Lost Worlds, le film

Vous avez peut-être déjà eu le privilège de le voir sur grand écran lors des Rencontres Montagnes et Sciences à Grenoble ou lors du dernier Festival du Film d’Aventure de La Rochelle.

Si ce n’est pas le cas, nous vous invitons à prendre un quart d’heure de votre temps pour découvrir notre dernier film tourné lors de l’expédition scientifique que nous avons menée dans le massif de Matarombeo sur l’île de Sulawesi en Indonésie, avec le soutien de Pages Jaunes, de Nikon, de la Fondation Lemarchand, de la Fondation Petzl, ainsi que de l’ONG Projets Plus Actions.

L’objectif de ce film ? Présenter notre projet d’exploration des dernières terres inconnues de la planète, autrement dit la première étape de notre stratégie de conservation de ces espaces uniques au monde, véritables patrimoines de l’Humanité, avant qu’il ne soit trop tard. Une première étape qui nous permet d’améliorer les connaissances sur la biodiversité planétaire et sur l’histoire des peuplements humains.

Les deux étapes suivantes étant d’une part la mise en valeur de ces milieux naturels exceptionnels et de leurs richesses biologiques et archéologiques aux yeux des gouvernants, des populations locales et du grand public, et d’autre part, l’obtention d’un statut d’aire protégée et le développement de projets de conservation communautaires permettant aux populations riveraines de vivre mieux et plus en harmonie avec leur environnement.

Bon film !

Repérage à Bornéo

Toujours dans le cadre du repérage des prochaines expéditions scientifiques de Naturevolution, quelques jours après être sorti de la jungle sulawesienne, Evrard s’est à nouveau envolé pour rejoindre l’explorateur et réalisateur Luc-Henri Fage sur son île fétiche : Bornéo. Ils sont alors partis de Balikpapan sur la côte Est de l’île pour remonter vers le nord-est et rejoindre un chapelet de massifs karstiques tous plus hallucinants les uns que les autres et isolés au beau milieu de la forêt tropicale.

Accompagnés de quelques piroguiers et anciens chasseurs de nids d’hirondelle, ils se sont principalement intéressés aux Monts Marang. Retournant sur les traces des expéditions précédentes de Luc-Henri mais aussi explorant de nouvelles cavités et de nouveaux recoins de ce massif labyrinthique, ils sont allés à la recherche d’un monde perdu repéré sur les images satellites. Après quelques jours de pirogue et de marche, ils ont atteint leur but et ont découvert une immense dépression marécageuse totalement verrouillée de parois infranchissables et couverte d’une forêt totalement vierge et remplie de nid d’Orangs-Utangs, preuve de leur présence nombreuse en ces lieux.

Entre explorations de réseaux aquatiques souterrains, peintures rupestres et biodiversité d’une richesse extraordinaire, le terrain semble bien idéal pour une futur mission scientifique, nettement plus aisée à organiser qu’à Sulawesi mais tout de même très engagée.

Malheureusement, lors des deux missions successives et comme presque toujours aujourd’hui sur la planète, alors qu’ils pensaient trouver enfin des écrins vierges de tout impact humain, la réalité s’est rappelée à eux, ainsi que l’urgence de protéger ces forêts. Ils ont en effet découverts avec stupeur et une profonde tristesse que les alentours de ces massifs somptueux étaient déjà très largement affectés par l’expansion galopante d’une industrie agricole vorace mais rentable : les palmiers à huile. Des milliers de kilomètres carré ont déjà été rasés dans les zones les plus accessibles au pied même des deux massifs. Il ne reste probablement pas longtemps avant que ces derniers et leur biodiversité unique ne soient rasés de la carte. Une raison suffisante pour nous pousser à agir vite.

Des dizaines de galeries souterraines tissent un réseau encore inconnu sous un des massifs karstiques les plus extraordinaires qui soit : les monts Marang.

Repérages à Sulawesi

C’est à la mi-juin qu’Evrard Wendenbaum s’est envolé pour l’Indonésie. L’objectif : effectuer deux repérages en vue de prochaines expéditions scientifiques qui pourraient avoir lieu dès le début de l’année 2013.

