Le mystère demeure…

24 novembre 2010, Camp de base Makay Nature (21°13’22.5’’ S – 45°19’30.6’’ E)

«Écoute, je n’ai rien compris ! Je ne sais pas si c’est parce que c’est «fady» (tabou en malgache) ou encore la trouille, mais le porteur a tout simplement posé son sac d’un coup et s’est barré en courrant vers le village ?!…»
La veille, Tanguy l’ichtyologue, Tom le grimpeur et Matthieu le caméraman étaient partis avec deux porteurs afin d’explorer un petit lac formé par un éboulis naturel et encaissé au fond d’un canyon. Tout s’était vraiment bien passé. Tout ce petit monde s’est même tapé une bonne tranche de rigolade avec les porteurs sur les petits bateaux… Une très bonne journée.
Ce matin, Tanguy s’apprête à repartir avec Bill dans la même zone et demande à l’un des deux porteurs s’il est ok pour venir avec eux. Les deux font grise mine… et un autre plus chevronné décide finalement de venir. Après une marche d’approche en fond de canyon, vient le moment d’attaquer l’ascension de l’énorme éboulis rocheux qui retient le lac. L’endroit est à la fois grandiose et sinistre. L’ami qui, jusque-là se montrait très jovial, montre des signes d’inquiétude… jusqu’au moment où il lâche sac et l’équipe pour fuir à toute vitesse dans l’éboulis ( ?…).
De passage au Camp de Base, l’homme va bien, mais l’interrogation et le mystère demeurent… Trouille qu’il y ait une autre chute d’éboulis ? Le lieu est-il réservé aux esprits ? Claustrophobie ? Peur de l’inconnu avec des vazahas qui semblent étrangement ne pas avoir besoin d’eux pour s’orienter dans le Makay ?…

Allez savoir si cette info est liée à l’histoire de notre homme fuyard, mais Tanguy a fait des mesures de concentration en azote et de dureté de l’eau dans des vasques de différents affluents de la Menapanda (notre rivière au pied du Camp de Base). «L’eau est étonnamment pure !!! C’est presque de l’eau distillée !»
Tanguy Daufresne est un trentenaire athlétique, avec des mains habituées au travail. Il n’y a qu’à le voir repriser un filet de pèche, on dirait qu’il est tombé dedans petit. Il a pourtant poussé en région parisienne. Aujourd’hui chercheur écologiste à l’Institut National de la Recherche Agronomique (unité Faune Sauvage), Tanguy est venu sur l’expédition Makay Nature pour effectuer un inventaire des espèces de poissons dans le Makay (selon le temps qu’il aura de disponible, bien sûr…) et mieux comprendre la biologie du Pachypandax sp., une espèce découverte durant l’expédition précédente en janvier 2009, exploration à laquelle il a aussi participé.

«Bonjour !» lance t-il à l’assemblée.
Un homme d’une petite quarantaine d’année, pas très grand, à la courte barbe bien entretenue, souriant et le regard vif derrière de sobres lunettes, vient de rentrer sur le camp. Malgré son air frais et dynamique, il arrive du village de Tsivoky. Son allure générale me rappelle une photo noir et blanc de Théodore Monot jeune prise devant sa tente avec toute sa panoplie du parfait naturaliste. Il s’agit de Brian Fischer, entomologiste de l’Académie des Sciences de Californie, suivi de J.Jacques Rafanomezantsoa, Christian Ranaivo et Clavier Randrianandrasana, tous les trois entomologistes malgaches. Narindra Rakotondrasoa, un jeune archéologue malgache, a lui aussi pris le même Makay Express et vient porter main-forte à l’équipe archéo existante.

Fin de journée, le temps est plus lourd que d’habitude. L’orage gronde dans les montagnes et les vêtements collent à la peau. Nous avons entamé depuis quelques temps la saison des pluies. Evrard et Emeric nous ont bien prévenus : à partir de 16h, il faut absolument être sortis des canyons, ou le risque d’être pris par une crue soudaine est réel.
Les signes avant-coureurs d’une tempête annoncée sont très clairs ; ça risque fort de cogner un peu plus qu’une pluie quotidienne. Le petit souci, c’est que des équipes archéo et film se trouvent très loin du Camp de Base, en train d’examiner des peintures de l’abri sous roche d’Andakatomenavava. L’hélico est mis en route pour tenter de les ramener avant la tempête. Un quart d’heure plus tard, il revient avec deux membres de l’équipe et deux malgaches, ce qui est important pour eux, car cette grotte est aussi un tombeau. Si jamais ils se retrouvent coincés là-bas, ils devront y passer la nuit, et dans la tradition malgache c’est totalement irrespectueux que de dormir dans un espace réservé à un mort. Nos amis malgaches risquent gros auprès de leur tribu.
L’hélico n’a le temps de jeter au reste de l’équipe qu’un minimum de matériel de bivouac et de nourriture. Nous les retrouverons le lendemain matin. En moins d’une demi-heure, c’est une pluie torrentielle qui recouvre la vallée. Au Camp de Base, des coups de vent font ployer quelques tentes dont on a négligé l’arrimage au sol. Nous les fermons et nous nous abritons sous la grande bâche du point de rencontre (cœur du camp). Peu à peu, quelques autres équipes arrivent trempées mais hilares de l’aventure. C’est sensé être un essaim d’explorateurs aventuriers cette expé ; on a notre fierté tout de même !

3 réflexions au sujet de « Le mystère demeure… »

  1. Coucou Pierre je te souhaite bon courage pour continuer l’expédition que tu est en train de faire.
    Grosses bises!
    Nina

  2. Bravo Erik pour la diplomatie avec le Roi ! Que d’os !Des 4X4 non seulement polluants mais défaillants ! Bises de l’équipe de Paris. J.P. Bourgeais

  3. Bon courage pour cette merveilleuse aventure!
    Des mystêres…ça n’est probablement que le début au coeur de ce milieu!!
    Vivement les images,
    Bravo et spécial biz à Grego!
    Nath