Miel du Makay – Blog Episode 1 – Mars 2023

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LA ROUTE DE LA SOIE DU MIEL

Qui dit mois de Mars, dit saison des pluies. Arriver à destination est déjà une épopée en soi. Une fois au bureau de Naturevolution à Malaimbandy, deux options de transport s’offrent à nous pour aller jusqu’à Antsakoazato où nous poserons notre campement. Le 4×4 n’est pas envisageable, les pistes défoncées, les bourbiers et le niveau d’eau de certaines rivières en viendraient à bout.

La première option est le tracteur. Il a une grande capacité de chargement et est bon marché. Néanmoins, il n’est pas à l’abri de s’embourber et sortir un tel véhicule d’ornières ou de bourbiers n’est pas une mince affaire. Parcourir la cinquantaine de kilomètres qui nous séparent peut donc prendre allègrement plusieurs jours.

La deuxième option est la charrette à zébus. Pas des plus confortables… cependant la durée du trajet est moins aléatoire, entre 10 et 14 heures. Il est bien plus facile de sortir de la piste pour éviter les obstacles. Seule précaution à prendre, traverser les rivières de jour pour mieux lire les courants et éviter de se faire emporter. C’est finalement cette option que nous prendrons.

« Aty lo ! ». 2h30 du matin, Sahotrek, notre pilote charrette, donne l’ordre aux zébus de s’élancer. Il vaut mieux partir tôt pour passer le moins de temps sous les rayons brûlants du soleil. Après quelques heures, nous rattrapons une autre charrette. Celle-ci est équipée d’un dôme de protection. Pratique pour protéger de la pluie et du soleil mais il ne faut pas s’y tromper, il fait très chaud sous la bâche. A l’intérieur, nous distinguons les lumières incandescentes des cigarettes fumées par les passagers. « Danie, tu sais ce qu’ils transportent ? Oui, c’est de l’essence, du pétrole et du charbon ! ».

Nous nous arrêtons deux heures pour que les zébus puissent se reposer. A dire vrai, c’est un agréable intermède pour nous aussi afin de manger et soulager nos dos des multiples chocs reçus au gré des trous, crevasses et ornières de la route cabossée, parfois défoncée par les immenses pneus des tracteurs. 13h30 sera notre heure d’arrivée. Onze heures de route ! « Ça roulait bien » comme on dit en France.

Sahotrek à côté de sa charrette

LA REPRISE EST STUDIEUSE

A partir du village d’Antsakoazato, nous pouvons intervenir à pied sur trois ruchers : celui d’Antsakozato, celui de Tsarahonenana (13 kilomètres au Sud) et enfin celui de la forêt de Belambo (15 kilomètres vers l’Ouest), proche du Makay.

Le mois de mars voit la continuité du développement des jujubiers avec des arbres garnis de fleurs. C’est une période importante pour nous car nos miels récoltés dans les villages sont principalement issus de cet arbre. Une analyse pollinique de 2021 a montré une concentration de 45% de pollen de jujubiers (Ziziphus .sp) dans notre miel.

Fleurs de jujubier

Cette disponibilité de nectar engendre une forte activité des colonies et, avec elle, le risque d’essaimage en même temps que la colonie grossit. Pour expliquer succinctement, la colonie se divise en deux avec une partie qui quitte la ruche accompagnée de la reine mère et l’autre partie qui reste avec une toute nouvelle reine. Il est possible que l’essaim continue de se diviser les jours qui suivent.

C’est donc l’occasion de débuter les formations avec nos apiculteurs salariés du Nord Makay pour reprendre les bases avec une attention particulière à ce phénomène d’essaimage. En effet, il est important de le contrôler sous peine d’avoir des colonies trop faibles qui deviendraient, dans le pire des cas, plus vulnérables aux parasites et au mieux qui ne pourraient accumuler suffisamment de miel pour nous.

