massif. Face à cette situation, l’expédition Makay 2017 cherche à recenser la biodiversité restée sous le radar de la science, avant qu’il ne soit trop tard. Ici comme dans quelques lieux encore à la surface de la Terre, il existe de profondes lacunes sur la connaissance du vivant. Les missions du projet Lost Worlds, lancées par Naturevolution dans les dernières terrae incognitae de la planète, cherchent à répondre à ce besoin.

Pour cette expédition dans le Makay, des chercheurs et étudiants français et malgaches ont pour tâche de poursuivre l’inventaire de la faune et la flore initié en 2010 et 2011. Six semaines d’investigation intensive qui sont dédiées à l’étude des lémuriens et des mammifères carnivores, des oiseaux, des amphibiens et des reptiles mais aussi d’une biodiversité souvent « négligée » : fougères, mousses, insectes, invertébrés d’eau douce…

Un tenrec se fait tout petit sur une branche dans la forêt d’Antsoha. Massif du Makay, Madagascar.

Dans l’esprit des sciences participatives, l’expédition Makay 2017 accueille également en son sein une soixantaine d’écovolontaires qui assistent les scientifiques, de la mise en place de leurs protocoles jusqu’à leur mise en œuvre.

Sans oublier les logisticiens, l’équipe de tournage, les photographes, les illustratrices, les médiateurs scientifiques et les autres, qui assurent le suivi de la mission aux côtés des scientifiques. Au total, ce sont près de 100 personnes qui se relaient sur le terrain pour assurer le succès de cette aventure scientifique et humaine !

Soirée autour du feu avec les écovolontaires au camp de base de Menapanda, massif du Makay.

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