MIEL DU MAKAY – BLOG EPISODE 6 – Octobre 2023

Suivez le projet « Miel du Makay » en accompagnant le responsable de projet dans ses déplacements et missions sur le terrain.

Bureau tout beau

Depuis le mois de juin, nous avons de nouveaux bureaux à Malaimbandy avec un superbe terrain où tout est à faire. C’est parfait pour reproduire plusieurs de nos projets en miniature : une pépinière, un potager et un rucher. Ce petit rucher nous sera utile pour promouvoir concrètement nos actions aux les gens de passage et ce sera aussi un bon lieu d’expérimentation et de formation. En somme, un rucher école.

Rucher en cours de construction à Malaimbandy

La première personne bénéficiaire sera le ou la futur.e responsable du projet. L’un des objectifs long terme est que ce poste soit repris par un local. Pour cela, un long temps de formation est nécessaire, d’une part en techniques apicoles, mais aussi en capacité d’organisation et de gestion d’équipe. C’est Andry, ancien enseignant de philosophie, qui m’assiste aujourd’hui et devrait, si tout se passe bien, prendre de plus en plus de responsabilité.

Nous partons alors ensemble pour Sakoazato afin de continuer le suivi, les constructions et les réparations du matériel pour être prêt en saison haute. Pour une fois, le trajet se passe sans le moindre problème. Quel gain de temps !

Ça chauffe !

Dès notre arrivée, nous trouvons Justin déjà en visite de son rucher. Nous nous équipons rapidement et le rejoignons. De lui-même, il a décidé de relancer les nourissements sur plusieurs ruches. C’est une bonne nouvelle, il a assimilé et compris la formation sur cet aspect. C’est un pas de plus vers l’autonomie recherchée. En revanche, on constate une nouvelle ruche qui a perdu sa reine. Le taux de mortalité est anormalement élevé. Il est probable qu’une bonne partie soit tuée par inadvertance lors des manipulations, en déplaçant les cadres. Pour contrer ce problème, nous instaurons une nouvelle pratique : Dès que la reine est repérée, nous la plaçons à l’abri dans une petite pince pour la relâcher à la fin de la visite.

Autre chose inattendue, nous apercevons des cellules d’essaimage sur quelques ruches, signe d’une volonté de la colonie de se diviser en deux, ou plus encore. C’est surprenant, car les essaims sont relativement de petites tailles compte tenu de la faible quantité de nourriture à disposition dans la nature. Il est possible que les fortes températures motivent ce comportement, la moyenne quotidienne étant de 37-40°C. Nous voyons d’ailleurs beaucoup de ruches où les ouvrières ventilent presque toute la journée afin de refroidir la colonie. Une autre possibilité peut être génétique. Certaines colonies auront une plus forte propension à essaimer que d’autres et c’est un caractère qui peut être sélectionné. Avant toute conclusion hâtive sur une « mauvaise » génétique, nous fabriquons des ombrières pour les ruches les plus exposées. Ça ne peut de toute façon pas faire de mal et ça limitera le travail des ventileuses.

Réorganisation

L’habituel déplacement entre Sakoazato et Tsaraonenana reprend son cours et nous partons le lendemain voir Dama et Tsinjo. La veille, Justin demande :

  • « On part à quelle heure ?
  • 5H00, comme d’habitude
  • C’est mieux si on part à 4H00, il commence à faire très chaud »

Quand un local commence à se plaindre de la chaleur, ce n’est pas bon signe. À peine une heure après le départ, j’étais en nage malgré la nuit. Justin, qui craignait la chaleur, restera en pull pendant tout le trajet.

Sur place, Tsinjo nous fait part de sa démission. Il a trop d’activités en parallèle (rizière, élevage de zébus et de canards) qui l’empêchent de consacrer le temps nécessaire à l’apiculture. Dama se retrouve donc seul aux manettes du rucher de Tsarahonenana et la tâche ne s’annonce pas simple. Il n’a quasiment pas pu aller à l’école et cela se ressent sur sa vitesse d’apprentissage des concepts d’apiculture. Cela force à bien vulgariser et à répéter sans cesse les choses. Le temps est beaucoup plus long, mais on voit qu’il se donne du mal et qu’il a envie d’apprendre. Aujourd’hui, il n’a pas encore la capacité de gérer seul son rucher. Il faut une personne sur le terrain pour l’aider de temps à autre et nous donnons ce rôle à Justin.