Avec Jean-Michel Bichain d’abord, un autre éminent membre de Naturevolution puisqu’il s’agit de notre directeur scientifique, ils se sont d’abord dirigés vers un massif totalement inexploré de l’île de Sulawesi. Depuis Kendari, ils ont atteint la zone convoitée mais se sont heurtés à un relief et à un terrain particulièrement difficile qui les a empêché de pénétrer dans le coeur des montagnes. Karstique et donc creusé de milliers de trous, le massif de Matarombeo n’est parcouru de rivières que sur son pourtour. Dans les montagnes, l’eau s’infiltre partout dans le sol et circule ensuite sous terre, ce qui complique énormément la tâche des explorateurs. Les forêts d’Indonésie grosso modo située sous l’équateur présente en effet une hygrométrie et des températures extraordinairement élevées, ce qui a pour corollaire de faire suer excessivement. En clair, on sue beaucoup trop par rapport à ce que l’on boit. L’équation est donc simple et fatale à la fois.

Pour s’échapper de ce piège, tout en explorant les contreforts du massif inaccessibles par une autre voie, ils se sont donc rabattus vers la rivière Matarombeo (affluent de la Lindu) qui coule sur la bordure nord-est du massif. Un joli cours d’eau qui leur a permis de pénétrer dans un no man’s land tropical, de vivre quelques journées très sportives et engagées avec leur alpackarafts sur des rivières parfois bien agitées et parfois aussi… souterraines. Un superbe parcours en somme qui s’avère être une première puisque les rivières Matarombeo et Lindu n’avaient jamais été parcourues en intégralité auparavant. Un parcours qui leur a permis également de prendre la mesure du challenge que représenterait l’organisation d’une mission scientifique sur ces terres mais aussi de l’intérêt scientifique évident de l’étude de la biodiversité de ces forêts inaccessibles et encore inconnues, situés au carrefour d’influence multiples.

Sur le final de la rivière Lindu se succèdent deux splendides tunnels naturels, véritables cathédrales de pierre sous lesquelles on peut passer tranquillement en bateau.

Des trèfles qui n’en sont pas !

Suite à la mise en ligne d’une de nos photos, nous avons reçu une petite note corrective de la part de notre botaniste préférée Catherine Reeb. Une note intéressante qui nous a semblé mériter un petit article pour que vous vous couchiez vous aussi moins bêtes ce soir. C’est donc l’histoire d’un trèfle qui n’en était pas un. Le voici :

Deux fougères. Une Marsilea et des Azolla, flottantes sur l'eau.

En fait, il s’agit d’une fougère, une Marsilea, espèce répandue dans les rizières à Madagascar, mais très rare chez nous où elles ont quasiment disparues. Les autres plantes flottantes sur l’eau sont des Azolla, contenant des bactéries sous leur petites frondes qui fixent l’azote, enrichissant ainsi les rizières, et de fait, ayant un rôle d'”engrais vert”.

A bientôt.

A qui sont ces griffes ?

Les mains de bébé velues d'une femelle Mirza Coquereli, une espèce de lémurien assez commune dans le massif du Makay à Madagascar. © Pierre Schmitt / Naturevolution

Pas plus grand qu’un écureuil (25 cm + une queue d’une trentaine de cm), le Mirza Coquereli, comme tous les lémuriens, est endémique de Madagascar. Espèce nocturne appartenant à la famille des cheirogaleidae, arboricole et omnivore, on le trouve dans des forêts sèches à feuilles caduques, mais aussi, quelques fois, dans des forêts humides.

Le Mirza coquereli est frugivore mais il peut consommer des insectes et leurs secrétions pendant la saison sèche. Ce petit lémurien solitaire est actif toute l’année. Pendant la journée, il reste dans un nid sphérique, construit avec des lianes entrelacées, des brindilles et des feuilles, qu’il choisit d’établir dans les petites cavités des arbres, à des hauteurs variant entre 2 et 10 mètres.

Tout comme ses frères lémuriens, il possède cinq doigts opposables avec des ongles aux mains et aux pieds. L’un d’eux, très souvent sur le deuxième orteil, long, épais et comprimé latéralement, est appelé griffe de toilette et est utilisée par l’animal pour se gratter et se toiletter.

Déclaré vulnérable par l’UICN en 2000, ce petit lémurien risque de disparaître car de lourdes menaces pèsent sur sa survie. La déforestation et les feux de brousse entraînent la dégradation et la perte de son habitat. Mais il est également chassé par les locaux qui le mangent ou le revendent au plus offrant. La plupart des ruraux malgaches ignorent que la chasse des lémuriens est illégale ou que ces derniers ne vivent qu’à Madagascar et donc méritent d’être protégés.

