Premières activités en faveur de l’apiculture

Début 2018, Naturevolution a lancé son projet apiculture dans le Makay. Alors que, côté France, l’équipe continue à s’affairer pour compléter le budget du projet, l’équipe malgache a, quant à elle, lancé les premières actions concrètes, à savoir la mise en place de l’accompagnement technique sur le terrain, l’évaluation de la situation propre à chaque village, et l’identification et la formation des premiers apiculteurs.

Janvier – mission à Manakara

Fin janvier, une première mission à Manakara, sur la côte est de l’île, visait à concrétiser un partenariat avec les Ruches Australes en tant qu’appui technique à notre projet.

Les Ruches Australes est une petite société exploitant 300 ruches réparties sur 5 ruchers dans les environs de Manakara, une région de Madagascar connue pour la qualité de son miel. C’est d’ailleurs l’implication des apiculteurs de Manakara qui a conduit à la levée de l’embargo de l’Union Européenne sur les importations de miel de Madagascar en 2009.

Avril – mission d’évaluation dans le Makay

Trois mois plus tard, deux formateurs des Ruches Australes nous ont accompagnés sur le terrain pour une mission d’évaluation du projet dans trois villages du Sud Makay : Beroroha, Beronono et Tsivoko.

Cette mission avait pour objectifs de :

  1. faire un état des lieux de l’existant apicole, affiner la connaissance du potentiel mellifère de la zone, ainsi que son calendrier,
  2. présenter le projet aux autorités et à la population locale et évaluer leur intérêt pour le projet,
  3. affiner le projet et définir les perspectives.
Le rucher des Ruches Australes à Manakara, Madagascar.

Le rucher des Ruches Australes à Manakara, Madagascar. Bientôt des ruches similaires dans le Makay ?

Etat des lieux de l’apiculture existante

Pour mieux comprendre les usages locaux autour du miel, l’équipe est d’abord allée à la rencontre des différents types d’apiculteurs :

  • des apiculteurs traditionnels d’une part qui ont généralement une unique ruche creusée dans un tronc d’arbre à côté de leur maison. Leur connaissance des abeilles étant rudimentaire, la récolte est maigre, le miel de faible qualité et principalement auto-consommé. Il ne s’agit pas d’une activité économique à part entière.
  • des apicueilleurs d’autre part, qui recueillent le miel d’un essaim sauvage, entraînant la plupart du temps sa destruction.

À Beroroha, commune de 5000 habitants qui marque la fin de la piste accessible aux taxis-brousse, l’équipe a visité 13 apiculteurs traditionnels, dont certains actifs depuis plus de 15 ans, signe d’un vivier important pour de futurs apiculteurs formés aux techniques de l’élevage moderne, plus respectueux des abeilles et des produits de la ruche. Plusieurs d’entre eux, dont le directeur de l’école publique lui-même, possèdent plusieurs ruches et récoltent 3 fois par an (avril, juin, novembre) jusqu’à 10L par ruche et par miellée.

Ruche traditionnelle à Madagascar

Ruche traditionnelle dans un tronc d’arbre évidé.

Dans les petits villages plus proches du Makay, comptant environ une centaine de cases comme Beronono et Tsivoko, la situation est très différente. Bien que de rares ruches soient présentes, l’apiculture traditionnelle est très limitée. Habituellement plus répandue, l’apicueillette, pratiquée par des villageois ignorants de l’organisation sociale des abeilles et procédant à des prélèvements destructeurs, n’est presque plus qu’un souvenir.

Les essaims sauvages ont en effet presque totalement disparu des forêts environnantes (par ailleurs très dégradées), ce qui confirme que l’apicueillette n’est pas une activité durable. Les villageois ont par ailleurs exprimé leurs regrets de ne plus avoir de miel.

Le rucher de La Ruche Australe à Manakara.

Le rucher des Ruches Australes à Manakara, sur la côte est de Madagascar.

