Petit plant deviendra grand

La reforestation des forêts du Makay représente l’un de nos principaux objectifs. L’an dernier, nous avions créé trois pépinières situées dans les villages de Beroroha, Beronono et Tsivoko. Chacune avait été confiée à un ou deux pépiniéristes locaux qui avaient pour mission d’aménager et de clôturer le terrain, de planter des graines d’essences endémiques adaptées aux différents usages prévus, de les faire germer et grandir pour ensuite les replanter dans les zones définies de reforestation.

Cette année, nous avions à nos côtés notre nouveau chef de projet sur le terrain, Mamy, qui travaille également pour l’ONG l’Homme et l’Environnement. Il a acquis depuis dix ans une expertise en gestion des forêts en travaillant sur différents projets à Madagascar. C’est sous ses conseils avisés que nous avons adapté et modifié l’organisation des pépinières afin de maximiser les récoltes en cours et futures. L’objectif fixé à nos pépiniéristes est le suivant : planter 1500 plants par mois dans chaque pépinière. Deux nouvelles pépinières verront le jour prochainement dans le cœur du massif pour faciliter les opérations de reforestation.
Ce premier rendement permettra déjà de replanter 100 hectares par an.

Mamy, notre nouveau chef de projet

Bona : notre homme qui sait tout faire

Bona, responsable des pépinières pour Naturevolution à Beroroha, Makay, Madagascar

Bona est venu à ma rencontre en novembre 2010 alors que nous venions de traverser le fleuve Mangoky par le bac. Il s’est spontanément présenté à moi pour me dire qu’il avait travaillé pour le WWF dans un programme de reforestation ici à Madagascar quelques années auparavant. Il nous avait vu à la télévision la veille au soir et attendait notre arrivée et nous proposait ses services. Nous décidons de le prendre dans l’équipe pour une période probatoire de quelques jours, cela tombait bien, nous partions avec une dizaine de scientifiques à l’ouest de Beroroha pour quelques jours. Je lui donne rendez-vous vers 14h au centre du village pour le départ.

A 14h10, aucune trace de Bona, et alors que nous étions sur le point de partir, il est arrivé en trottinant, presque essoufflé, et s’est excusé de son retard. Entre le moment où nous l’avions laissé sur le bord du Mangoky et maintenant, il avait fait un aller-retour vers Fanjakana pour aller s’acheter une paire de sandales afin d’être correctement chaussé pour sa nouvelle mission ! En moins de deux heures, il a traversé deux fois le Mangoky en pirogue et fait 10 km à pied.

Travailleur et sérieux, il a rejoint l’équipe durant les deux expéditions de novembre/décembre 2010 et de janvier 2011, il est resté aux côtés de Max pour veiller à ce que toute la logistique et les transports se passent bien.

Depuis que nous sommes arrivés à Beroroha, je passe beaucoup de temps avec Bona, c’est une vraie bible, il connait toutes les essences de bois, sait reconnaître les arbres sur pied, travaille le bois à merveille, il est le menuisier de Beroroha. Il fabrique charrettes, meubles, et toutes les pièces en bois que les gens lui demande. Pendant son expérience au WWF, il a accumulé un grand nombre de connaissances sur l’ensemble du processus de reforestation, de la gestion de pépinières à Madagascar à la replantation in situ.

Bona est l’homme de la situation pour nous qui souhaitons commencer une pépinière ici à Beroroha avec des objectifs ambitieux de production de plants d’essences autochtones pour la fin de l’année. Nous souhaitons en effet replanter déjà près de 13 000 arbres d’ici fin 2011. C’est un travail a temps plein que nous lui proposons, l’objectif, en plus de la pépinière de Beroroha est de commencer aussi trois autres sites de production de plants dans les villages plus au nord proches de forêts extrêmement dégradées : Beronono, Kalomboro et Tsivoko. La réhabilitation de la forêt est nécessaire pour la préservation de l’habitat de nombreuses espèces et pour la sauvegarde de la biodiversité.

Eléments sur la déforestation du Makay

Forêt du Makay à Madagascar

Forêt du Makay à Madagascar

Depuis quelques jours nous parlons de déforestation, de désolation. En effet, chaque jour passé ici dans les montagnes du Makay apporte son lot de traces de feux anciens ou récents, de ravages et de tristesse. L’homme est responsable de la disparition du couvert forestier. Il scie évidemment sans s’en rendre compte la branche sur laquelle il est assis.

Cette disparition a, si l’on regarde l’ensemble de Madagascar, de multiples causes.
Evoquons les paysans et la culture sur brûlis « Tavy » qui transforment des hectares de foret pour en faire des rizières…temporaires. Les charbonniers qui font commerce d’arbres centenaires pour chauffer les maisons et cuisiner, les trafiquants d’essences rares qui défient lois et gendarmes, l’exploitation industrielle et minière intensive, ou encore des techniques de chasse de certains mammifères et de collecte de miel…

Ici dans le Makay, le principal responsable de la déforestation est l’élevage de zébus. Les propriétaires de troupeau mettent en effet le feu régulièrement où ils passent pour alimenter les zébus essentiellement en jeunes pousses vertes. Le feu reste en effet le moyen le plus efficace pour que celles-ci se renouvellent…partiellement…puisque avec le temps, les fortes pluies entraînent avec elles la terre fertile. Les sols lessivés deviennent arides. Le reboisement devient impossible, l’agriculture également.

