Madagascar face à l’épidémie de COVID-19

Madagascar est durement touchée par l’épidémie de COVID-19. Au-delà de la crise sanitaire qui ne cesse de s’amplifier, le pays, déjà fragile économiquement, pourrait avoir du mal à s’en remettre. Et les milieux naturels de la grande île, déjà fortement menacés, font face à un renforcement des pressions anthropiques laissant craindre la destruction irréversible de pans entiers de la biodiversité malgache si exceptionnelle.

La progression de l’épidémie à Madagascar

  • 20 mars 2020 – L’état malgache confirme 3 premiers cas de COVID-19, ferme les frontières et suspend les vols internationaux et régionaux.
  • 24 mars – Les villes d’Antananarivo et de Toamasina sont confinées. La 3ème ville du pays, Fianarantsoa, est confinée le 6 avril.
  • 8 avril – Le président annonce la découverte d’un remède traditionnel nommé « Covid-Organics » élaboré à partir d’armoise annuelle, précédemment mise en valeur dans le traitement du SARS en 2003.
  • 20 avril – Le confinement est en partie levé dans les villes concernées.
  • 6 juin – Madagascar franchit le cap des 1000 cas détectés.
  • 24 juin – Madagascar dénombre au moins 15 décès liés au coronavirus et la courbe des contaminations ne donne aucun signe de ralentissement.
Courbe d'évolution du nombre de cas à Madagascar (28/06/20)
Evolution du nombre de cas à Madagascar (28/06/20)

Quelles conséquences pour le pays ?

La crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 a entraîné officiellement la mort de 281 personnes (au 5 février 2021) et moins de 20.000 cas recensés sur une population totale de 27 millions d’habitants, mais a déclenché une crise économique et écologique qui risque d’avoir des effets néfastes sur le long terme. À la fin 2020, la banque mondiale annonçait que si la stabilité macroéconomique et financière avait globalement été maintenue avec une augmentation modérée de la dette et de l’inflation, le taux de pauvreté en revanche, déjà l’un des plus élevés au monde avec 75% de la population vivant avec moins de 2 euros par jour, a augmenté en 2020 de 3%, soit 1,4 millions de personnes passant sous ce seuil.

Au printemps 2020, une crise alimentaire se profilait déjà avec des prix du riz qui avaient déjà dépassé leurs plus hauts niveaux et qui devaient encore continuer à s’envoler. Un risque qui est loin d’être anecdotique lorsque l’on sait que Madagascar importe 200 000 tonnes de riz par mois. Le sud de Madagascar en particulier fait face aux triples effets de la sécheresse, de la famine et du Covid. Selon le Programme Alimentaire Mondial, environ la moitié de la population de cette région y est en besoin d’une aide alimentaire d’urgence.

Le riz est l’aliment central des repas à Madagascar

Le secteur du tourisme à l’arrêt

En 2019, plus de 375.000 touristes ont visité Madagascar, dépensant près de 900 millions de dollars. Le tourisme représente plus de 5% du PIB du pays et, avec la fermeture des frontières, ce sont 641.000 emplois locaux liés au tourisme qui sont en péril.

Pour faire face, un plan de relance économique de 347,5 millions de dollars a été élaboré par le gouvernement avec l’aide financière de l’État, mais aussi de la Banque mondiale, de l’Agence française de développement (AFD) et de l’Union européenne (UE). Le secteur du tourisme devrait bénéficier d’une petite enveloppe de 15 millions de dollars. En attendant, le Ministre du Tourisme Joël Randriamandranto parie sur le tourisme national malgré un engouement relatif de la part des agences locales qui ont des offres surtout adaptées aux visiteurs étrangers.

Des touristes partent en direction du massif du Makay.

Les forêts encore plus menacées que d’habitude

Les perturbations économiques ont entraîné une augmentation des impacts sur la nature et le COVID-19 n’a fait que renforcer une situation déjà précaire. Pas moins de 52 521 départs de feux ont été détectés entre janvier et juin 2020 à Madagascar, augmentant de la même manière dans les forêts et les zones non forestées. Dans la région d’Atsimo Andrefana, où est situé le Makay, les dernières détections révèlent qu’en 2020, les feux ont triplé pendant les mois de mars et avril, par rapport aux années précédentes à la même période. De nombreuses aires naturelles sont menacées (Aire protégée d’Antimena, Réserve sauvage de Kalambatritra, Parc national d’Andasibe-Mantadia, Forêt domaniale d’Ampanihy à Sainte-Marie…).

Le confinement et plus précisément l’interdiction des déplacements régionaux ont favorisé les réseaux criminels qui ont pu agir en toute impunité notamment dans les zones normalement protégées et surveillées. Et la perte de revenus liée notamment à l’arrêt des activités touristiques à Madagascar a aggravé la situation sociale et économique de nombreuses familles, qui se sont alors tournées – plus que d’ordinaire – vers les forêts (ce qui souligne que des forêts en bon état sont une assurance pour les périodes de crise). Les prélèvements de subsistance (charbonnage, braconnage, cueillette sauvage, coupe illicite, etc.) sont autant de moyens pour gagner un peu d’argent … et survivre.

Feu de brousse

Double peine sur les aires protégées

Dans ce contexte sous pression, vient s’ajouter la diminution des revenus des aires protégées. Avec l’arrivée du COVID-19, l’arrêt du tourisme et les premières mesures de confinement, de nombreuses aires protégées, la Nouvelle Aire Protégée du Makay comprise, ont décidé de fermer temporairement.

Les gestionnaires constatent un impact majeur de la crise sur la conservation et leurs capacités d’action, pour plusieurs raisons :

  • des pressions anthropiques accrues liées à la perte de revenus liée à l’arrêt du tourisme en particulier ;
  • la perte des financements issus du tourisme (droits d’entrée aux aires protégées) : le tourisme représente habituellement par exemple 30% des revenus annuels de l’agence gestionnaire Madagascar National Parks ;
  • la diminution des financements étrangers, l’essentiel des financements de la conservation à Madagascar venant d’Europe, durement impactée par la crise économique ;
  • l’absence du terrain pour une grande partie des équipes pendant cette période, laissant le champ libre à toutes les activités criminelles.
Le Makay et ses parois végétales.

Soutenez les communautés et les forêts du Makay

Face à cette situation économiquement et écologiquement dramatique, Naturevolution lance un appel à la solidarité pour aider les communautés du Makay à faire face à l’épidémie et, de fait, prévenir des dégradations environnementales irréversibles. 100% des fonds iront aux communautés impactées par la pandémie. En savoir plus.

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