Une écovolontaire parraine un enfant du Makay

TEMOIGNAGE – Au printemps 2019, j’ai eu l’occasion de partir 5 semaines en mission scientifique dans le massif du Makay, Terra Incognita de Madagascar, encadrée par l’association Naturevolution. Ma principale mission fut d’étudier le comportement alimentaire d’une espèce de lémurien, le Propithèque de Verreaux (Propithecus verreauxi), au cœur même des forêts luxuriantes de ce foyer de biodiversité, éloignée de toute civilisation.

Pour autant, cette étude débuta par une semaine au sein des villages alentours. Des villages rustiques, des conditions de vie précaires, mais où régnait le bonheur des choses simples. Être au contact des locaux m’a beaucoup apporté et m’a permis de vivre des moments inoubliables. L’un d’eux m’a tout particulièrement émue …

Des écovolontaires arrivent dans un village du pourtour du massif du Makay

Vendredi 19 Avril 2019,

8h15 dans le village de Tsiazorambo. On crie mon prénom. Je me dirige vers le son en courant, me préparant à une mauvaise nouvelle. On m’invite à rentrer dans une petite case du village, où commence alors un moment plein de magie … une naissance. Mon premier réflexe est de sortir afin de laisser de l’intimité aux membres de la famille. On me fait pourtant signe de revenir, m’expliquant que seules les femmes sont autorisées à assister à l’accouchement. Je me glisse donc dans un coin, ébahie par la scène se déroulant sous mes yeux.

C’est un petit garçon ! Une femme âgée s’occupe de couper le cordon ombilical pendant qu’une autre enveloppe le nouveau-né dans un drap. La jeune maman semble fatiguée par cet effort réalisé en silence, et dans des conditions précaires. On me demande de réaliser des photos de l’évènement.

Les femmes accueillent l'enfant tout juste sorti du ventre de sa mère

Pendant que je m’y affaire avec joie, on m’explique qu’aucun prénom n’a encore été choisi pour l’enfant car il est “fadi” (tabou) d’y réfléchir tant que la mère n’a pas accouché. Ce prénom doit donc être prononcé rapidement. Au souhait de la famille, c’est à la “vazaha” (l’étrangère, donc moi-même) de choisir. Je décline d’abord l’offre qui est une trop grande responsabilité, mais les femmes de la famille insistent. Je prends donc quelques secondes pour réfléchir à un prénom masculin signifiant quelque chose pour moi, mais également ayant un sens et une histoire pour eux.

Tous les yeux me fixent tandis que je m’efforce de faire vite. Mon choix est fait, j’ose … : LOUP. A la fois le prénom de ma petite sœur au masculin, mais également un animal sauvage fort et intelligent, des qualités utiles dans le milieu hostile au sein duquel ce petit vient de voir le jour. Le hasard faisant bien les choses, cette naissance est arrivée après une magnifique nuit de pleine lune, ajoutant de la force à ce prénom symbolique à la fois pour la famille, mais aussi pour moi.

Me voici désormais marraine d’un petit malgache. Je suis heureuse d’avoir pu partager ce moment fort et intime, honorée du cadeau que m’a fait la famille FANOMEZANTSOA à travers cette responsabilité peu commune, et émue du lien qui s’est créé entre nous.

Paysage du pourtour du massif du makay au soleil couchant

Depuis ce jour aussi spécial qu’inattendu, j’ai reçu quelques nouvelles grâce aux rares passages d’autres missions d’écovolontariat. Loup à été malade durant ses premières semaines de vie, le soleil lui causant des brûlures et autres problèmes de peau. Aujourd’hui, il va beaucoup mieux et la famille à bien reçu en mains propres les photos de la naissance que je leur avais envoyées dès mon retour en France.

A Loup Fanomezantsoa,

J’espère un jour pouvoir recroiser ta route sur l’île majestueuse qu’est ton pays. En attendant, je te souhaite beaucoup de bonheur, de joie dans la vie, de force et de courage dans ce monde, ainsi qu’à toutes les personnes qui t’entourent. Ton animal totem veille désormais sur toi, et ta marraine pense à toi …

Soava dia,
Camille, la vazaha.

Un témoignage par Camille Delaplace

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