Descente de la Menapanda

Dimanche 7 février 2010

Navigation à la recherche de nouveaux canyons

Navigation à la recherche de nouveaux canyons

Notre départ des canyons du Makay s’est confirmé ce dimanche 7 février. Nous avons abordé nos petits rafts individuels vers 7 heures du matin après un réveil à 5 heures. C’est avec quelques regrets que nous avons quitté notre petit coin de paradis sur les rives de la Menapanda.

Ceci dit, nous avons rapidement eu confirmation du bien fondé de notre décision d’avancer notre départ: le niveau de la rivière ètait ce matin à peine suffisant pour nos embarcations. Nous avons en effet dès les premières centaines de mètre dû sortir des rafts pour les pousser ou les tirer sur les hauts fonds. Heureusement dans l’ensemble, nous avons pu aussi trouver de bonnes zones de rapides notamment lorsque les gorges se resserraient et avaler quelques kilomètres. Les paysages qui défilaient étaient tout simplement somptueux entre gorges encaissées et larges zones sablonneuses bordées de palmiers et de pandanus.

Nous avons vu de nombreuses traces de crocodiles encore sur les rives et Greg en a aperçu un furtivement alors que nous entrions dans une zone plus calme, encaissée et profonde. De mon côté, j’ai surpris un immense vautour juste au-dessus de moi alors que je glissais sans bruit sur la rivière. Plus de deux mètres d’envergure et un vol majestueux, cet animal m’a bien impressionné. Je crois que nous nous sommes surpris mutuellement. La descente au fil de l’eau est vraiment un moment particulier, un bonheur intense. C’est juste un peu moins sympa lorsqu’il faut sortir du bateau, marcher dans les sables mous, s’en remplir les chaussures et tirer les bateaux comme des pulkas dans de la neige profonde.

Nous sommes sortis du massif vers midi et nous nous sommes arrêtés pour une petite pause sous quelques arbres car Greg avait visiblement très mal au dos. Il a répété un faux mouvement et se trouve très amoindri maintenant. Il faut dire que parfois par flême de sortir du bateau ou parce qu’on pense que le haut fond n’est que passager, nous tentons d’enfoncer la rame dans le sable et de pousser comme des brutes dessus pour nous desensabler. Ce mouvement est un peu violent et peu adéquate car nous ne sommes pas très bien calés dans les bateaux. C’est donc le dos qui encaisse tout.

Quelques minutes plus tard, nous avons reçu la visite de quelques hommes intrigués. Nous étions à 100 mètres d’un village nommé Andronovory. Ils nous regardaient intensèment puis lorsque nous avons fini notre unique boite de thon en guise de déjeuner, l’un deux a tendu la main. Je ne savais pas ce qu’il voulait donc je lui ai donné la boite avec tous nos déchets déjà dedans. Une seconde après, tous les plastiques étaient au sol et un gars est parti avec la boite de thon. Je me suis mis alors à ramasser à nouveau les plastiques pour les remettre dans mon sac ce qui n’a pas manqué de les surprendre à nouveau. Nous avons repris le cours d’eau et avons été arrêté un peu plus loin par un autre groupe de personnes. L’un d’eux parlait français et m’a expliqué qu’aucun Vazaha n’est jamais venu ici.

La suite nous a fait gagner quelques kilomètres rapidement. Le lit s’est en effet reserré et le débit accéléré mais cette fois non plus entre des parois de pierre mais de roseaux. Des murailles de roseaux de part et d’autre qu’il s’agissait d’éviter car nos bateaux gonflables ne sont pas non plus fait pour encaisser des milliers de piqures d’aiguilles. Cette descente sans échappatoire s’est avérée un peu angoissante parfois car nous fonçions parfois droit dans des roseaux couchés sur l’eau et nous devions soulever le plus rapidement possible les tiges afin de pouvoir passer dessous avant de se faire retourner par le courant. Ca se terminait régulièrement avec le bateaux rempli de feuilles et de tous les insectes qui y vivent dont de nombreuses araignées. Une fois à la sortie d’une zone dense, alors que je me debattais avec mes pagaies et que je rebondissais littéralement d’un bord sur l’autre comme une boule de flipper, j’ai entendu un bruit bizarre. Quelques secondes plus tard, j’ai vu sur la droite un seau renversé avec du linge à côté. Je suppose que la femme qui lavait son linge a dû avoir la trouille de sa vie de voir sortir des roseaux un crocodile géant.