C’est avec un grand plaisir que nous le voyons progresser et livrer un travail sérieux, signe que si la mission de former les habitants du Makay à l’apiculture avec l’objectif qu’ils deviennent indépendants est difficile, elle n’est pas impossible.

Dama s’entraîne à l’écriture avec l’aide d’Andry

Côté ruches, il y a plusieurs bonnes nouvelles. Les varroas sont éliminés et Dama a capturé 2 essaims. Ce n’est pas vraiment la meilleure période pour les captures, car il faudra probablement nourrir l’essaim, mais au moins ça démontre sa motivation. Une autre ruche ayant une jeune reine, continue de pondre frénétiquement. Le mois dernier, nous avons pu créer 2 nouveaux essaims à partir de cette dernière, et nous pouvons maintenant en faire encore un troisième.

La semaine suivante, nous ferons une nouvelle rotation à Tsarahonenana. À notre arrivée, après 13km et 2h30 de marche, nous apprendrons que le frère de Justin est décédé dans la nuit. Pourtant, la veille encore, il transportait des badikas (bois de palmiers). Justin repars immédiatement à Sakoazato et nous irons rendre hommage à sa famille le lendemain.

Bois brûlés

Entre les visites et les déplacements, nous continuons le travail de préparation pour la saison des pluies avec la remise en état des clôtures et le nettoyage du rucher. C’est aussi le bon moment pour le nettoyage du matériel existant (grattage et désinfection), mais aussi pour la construction de nouveaux éléments avec des améliorations. Les toits actuels sont légèrement trop petits et le vent et l’eau pénètrent dans la ruche. Ou encore les planchers qui sont solidaires aux caisses. Cela est plus compliqué de les nettoyer ou de les réparer quand l’un ou l’autre est abîmé.

Ruches restaurées et améliorées

Pendant tous ces jours de réparations, et alors que nous en sommes au 7ème mois de la saison sèche, nous ne pouvons que constater l’ampleur des feux des brousses. Comme le mois précédant, il suffit de lancer son regard au loin pendant la nuit pour dénombrer plusieurs feux, et ce, tous les jours. Certains sont déclenchés pour la culture sur brûlis. Ils sont en général maîtrisés et contenus à la parcelle de l’agriculteur. D’autres, en revanche, sont lancés dans la savane pour brûler les hautes herbes asséchées afin qu’elles repoussent et que les zébus se nourrissent. Ceux là ne sont pas contrôlés et vont là où ils vont, au grès du vent. Ils atteignent parfois même des canyons reculés du massif du Makay alors même qu’aucun zébu n’y vit.

La fréquence de ces feux est impressionnante. Aux abords des villages, la diversité végétale est réduite à peau de chagrin avec une végétation dominée par les jujubiers et les ahidambo (des hautes herbes) ne produisant aucun nectar en saison sèche. L’apiculture en pâtie évidemment, les apiculteurs devant parfois nourrir leurs essaims, mais pas seulement. C’est tout l’écosystème, les habitants y compris, qui en subit les conséquences avec une érosion extrêmement rapide, des chaleurs insupportables dues à une absence d’ombre notoire, une raréfaction des ressources en bois, etc

L’espoir vient du changement des habitudes et des pratiques, qui se fait très doucement, mais qui a le mérite d’exister. Les apiculteurs, par exemple, demandent ce qu’ils peuvent planter pour améliorer leur activité et il est certain qu’ils protègeront leurs plantations. Petit à petit, nous pouvons regagner du terrain !

Le travail restant est encore conséquent et la campagne de captures en décembre approche. L’objectif, pour les deux apiculteurs, est d’atteindre 20 ruches en production.

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