De notre point de vue d’occidental, il est assez difficile de comprendre pourquoi les gens d’ici ressentent le besoin de brûler encore et toujours alors que les espaces de pâturage sont déjà largement suffisants (maximum 10 têtes/km2) et qu’il suffirait de pratiquer la jachère et de mettre des clotûres pour que le problème soit réglé (un petit peu comme en Corse). On comprend d’autant moins la pratique locale qui laisse les troupeaux paître partout où le vent les mènent, alors que les garder dans un espace restreint permettrait également de limiter les vols.

Zébu dans le massif du Makay à Madagascar

Zébu dans le massif du Makay à Madagascar

Christian Perrenoud, dans un précédent commentaire citant Saint Sauveur, a donné un élément de réponse en expliquant que dans la culture malgache, la propriété d’une terre est parfois seulement prouvé par l’entretien que l’on en fait. Ainsi, le feu considéré comme un entretien, est en quelque sorte une preuve de propriété. Ce que je ne comprends pas alors, c’est la raison pour laquelle des feux sont déclenchés par d’autres que les propriétaire des terres. Nous en avons eu l’illustration dans toutes les forêts du Makay. Ce qui est étonnant également, c’est le fait qu’à chaque fois que l’on demande aux locaux, ils disent que ce n’est pas eux et qu’ils ne savent pas qui c’est. Nous avons même eu droit à diverses pirouettes dont je vous donne une exemple ici. En quittant le camp de base de la première expédition, nous avons passé notre dernière soirée au village de Tsivoko. Dans la soirée, Igor est venu me voir et m’a dit: « Viens voir, il faut que je te montre quelque chose! » Il m’a emmené à la sortie du village d’où l’on voit tous les contreforts du Makay. Je n’ai pas besoin de vous décrire ma déception et ma colère lorsque j’ai vu l’ensemble du versant que nous venions de franchir avec les porteurs… en feu. Tout un versant, à deux pas du camp de base. Le lendemain, alors que le chef venait me demander un droit de passage inventé pour l’occasion, je lui ai demandé pourquoi les hommes du village avaient mis le feu. Il m’a répondu que c’était la montagne qui nous remerciait de notre passage et qui nous disait au revoir. Je vous avoue que j’ai quitté la discussion sans plus attendre.

Si dans la majorité des cas, les gens nous mentent, surement par peur des représailles (tout le monde sait en effet que les feux sont interdits et punis de 5 ans d’emprisonnement), il y a aussi une autre explication. Il se trouve que nous sommes dans le Makay, sur une terre Bara et que le phénomène Dahalo est chez les Bara, très répandu. Les Dahalo, sont des briguants nomades voleurs de zébus. Sillonnant la région avec leurs butins, ils mettent le feu partout où ils passent sans se soucier de qui en est le propriétaire.
La présence des Dahalo aux alentours des villages suscitent peurs et craintes. Peur de la violence de certaines bandes et craintes des répercussions économiques (vol de troupeau notamment), mais également parfois craintes des ravages écologiques. Nous avons en effet croisés quelques villageois qui semblaient dépités de voir leurs forêts disparaître. Nous en avons compris plus tard la raison. Cette famille avait perdu son troupeau entier dans un de ces feux destructeurs.
Pas de contrôle, pas de répression, ce phénomène Dahalo s’amplifie dans un contexte politique instable et désengagé menaçant toujours un peu plus la biodiversité unique de la Grande Ile « Gasikara ».

Sous-bois de palmiers du massif du Makay à Madagascar

Sous-bois de palmiers du massif du Makay à Madagascar

Nos problèmes de communication, notre manque de compréhension des locaux… sont de gros handicaps. Après avoir posé des dizaines de fois la question et avoir reçu des dizaines de réponses différentes, il nous est impossible encore aujourd’hui de savoir vraiment ce qui les poussent à brûler. Le saurons-nous un jour? Ce qui est certain, c’est qu’il va falloir des années d’éducation, de discussions dans chaque village, accompagné d’une certaine forme de répression, pour que les brûlis stoppent. Et je me demande si ce n’est pas déjà trop tard.

La latérite

Latérite à Tsiro, Ankavandra, Madagascar

Latérite

La latérite (du latin later, brique) est une roche rouge ou brune, qui se forme par altération des roches sous les climats tropicaux. Elles recouvrent 33 % des continents. Lors de l’altération, les minéraux de base les plus instables ou solubles disparaissent. Les autres restent sur place en formant la latérite. Les sols latéritiques sont des sols pauvres en silice et en éléments nutritifs fertilisants (Ca, Mg, K, Na). La végétation, comme par exemple les grandes forêts équatoriales, reste cependant abondante sur ces sols, bien que fragile. La latérite est utilisée à Madagascar (et dans d’autres régions tropicales) pour la construction des habitations. (en savoir plus)