Un Mirza Coquereli, Makay, Madagascar

Au fil de l’eau

Descente de la rivière Makay en Alpackaraft, Madagascar

Atout majeur dans un terrain accidenté comme celui du Makay, l’Alpackaraft offre une alternative efficace pour progresser dans les fonds de canyons creusés par les petits cours d’eau.

S’aventurer dans les méandres du Makay peut parfois s’avérer complexe, voire même périlleux. Opter pour une progression au fil de l’eau est un choix judicieux car c’est parfois un bon moyen d’éviter de jouer aux montagnes russes pour passer d’un canyon à un autre. Des obstacles infranchissables à pieds peuvent être contournés avec ces embarcations ultra légères.

Vidés de son air, ce petit bateau se roule dans un sac et peut donc s’emporter partout car il ne pèse que 3 kg environ. Lorsqu’une rivière ou un lac se présente, il suffit de le gonfler et en quelques minutes, vous vous retrouvez avec un esquif logeable pour une personne et un gros sac. Muni de votre pagaie, vous pouvez alors vous laissez guider sur les multiples cours d’eau qui serpentent aux creux de ces canyons inextricables et découvrir ainsi de l’intérieur l’architecture incroyable de ce massif.

Peut-être aurez-vous la sensation de visiter les entrailles de la Terre…

Une aventure à laquelle quelques uns des membres des expéditions Makay Nature ont goûté.

Et vous?

Le site d’Alpackaraft a mis en ligne une gallerie photo (2017: lien indisponible) illustrant leurs petits bateaux dans le Makay.

Capture d’un Propithèque de Verreaux

Le primatologue Ed. Louis porte pour l'analyser un des lémuriens attrapé au fusil anesthésiant par son équipe. Il ne le relachera que le lendemain de sa capture au même endroit et à la même heure. Massif du Makay, Madagascar

Ce propithèque de Verreaux a reçu une petite seringue dans la fesse avant de faire, complètement groggy, une chute involontaire de plus de 10 mètres de haut pour atterrir d’abord en douceur dans un filet puis finalement dans les bras attentionnés du Docteur Ed Louis. Une manière bien cavalière de faire connaissance me direz-vous. Pourtant Ed aime ses animaux. Il en a découvert près de 30% des espèces et en a nommé 23. Son immense travail sur la génétique des populations de nos primates préférés depuis 1996 a eu un impact très important sur les campagnes de conservation dans tout Madagascar.
Lorsque j’ai cherché un spécialiste de la capture de lémurien, on m’a unanimement recommandé de m’adresser à lui mais aussi à ses collègues. Cette équipe compte les meilleurs traqueurs de lémuriens de Madagascar, mais aussi d’excellents tireurs. Heureusement car ils n’ont pas vraiment le droit à l’erreur. Que la flèche aille se loger ailleurs que dans le fessier et les conséquences peuvent être dramatiques.
Celui-ci avait vraisemblablement déjà subit quelques coups bien plus traumatisants avant de tomber sous le fusil anesthésiant d’Ed. Des cicatrices encore fraîches de lutte avec ses congénères mais également une trace plus ancienne large d’environ un centimètre et traversant de part en part sa jambe gauche. Le pauvre animal avait très probablement réchappé de justesse à la chasse locale.
Ed et son équipe l’ont mesuré, pesé, photographié. Ils ont pris sa température, fait des prises de sang et un petit prélèvement de poils pour analyse ADN. Anne Laudisoit en a profité pour lui faire les poux et les puces.
Puis l’animal a été relâché le lendemain au même endroit et à la même heure que sa capture, heureux malgré toutes ces attentions de retrouver les siens.

Les amphibiens du Makay menacés de disparition !!!

L’histoire dont nous allons parler ici est extraordinaire et mérite toute votre attention.


Vous savez que lors de nos deux dernières expéditions, certains membres de notre équipe, plus précisément les herpétologues ont travaillé sur les reptiles et amphibiens du Makay. Ceux-ci ont principalement cherché dans tous les recoins du massif, de jour comme de nuit, serpents, caméléons, iguanes, lézards, geckos et grenouilles. La mission de novembre-décembre 2010 s’est révélée plus propice aux amphibiens (le début de la saison des pluies y était pour quelque chose) tandis que la mission de janvier 2011 s’est, elle, avérée plus propice aux serpents et autres reptiles.

