Miel du Makay – Blog Episode 5 – Juillet-Septembre 2023

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De retour à l’école

En ces mois de sécheresse, l’activité apicole diminue et c’est le moins mauvais moment pour s’absenter du terrain. Direction la France pour un stage chez notre partenaire Apinov qui m’a accueilli chaleureusement à La Rochelle. Ce fut un bon moment de partage avec toute l’équipe sur les techniques apicoles (méthode de visite, lutte contre le varroa, préparation à l‘hivernage, etc) mais aussi sur nos différentes expériences d’apiculture hors France. Je les quitte avec plein de bonnes idées à expérimenter dans le Makay.

En stage chez Apinov avec Bastien

La deuxième étape du séjour est à Neuvelle-lès-la-Charité pour le « Festival aux abeilles », pour deux jours de conférences délivrées par plusieurs professionnels. Au programme : lutte contre le varroa, contamination des cires, sélection et frelon asiatique. Nous échangeons aussi entre plusieurs apiculteurs à propos de nos diverses difficultés. Avec des regards neufs, on peut trouver des idées différentes et c’est toujours instructif. Notamment la conférence sur le frelon asiatique qui aura déchaînée les passions, car cette année 2023, les apiculteurs français en ont subi une forte pression. Pour une fois, Madagascar s’en tire bien. À notre connaissance, ce frelon n’a pas été identifié dans le pays. Cependant, au même titre que le varroa qui est arrivé relativement tardivement dans l’île par rapport à l’Europe, ce n’est probablement qu’une question de temps. Il faut rester vigilant et à l’écoute de ceux qui sont confrontés au problème pour savoir réagir à l’avenir.

Conférence au « Festival aux abeilles »

Ce passage en France est aussi l’occasion de ramener du matériel spécialisé que l’on trouve parfois difficilement, voire pas du tout, à Madagascar. Pour cet aller-retour, ce sera surtout les paniers de centrifugation, sorte de petite poche en toile que l’on peut glisser dans l’extracteur à la place d’un cadre. On y met les opercules fraîchement découpées pour extraire le miel restant. Cela évite un pressage à la main très chronophage.

Un petit peu de sucre ?

De retour à Madagascar et après quelques jours à la capitale pour réunir un peu de matériel et discuter avec nos partenaires, notamment la Compagnie du Miel, nous repartons sur le terrain, direction Sakoazato. Comme tout déplacement, il y a son lot de péripéties. Départ annoncé : 9h00, le temps de charger les bagages et tous les voyageurs (nous serons une douzaine dans le véhicule pour ce trajet !), le 4×4 s’élance à 10h00. Aller, c’est partie ! En avant Josette ! Héhé, pas si vite ! Nous roulons à peine 5 mètres et le chauffeur détecte que la suspension est cassée. Bon… En avant oui, mais pour les réparations. Ce sera ensuite le tour d’une durite qui fuit. Finalement, nous partons de bon matin… à 15h00.

La saison sèche est bien entamée, beaucoup de véhicules ont déjà circulé et la piste est devenue bonne, du moins aussi bonne qu’elle puisse l’être. Le trajet sera bouclé en trois heures.

Réparation de la suspension

La première visite à Sakoazto avec Justin et à Tsarahonenana avec Dama est sans appel. Les abeilles ont faim, les réserves de miel sont quasiment épuisées et les colonies ont modifié leur comportement en conséquence. Les essaims sont plus petits et les mâles ont été expulsés.

Pendant les formations précédentes, nous avions évoqué ce phénomène et comment nourrir pour pallier au manque de ressources dans le secteur. Tout cela restait théorique et les apiculteurs ont eu la main trop légère ou ont nourri toutes les colonies en mettant une assiette de sirop au milieu du rucher au lieu de porter le complément directement dans la ruche cible. Heureusement, une seule désertion par rucher est à déplorer et nous rétablissons le tir pour les autres immédiatement. Cure de sirop pour tout le monde !

Ce sirop est une préparation toute simple et, ici, nous ferons ce que l’on appelle un sirop lourd : un mélange d’eau (30%) et de sucre (70%). Peu d’eau, beaucoup de sucre afin de se rapprocher du miel. Un mélange 50/50 se rapprocherait du nectar. L’essaim « analyserait » cela comme une nouvelle disponibilité de ressources dans l’environnement et une sortie de la saison sèche, donc une réactivation de la ponte et une augmentation de la population. On veut absolument éviter cela !

2 jours plus tard, la coupelle de sirop sera vide

Le nectar se fait rare, mais le pollen est en revanche présent en quantité, voire en trop grande quantité. Les abeilles en récoltent tellement qu’elles en remplissent les cadres. C’est un bon problème. Le pollen sert de protéines et est très important pour la croissance des larves. Il est impératif pour le développement de la population. Autant le manque de nectar est facile à pallier avec du sucre, autant le manque de pollen est couteux à combler.

C’est un bon problème aussi car ce surplus nous est utile dans certains cas, comme les divisions. À Tsarahonenana, et alors que le nectar vient à manquer, une reine est dans une frénésie de ponte avec 8 cadres couverts de couvain. Si elle continue, l’essaim va finir par essaimer, alors on le divise en deux. Il faudra simplement faire attention au stock de miel et ajouter du sirop en cas de besoin, mais le pollen est déjà présent pour que les colonies continuent leur développement dans le futur. L’essaim divisé est tellement dynamique qu’il sera divisé encore deux autres fois sur les deux mois suivants ! C’est une bonne occasion pour augmenter la taille du cheptel et avancer sur notre objectif 2024 de 20 ruches en production par village dans le nord du Makay.