La saison des pluies offre son lot d’orages, ici à Antsakozato, chargeant l’air en humidité et rendant le travail de séchage du nectar par les abeilles plus difficile

Les formations sont dispensées de deux manières : individuellement pour apporter un soutien spécifique à chacun, et collectivement lors de présentations de nouveaux concepts ou méthodes. Ces réunions collectives ont l’avantage de réunir les apiculteurs des différents villages entre eux pour qu’ils se connaissent et prennent l’habitude de travailler ensemble, s’entraider.

Formation collective
De gauche à droite : Mahasambatra (Représentant local à Tsarahonenana), Dama (Apiculteur à Tsarahonenana), Justin (Apiculteur à Antsakoazato), Tsinjo (Apiculteur à Tsarahonenana)

IL EST TEMPS D’OUVRIR DES RUCHES !

Parmi les trois ruchers, nous observons des situations très disparates du fait d’environnements et de niveaux techniques différents. L’absence d’un chef de projet pendant quelques mois pour assurer la formation continue et le suivi n’a pas aidé le projet.

Ruche à Antsakozato, plusieurs abeilles rapportent du pollen

Le rucher de Belambo est malheureusement en danger. Sur les 13 essaims présents en 2022, il n’en reste que trois. Le phénomène de désertion est suspecté. En effet, l’abeille endémique de Madagascar, Apis Mellifera Unicolor, a un caractère nomade et n’a pas peur de changer d’endroit au gré des saisons si la zone devient moins favorable à sa survie. C’est un caractère différent de l’Europe où la période de disette coïncide avec l’hiver et des températures très basses. L’essaim ne prendra pas le risque de sortir, sous peine de mort par hypothermie. Ici, les températures chaudes, même en hiver, autorisent l’abeille à se déplacer pendant la saison sèche pour trouver un meilleur emplacement.

Sur ce même rucher, nous observons la présence du petit coléoptère des ruches, Aethina Tumida. Il avait déjà été observé en 2022. Ce coléoptère est originaire de la partie sud de l’Afrique, incluant Madagascar. Les abeilles locales savent s’en défendre et nous ne voyons pas de sur-infestation, néanmoins cela est un facteur de risque supplémentaire à la désertion. Affaire à suivre !

A Tsarahonenana, les apiculteurs ne savaient pas comment réagir face à quelques situations anormales : les ruches orphelines de leur reine et les ruches bourdonneuses [Une ruche bourdonneuse est une ruche orpheline où une ouvrière prend le rôle de la reine. N’ayant pas été fécondée, cette ouvrière ne peut pondre que des mâles, des faux-bourdons, d’où le nom de bourdonneuse].

Sur la route entre Antsakoazato et Tsarahonenana, sur les hauteurs de Tsimazava

Enfin à Antsakoazato, c’est un nouvel apiculteur, Justin, qui a pris le relais du précédent, récupérant toutes les ruches et essaims. Ses débuts sont prometteurs avec parfois des moments cocasses sur les manipulations mais c’est une personne très agréable, qui prend les choses avec douceur.

UNE FIN DIFFICILE

La fin de notre déplacement sur le terrain est éprouvante pour notre équipe. Christian, secrétaire du bureau Nord Makay, venu en tant que traducteur, commence à présenter plusieurs symptômes inquiétants : maux de tête, fatigue, sensation de froid et douleurs aux articulations. Nous partons pour le village voisin de Tsimazava au petit matin, pour avoir un diagnostique. Paludisme ! Le médecin nous explique qu’en ce moment 80% des consultations sont des cas de paludisme. Nos éco-gardes, Tenay et Saidy, d’Antsakoazato ont été testé positifs quelques semaines plus tôt ainsi que Sahotrek et Arthur, l’instituteur. Tous vont bien aujourd’hui. Ça n’a malheureusement pas été le cas pour un nourrisson du hameau voisin.

C’est la première fois que nous constatons autant de cas de paludisme sur le terrain. Le début de la saison sèche en mai n’a pas encore contré cette dynamique avec plusieurs membres de notre équipe touchée. Christian, une nouvelle fois, et Bolo notre chauffeur moto. Leur crise fut autrement plus intense.

Ce phénomène ajoute encore de la difficulté à un terrain qui n’épargne personne.

A suivre, le moment tant attendu de la récolte et la préparation des colonies pour la saison sèche.

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