Elodie Courtois et Justin Claude Rakotoarisoa (membre de l’association Mitsinjo), ont donc eu tout le loisir de suivre, écouter, enregistrer, capturer, mesurer, photographier et identifier de nombreuses et adorables grenouilles ainsi que d’en prélever parfois de petits morceaux à des fins de futures analyses ADN. Tout ceci étant les opérations classiques d’une mission d’inventaire de la biodiversité. Mais à cette panoplie, Elodie a ajouté, grâce au Dr. Dirk Schmeller (Station d’Ecologie Experimentale du CNRS, Moulis), une autre étude. Elle a en effet passé sur la peau de toutes ses grenouilles une sorte de coton tige. Chaque coton tige était ensuite soigneusement rangé dans des tubes hermétiques.

De retour en France, elle a délégué les études morphologiques et génétiques de ses spécimens au Dr. Chris Raxworthy de l’American Museum de New York (présent sur le terrain en janvier 2011) et s’est concentrée sur l’étude des coton tiges.

Un champignon nommée Batrachochytrium dendrobatidis

L’idée était, grâce à ces prélèvements, de détecter la présence ou non d’un champignon nommé Batrachochytrium dendrobatidis (alias “chytrid fungus” ou “Bd”). Batrachochytrium dendrobatidis est un champignon du groupe des moisissures qui contribue à décomposer la matière organique morte. Mais il est aussi capable de décomposer les substances cornées de la peau des amphibiens (toute la peau chez l’adulte, et la zone buccale chez le têtard). Or chez les amphibiens, la peau est un des organes les plus importants, impliqué dans la respiration, l’hydratation, l’osmorégulation et la thermorégulation. Les amphibiens ont en général une peau fine, perméable et la plupart des espèces respire au moins partiellement par la peau. Certaines espèces n’ont même pas de poumons et respirent totalement par la peau. Sur la peau des grenouilles, l’installation du champignon conduit alors à une hyperkératose, c’est à dire un épaississement qui peut atteindre jusqu’à 40 fois l’épaisseur normale. Cette épaississement mène à un dysfonctionnement majeur des fonctions normales de la peau empêchant notamment l’échange de gaz et finissant par asphyxier l’animal. Cette maladie infectieuse émergente appelée Chytridiomycose, connue depuis les années 1980, est généralement fatale et est responsable de dramatiques diminutions de populations voire d’extinctions de nombreuses espèces d’amphibiens dans le monde.

30% des espèces mondiales d’amphibiens sont d’ores et déjà affectées. L’UICN estime qu’au rythme des 10 dernières années, cette maladie va conduire à l’extinction la plus rapide qui ait jamais eu lieu depuis que l’humanité existe, quel que soit le groupe taxonomique considéré. Sur les seules 30 dernières années, cette maladie a causé le déclin tragique ou même l’extinction (parfois en seulement une année) d’au moins 200 espèces de grenouilles, même dans des endroits vierges et reculés.
Les hécatombes, d’abord observées en Australie puis en Amérique latine il y a une dizaine d’années, sont aujourd’hui rapportées partout dans le monde. En France, des extinctions massives ont été recensées depuis 2003 chez plusieurs espèces d’amphibiens, notamment le remarquable crapaud accoucheur ou la salamandre tachetée. Madagascar était jusqu’ici épargné.

Malheureusement, le test d’Elodie s’est révélé positif sur quelques grenouilles prélevées dans une toute petite forêt du Makay. Si l’arrivée de ce champignon n’est pas une surprise, c’est donc la première fois qu’il est découvert à Madagascar et ce pays présentant 4% des espèces mondiales d’Amphibiens et un taux d’endémisme record de 99% (en savoir plus sur l’endémisme des espèces à Madagascar), cette nouvelle est une véritable catastrophe car ce champignon microscopique se répand à toute vitesse.

Origine

Il est difficile de connaître l’origine exacte de l’infection. De nombreux indices laissent à penser qu’il aurait été introduit dans l’hémisphère nord par un Xénope, une grenouille originaire d’Afrique du sud. C’est ensuite la fameuse grenouille taureau, porteur sain du champignon, qui aurait favorisé sa propagation depuis les Etats-Unis jusqu’en Europe. Pour le moment, le champignon se développe préférentiellement en altitude où, d’après les observations des chercheurs, il anéantit presque 100 % des crapauds infectés.