Pendant cette mission de suivi, nous retrouvons aussi notre ennemi, le varroa à Tsarahonenana sur une ruche. Le rucher avait pourtant été traité mi-mai. Cette fois-ci, nous avons les outils pour suivre son développement et l’efficacité du traitement. Il existe pléthore de méthodes pour ce suivi, mais compte tenu du terrain et du manque de tout, le test doit être simple et peu coûteux. Nous nous sommes portés sur un test au sucre-glace : Il s’agit de prélever 200 à 300 abeilles sur des cadres de couvain, et de les mélanger avec du sucre glace pour qu’elles en soient recouvertes. En se nettoyant, elles détacheront les varroas et nous les récupérerons dans un récipient pour compter la force de l’infestation.

Pour cette ruche infestée, nous comptons 17 varroas pour 100 abeilles. C’est beaucoup ! Le seuil pour déclencher le traitement est à 2, voire 3. Pourquoi le parasite n’a pas été détecté plus tôt ? Les apiculteurs avaient confondu le varroa avec le coléoptère Aethina tumida. C’est une piqûre de rappel sur la difficulté de former des personnes qui n’ont pas ou peu eu accès à l’école et pour qui il est plus difficile de mémoriser beaucoup d’informations. Il faut répéter les choses, simplement, et autant que possible avec des images et de la pratique.

Zébussimo

Avec l’activité dans les ruches qui diminue, c’est la période idéale pour s’atteler aux travaux d’entretien, de réparation et de construction de matériel.

La première étape est le rapatriement du matériel du rucher de Belambo que nous avions décidé de fermer plus tôt du fait de la difficulté à y travailler, et ça, c’est déjà toute une aventure. Cette fois, nous y allons en charrette à zébus afin de transporter le matériel. Problème, elle ne peut pas prendre la même route que nous à pied, car le terrain est trop difficile. Un trajet qui nous prend habituellement (enfin, me prend, car les locaux sont plus rapides) 3h30 aller, prendra 5 heures.

Arrivé au rucher, Justin commence à rassembler les caisses pour les trier quand je le vois courir en lançant un :

  • « Oh la la !
  • T’as vu un serpent ?
  • Non, non. Il y a des abeilles qui sont venues peupler cette ruche ! » Il n’avait aucune protection à ce moment.

Coup de chance ! Vu l’état, il est là depuis seulement quelques jours. Pour ramener l’essaim au village, il faut le sortir de la caisse afin de le mettre dans un panier et le transporter à la main. Le garder dans sa caisse et la laisser dans la charrette est impossible. Les secousses sont bien trop intenses. Heureusement, on avait tout ce qu’il fallait avec nous et nous essayons de trouver la reine pour l’isoler, mais l’essaim est assez nerveux, probablement parce qu’il ne s’est installé que récemment. Même en étant précautionneux dans les manipulations, la reine finit par s’envoler au sommet d’un arbre et le reste de la colonie avec… Dommage.

Nous reprenons le transbordement entre le rucher et la charrette. Le rucher étant dans une forêt sauvage, elle ne peut pas s’aventurer trop profondément. Nous enchaînons les allers-retours, entrecoupés du repas. Au moment de sortir le menu du jour, Justin me dit :

  •  « Et le riz ?
  • Ah mince, je n’ai pris que des pâtes !
  • Ahaha, non ! Il faut que j’aille voir le chauffeur !
  • ….
  • Hé ! Olivier n’a pris le riz !
  • Mais non ! »

Terrible ! Terrible erreur de ma part ! Faire un repas sans riz ici est inconcevable. Quand on explique le régime alimentaire d’un Français qui ne mange du riz peut-être qu’une fois par semaine, en tout cas pas à chaque repas et encore moins au petit-déjeuner, les villageois sont extrêmement surpris.

Les zébus, comme les abeilles, ont faim

Le retour n’est pas facile, nous sommes tous fatigués, les zébus aussi. À quelques kilomètres de Sakoazato, nous apercevons un grand feu de brousse. Même à bonne distance, nous sentons la chaleur qui s’y dégage. C’est malheureusement la vision quotidienne pendant la saison sèche. C’est d’autant plus remarquable la nuit. Il suffit de se poser, de lancer son regard à 360° et, à coup sûr, on verra un feu, sinon plusieurs.

Nous rentrons finalement au village à 20h00. Après un départ à 4h00, ça fait une bonne journée !

Un deuxième trajet est nécessaire pour récupérer le restant du matériel, mais il nous faut quitter le terrain. Nous laissons alors Justin s’occuper de la logistique. C’est aussi un test pour mesurer son autonomie, car nous le voyons bien progresser et travailler avec sérieux, ce qui est une très bonne nouvelle, car l’objectif long terme, et ce pour tous les projets, est l’autonomie des villageois formés. Justin s’y approche petit à petit.

Rendez-vous au mois d’octobre pour suivre les nourissements.

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