Espèces mellifères et calendrier de la récolte

Grâce à la présence de nombreux apiculteurs traditionnels, nous avons pu établir une liste des espèces mellifères, ainsi qu’un calendrier des floraisons et des récoltes associées :

Espèces à floraison en mars/avril/mai
Le Tsinefo ou Ziziphus ou Jujubier (Arbre)
Le Palissandre (Arbre)
L’herbe des sangliers (Ahidambo Heteropogon contortus L.) (Herbe)
Kily ou Tamarindus indica ou Tamarinier
Le Danga (Herbe)
Le Kipisopiso (Arbuste)
Le Vary ou Riz
Lengo (Liane)
Le pois mascate ou Takilotra ou Mucuna paniculata Baker (Liane)
Deux espèces Nonoka (Ficus) (Arbre)
La patate douce

Espèces à floraison en octobre/novembre
Le Tsingilofilo (Arbre)
Le Canarium ou Ramy (Arbre)
Le Taratra
Le Manipiky (Vernonia appendiculata) ambiaty ou vernonie
Le Sakoa (Poupartia caffra ou Sclerocarya birrea) (Arbre)
Le Goyavier (Arbuste)
La patate douce

Espèces à floraison en décembre
Le Marula Manga ou Manguier (Arbre)
Le Vary ou Riz

 
Nous manquons encore de quelques informations sur d’autres plantes mellifères pour lesquels nous n’avons encore que les noms vernaculaires.

Le calendrier de récolte, quant à lui, est le suivant :

  • Les récoltes ont lieu en avril, en octobre et en décembre.
  • Les mois de disette (peu ou pas de floraison) sont en juin/juillet et janvier/février.
  • L’essaimage s’effectue, lui, au mois de septembre.
Formation apiculture au village de Beroroha

Formation apiculture au village de Beroroha

Présentation du projet et premières formations

Dans chaque localité s’est tenue une réunion publique pour présenter le projet et former les villageois intéressés. Elles ont réuni entre 15 et 25 personnes, dont un certain nombre de femmes. Des généralités sur l’apiculture et les produits de la ruche ont été présentées, avant d’aborder les fondamentaux de l’élevage des abeilles, l’installation d’une ruche, les menaces pesant sur les abeilles, et le calendrier des floraisons et des récoltes.

L’accueil au projet a été favorable, avec quelques personnes particulièrement motivées.
À Tsivoko, où le rassemblement s’est tenu sous un tamarinier à coté de l’école primaire, de nombreuses personnes se sont montrées intéressées, ouvrant la possibilité d’installer une vingtaine de ruches au sein de 10 familles.
À Beroroha, où un vivier d’apiculteurs traditionnels est déjà présent, nous envisageons l’installation d’une dizaine de ruches en nous appuyant sur les apiculteurs locaux les plus actifs.
Enfin, à Beronono, nous prévoyons une dizaine de ruches également, réparties sur les 5 hameaux constituant le village.

Présentation du projet apiculture dans le village de Tsivoko.

Présentation du projet apiculture dans le village de Tsivoko.

Au cœur de la plus grande forêt du Makay

Enfin, dans la forêt de Menapanda, la plus grande du Makay, à 3h de marche de Tsivoko, la végétation mellifère est beaucoup plus riche et en meilleur état. Un essaim trouvé dans un tronc d’arbre a été transvasé dans une ruchette laissée sur place pour observation. Nous envisageons l’installation à cet endroit de quelques ruches, qui seront gérées par le garde-forestier de Menapanda, avec pour objectif l’observation du comportement des abeilles loin d’un village et la multiplication des essaims.

Transvasement de l'essaim dans la ruchette - forêt de Menapanda.

Transvasement de l’essaim dans la ruchette – forêt de Menapanda.

Adaptation du projet et perspectives

La disparition ou la raréfaction de l’apicueillette, reflétant le dépeuplement des essaims sauvages dans les forêts proches des villages nous conduit à penser que 1) le lancement du projet apicole arrive à temps, et 2) qu’il faut associer au développement de l’apiculture des campagnes de reforestation d’essences mellifères aux abords des villages.

Sans cela, l’état actuel de la végétation, par exemple à Beronono, ne supportera qu’un nombre restreint de ruches, et ne permettra pas l’augmentation du nombre d’apiculteurs. Cela est cohérent avec nos attentes, puisque l’équipe de Naturevolution avait déjà envisagé d’associer au développement de l’apiculture des actions ciblées de reforestation, laquelle fait partie intégrante de notre stratégie de conservation.

Cela permettra notamment d’utiliser l’apiculture non seulement comme activité économique, mais aussi comme moyen de restauration des milieux dégradés et de sensibilisation à la protection de l’environnement.

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Ce projet d'apiculture est soutenu par l'Agence des Micro-Projets de La GuildePartenaires : ce projet a reçu le soutien de l’Agence des Micro Projets, une initiative de solidarité internationale de La Guilde financée par l’AFD. Il est également rendu possible grâce à l’engagement de la fondation Insolites Bâtisseurs – Philippe Roméro, de la société de conciergerie d’entreprise bien être à la carte, et des nombreux donateurs individuels qui l’ont soutenu sur notre campagne de crowdfunding.

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