Dans notre cas, il nous est bien difficile actuellement de savoir comment ce champignon est arrivé dans le Makay. Plusieurs hypothèses sont possibles :

  • La forêt contaminée est un des points les plus accessibles du Makay, point de passage de tous les groupes de touristes qui ont pénétré dans le massif depuis plus d’une dizaine d’années maintenant. Or, la maladie est observée dans des zones souvent très touristiques et où « les gens en se promenant le long des sentiers peuvent propager l’infection sans le savoir » prévient Dirk Schmeller, du CNRS.
  • Etant donné la rapidité de propagation de la maladie et bien que nous n’ayons à l’époque pas travaillé sur les amphibiens, il n’est pas exclu que notre expédition de janvier 2010 en soit à l’origine, puisque nous sommes également passés par cette forêt.
  • Cette forêt a beau être éloignée des villages, elle n’en est pas moins fréquentée toute l’année par les habitants des villages alentours – en grande majorité des Dahalo – et leurs zébus qui parcourent de grandes distances dans tout Madagascar et ont ainsi pu véhiculer le pathogène.
  • L’arrivée de la chytride peut également être liée à l’introduction de poissons venus d’ailleurs. Or, non loin de cette forêt, se trouve une zone de lacs où au moins deux espèces de poissons ont été introduites par les pêcheurs locaux il y a de nombreuses années, dont le Tilapia. Il n’est donc pas exclu que ces introductions soient à l’origine de la contamination.

Préservation

Quelle que soit l’origine de cette contamination accidentelle, des mesures doivent être prises de toute urgence pour la préservation des amphibiens du Makay et pour prévenir toute propagation de la maladie au reste de l’île. En 2010, craignant une telle introduction du pathogène Batrachochytrium dendrobatidis, l’ « Amphibian Specialist Group (ASG) », un groupe de chercheurs sous la direction du Dr. Franco Andreone, a proposé différentes mesures d’urgence dans le cadre du Madagascar Amphibian Conservation Action plan. Cette cellule d’urgence a été immédiatement avertie de la découverte du champignon dans le Makay et Naturevolution s’est mise à sa disposition pour prendre les mesures nécessaires à la préservation des amphibiens du Makay et de l’ensemble de l’île.

Car on ne connait malheureusement pas à ce jour de mesure efficace pour contrôler la maladie dans la nature et chez les populations sauvages. Elle se diffuse très rapidement et continue à se propager. Le champignon très ubiquiste ne semble pas pouvoir être éliminé dès lors qu’il a colonisé une région.

À l’occasion de certaines baisses de population attribuées au champignon B. dendrobatidis, on a trouvé des espèces ou groupes d’individus résistant à l’infection. Certaines bactéries symbiotiques de la peau des amphibiens semblent augmenter la protection de certains d’entre eux face aux spores du champignon, mais cette piste n’a pas débouché sur des solutions permettant de lutter contre la maladie.

Des études en laboratoire suggèrent également que le champignon supporte mal les températures élevées – ce qui expliquerait pourquoi la chytridiomycose se développe principalement sous les climats frais – et qu’exposer les amphibiens infectés à des températures élevées peut éliminer le champignon. Cependant, cela n’empêche pas la maladie de se développer aussi dans les régions tropicales.

On peut enfin espérer que grâce à leur isolement, les amphibiens malgaches aient développé une forme de résistance au champignon mais ce ne peut être pour l’instant qu’un rêve.

 


Aujourd’hui, les solutions proposées pour éviter la propagation du champignon d’une zone infectée sont :

  • L’isolement des populations d’amphibiens en les maintenant en captivité jusqu’à la restauration de leur habitat et jusqu’à ce que les zoospores (parties transmissibles du champignon) soient tuées ou rendues inactives.
  • La bioaugmentation, c’est à dire l’emploi de microbes adaptés pour booster la fabrication par les défenses immunitaires des grenouilles d’une bactérie anti-champignon qu’elles produisent naturellement dans leur peau. Plusieurs espèces de bactéries logées sur la peau se sont en effet montrées capable de bloquer le développement du champignon. L’espoir est qu’un nombre d’individus sauvages puisse être isolé en captivité et soigné de cette manière afin de permettre la survie de suffisamment d’individus pour maintenir une population dans une zone contaminée.
  • L’interdiction de transport d’amphibiens d’un bassin versant à un autre,
  • La désinfection du matériel de pêche et de navigation avec des biocides, comme l’eau de Javel non diluée ou l’alcool à 70% (à ne pas répandre dans la nature car toxique pour toutes les espèces et risquant de provoquer l’apparition de souches résistantes),
  • L’interdiction du tourisme (voir plus haut),
  • La déshydratation (séchage complet des bottes, chaussures, matériels),
  • Le chauffage (5 min. à 60 °C suffisent).