Puis la rivière s’est à nouveau ouverte et le courant s’est calmé. J’avoue avoir été un peu soulagé parce que si nous avions eu le moindre problème dans ces roseaux (bateau crevé, retournement…), nous y serions encore. Les tiges de roseaux faisaient bien 5 mètres de haut avec un diamètre de 4 cm, et il y en a un tous les 10 cm, autant dire que ces forêts sont tout simplement impénétrables. Nous avons encore surpris d’autres femmes tranquillement installées sur les berges faisant la vaisselle ou le linge et des hommes en train de se laver. Nous sommes alors sortis des bateaux pour quelques kilomètres de plus de tirage. Greg était HS et n’avançait plus. L’orage est arrivé rapidement et nous avons pris la décision de sortir du lit pour nous mettre à l’abri de la crue à venir et nous approcher de la piste à suivre le lendemain. A peine le temps de plier les bateaux et nous avons été copieusement arrosés par une bonne pluie tropicale. Après un rapide repas humide, nous nous sommes couchés à 20h bien épuisés. Un record! Nous n’avons donc plus d’eau à boire car nous n’avons plus de gaz pour la faire bouillir. L’eau que nous avons récupéré dernièrement est tellement moche que nous n’osons pas la boire même avec 3 micropurs. Greg a pris des antidouleurs costauds, il dort déjà.

4 réflexions au sujet de « Descente de la Menapanda »

  1. Monsieur,
    tout d’abord mes plus sincères félicitations et voeux de réussite pour ce que vous avez entrepris là et qui je l’espère du fond du coeur, aboutira à la création de cette aire
    protégée que vous même et les scientifiques qui vous accompagnent appelez de vos voeux.
    Pardon pour cette petite « pique » à votre encontre mais je comprends mieux en vous lisant de quelle manière vous êtes organisés. En quelque sorte, vous êtes le fer de
    lance modeste mais ô combien efficace de cette magnifique entreprise où chacun à sa place et ses indispensables compétences.
    Pour être moi même un peu ornithologue, vous avez excité ma curiosité et me voilà satisfait. Je vois maintenant précisément de quel oiseau Il s’agissait.
    Quel magnifique aventure vous vivez là…Je m’ extasie régulièrement devant les reliefs incroyables de ce massif en le scrutant dans les moindres détails sur google
    earth. Quel fabuleux endroit… J’espère que vous y ferez des découvertes intéressantes, à même de susciter l’intérêt des autorités malgaches. Le contexte est difficile
    mais il faut continuer de se battre pour ce pays.
    J’ai bien l’intention de vous soutenir d’une manière ou d’une autre et en attendant je suis effectivement votre progression régulièrement sur votre blog. (auriez vous la
    possibilité de situer votre camp de base sur google earth ?)
    Bon courage, surprenez nous, continuez à faire de belle images en attendant avec impatience votre film en 3D.
    A bientôt,

    Alain Berthoud

    • Bonjour Alain,
      Un immense merci pour vos encouragements et votre intérêt pour notre projet. Nous venons de rentrer de mission dans le coeur du massif avec dans nos besaces un bon paquet de belles données pour la science et des images 3D à tomber parterre. Et nous repartirons dès jeudi prochain avec une nouvelle équipe et dans de nouvelles zones du massif pour compléter encore l’étude de cette somptueuse région. Je vous invite à nous suivre comme vous l’avez fait, il devrait y avoir encore quelques belles découvertes et quelques belles images, j’en suis sûr.
      Encore merci et une excellente année 2011 à vous.

  2. Bonjour,
    Le récit que vous avez lu est exactement celui que j’ai écrit en sortant de cette belle journée de navigation sur la rivière Menapanda. Nous étions alors en simple exploration et non pas en mission scientifique. Nous n’étions que deux pour un repérage d’une zone particulièrement compliquée. Nous n’avions donc avec nous aucun ornithologue malheureusement.

    Mes compétences dans ce domaine sont très limitées, mais ce que j’ai vu ressemblait fortement (au moins en taille) à un vautour et avec la surprise de son décollage au dessus de ma tête, j’avoue ne pas avoir fait très attention à plus de détails. Pardonnez-moi cette approximation.

    Je viens donc de demander quel oiseau cela pouvait être à Jean-Jacques Randriamanindry, notre ornithologue ici au camp de base. Il m’a dit avoir vu hier un gros rapace (aussi gros qu’un vautour) du nom de Polyboroïde rayé au dessus du lac Anontsilahy. Sa description correspond à ce que j’ai vu.

    Merci de suivre cette aventure et de lire notre blog.
    Bien à vous,

  3. « un immense vautour »… à Madagascar ? Y a-t-il bien un ornithologue parmis vous ? On aimerait en savoir plus !