Sources :

Une jolie grenouille verte, et alors ?

Que va-t-il encore nous raconter sur cette grenouille ? Saute-t-elle plus haut que les autres ? Est-elle phosphorescente ? Couve-t-elle ses œufs ? Peut-elle se transformer en princesse ? A-t-elle les yeux plus gros que le ventre ?…
Non, rien de tout cela. Juste une envie de vous parler de nos amis les amphibiens et de la nouvelle et terrible menace qui pèse sur eux dans le Makay. Pour cela rendez-vous sur l’article dédié à une maladie mondialement connue qui décime les amphibiens et qui a récemment été découverte dans le Makay.

Nous espérons qu’en admirant ces photographies, le lecteur tombera sous le charme des grenouilles de Madagascar et nous aidera à les protéger.

Une grenouille attend sa proie sur une fueille en pleine nuit.

Un travail de fourmis

De passage à Tana, j’ai eu la chance de retrouver Brian Fisher et son équipe. A l’œuvre dans leur laboratoire du California Academy of Sciences à deux pas du Parc Botanique et Zoologique de Tsimbazaza, ils travaillent actuellement sur les échantillons d’insectes collectés dans le Makay en novembre-décembre 2010, ainsi que sur ceux qu’a collecté Jean-Michel Bichain en janvier 2010. Et cela tombe bien, je me demandais justement comment ils traitaient leurs échantillons une fois la phase de terrain et de collecte terminée. Voici donc dans les grandes lignes le processus.

La première étape est celle du tri. Il s’agit de séparer les milliers de spécimens le plus précisément possible par taxon. Tous sont triés d’abord par ordre puis par groupe. Ensuite les fourmis bénéficient d’un traitement de faveur et sont triés jusqu’à la famille, le genre, l’espèce et éventuellement la sous-espèce, tandis que les autres groupes sont envoyés à quelques 150 spécialistes à travers le monde.

Une collection de fourmis du Makay, Californa Academy of Science

A la deuxième phase, il ne reste donc plus que des fourmis. Celles-ci sont « montées » au bout d’épingles avec pour chacune d’elles, un code, le point gps de collecte, le groupe taxonomique, le nom du collecteur…. Cette phase de « mounting » est un véritable travail d’orfèvre car certaines espèces de fourmis ne font pas plus d’un millimètre de long. Les données sur étiquettes sont écrites en tout petit. A vrai dire, il faut une loupe pour les lire. « Il doit seulement y en avoir seulement quelques unes » me direz vous, « ça ne doit pas être bien long ! » C’est ce que je croyais jusqu’à ce que je rencontre Brian et ses collègues sur le terrain. Alors que nous ne voyions que quelques fourmis différentes, eux en trouvent des dizaines, que dis-je des centaines. Et oui, car d’espèces de fourmis, le monde en regorge. On estime à près de 30000 le nombre d’espèces sur la planète !! Si si! Et ce sont 1339 espèces (dont 418 décrites) différentes qui sont déjà recensées rien que sur l’île rouge. Incroyable non ? Autant vous dire donc que ces deux premières phases représentent un travail colossale, ou de fourmis si vous préférez.

Fourmis du California Academy of Science, Madagascar, Makay

Ceci achevé, nos amis chercheurs prélèvent une patte sur chacune des fourmis et les isolent dans de tout petits tubes qui sont envoyés alors à San Francisco pour analyse ADN. Cette phase qui prenait des semaines auparavant ne prend que quelques minutes aujourd’hui pour chaque espèce.

Une fois le séquençage achevé, Brian récupère toutes ces informations et les entrent dans sa base de données. Si elles correspondent à des données déjà entrées dans la base, alors l’espèce est connue. L’information obtenue reste tout de même intéressante car elle permet par exemple d’augmenter l’aire de répartition géographique d’une espèce donnée. Si en revanche, elle ne correspond à rien de connu, alors il y a toutes les chances que ce soit une nouvelle espèce.

Grâce au code qu’il lui a donné, Brian peut alors facilement retrouver le spécimen entier et l’étudier morphologiquement, le décrire puis finalement publier la découverte dans les revues scientifiques et sur le site internet Antweb dédié au monde des fourmis qu’il a créé, un site qui recense déjà près de 13000 espèces.

Fourmis du California Academy of Science, Madagascar, Makay