Potagers scolaires

À Madagascar, Naturevolution, gestionnaire de l’aire protégée Makay, croit fort en l’éducation comme levier d’action rapide pour protéger les dernières forêts du massif du Makay. Ainsi, notre association a développé un projet ambitieux multirégional éducatif de 3 ans basé sur un investissement massif de mécènes. Cependant nous pensons que ces investissements financiers ne suffiront pas pour répondre aux défis de l’éducation des populations locales de manière pérenne. Afin que ni une crise politique, ni une crise économique ne puisse nuire à la scolarisation des enfants, que l’école soit accessible, même aux plus démunis et que l’apprentissage soit sensiblement amélioré par rapport à la norme actuelle à Madagascar, nous développons un programme de jardins scolaires qui devra aboutir à la création de 10 jardins scolaires permettant d’autofinancer les établissements scolaires et fournir une alimentation aux élèves d’ici 2020. A terme ce projet de jardins scolaires devra se traduire par des résultats concrets en terme d’amélioration de la santé et d’accès à l’éducation, de réduction de la pauvreté des populations locales et une diminution de l’impact de l’Homme sur l’aire protégée Makay.

Contexte global national

Grâce à la richesse et à la rareté de sa biodiversité marine et terrestre, Madagascar a été inscrite parmi les 37 hotspots de la biodiversité planétaire par l’organisme Conservation International. Peuplée de quelques 250 000 espèces animales et végétales principalement endémiques, son patrimoine naturel est largement menacé par des pressions anthropiques sur la quasi-intégralité du territoire.
A Madagascar, les populations locales dépendent largement de l’agriculture vivrière et de la pêche pour satisfaire leurs besoins primaires, et dépendent ainsi des services offerts par la nature pour assurer leur survie. Cependant, ces derniers doivent faire face à un éventail complexe de défis environnementaux, notamment à la désertification des terres.

Tri du riz, Beronono ©Bernard Forgeau/Naturevolution

En ce sens, la sécurisation des services offerts par la nature pour la population actuelle et ses futures générations devient l’enjeu primordial pour le développement territorial de la Grande Ile. En outre, la pauvreté qui touche les deux tiers de la population, associée à une baisse considérable des disponibilités alimentaires lors de périodes de soudures annuelles, sont à l’origine d’un contexte d’insécurité alimentaire quasi permanent. L’urgence sociale, économique et environnementale invite à l’adoption de mesures politiques et citoyennes stratégiques, engagées dans des initiatives favorisant le développement durable et local du territoire.

Contexte local: Le Makay, un fragile îlot de biodiversité menacé

Dans le sud-ouest de Madagascar, se dresse un fragile îlot de biodiversité unique au monde, le Massif du Makay. Malgré l’absence d’activités humaines au coeur du massif, le Makay en subit l’impact, notamment en raison des feux de brousse non-maîtrisés.

Feu de brousse – été 2017 ©Gaëtan Deltour/Naturevolution

En effet, les menaces qui pèsent sur la biodiversité animale et végétale du massif sont liées aux pratiques vivrières et culturales des villages à proximité. Afin d’éviter les vols de leurs zébus par les dahalo, certains villageois mettent leurs bovins en pâture dans le massif. Cependant, les zébus se nourrissent des jeunes poussent et limitent la renouvellement de la forêt.

Les zébus du Makay dans une prairie, Madagascar ©Evrard Wendenbaum/Naturevolution

Par ailleurs, les périodes de soudures qui surgissent annuellement entre deux cultures de riz, conduisent les villageois à se diriger vers le Makay pour répondre à leurs besoins alimentaires. Ils y prélèvent le tavolo, une tubercule endémique, et chassent plusieurs espèces animales, notamment les lémuriens. L’appauvrissement des sols, la désertification des terres et la baisse considérables de la disponibilité des ressources naturelles nécessaires aux populations locales, doivent trouver des solutions durables et favorables au développement des villages.

Concilier développement local et protection de l’environnement

Le Makay compte une soixantaine de villages et hameaux établis sur l’ensemble de son pourtour. Ces lieux de vie sont sujets à de nombreuses problématiques alimentaires, économiques et sociales.

L’enclavement des villages, l’insécurité, la pauvreté, la déscolarisation, l’insécurité alimentaire et la baisse de la disponibilité des ressources naturelles sont des problématiques omniprésentes dans les villages du pourtour du Makay.
Dans ce contexte, il est primordial de concilier développement local et protection de l’environnement, permettant ainsi aux territoires isolés, de tendre vers un avenir durable et résilient sur le plan socio-économique, culturel et environnemental.
La création de nouvelles activités économiques et la diversification des sources de revenus pourrait ainsi limiter l’exode rural, offrir aux enfants une chance de tendre vers un avenir professionnel, faciliter l’accès aux soins, à l’éducation et protéger le milieu naturel dans lequel évoluent ces territoires. La diversité des savoir-faire des populations locales représente un atout majeur dans cette dynamique d’essor et de conservation.

Communauté impliquée dans un projet d'apiculture, massif du Makay, Madagascar

Communauté impliquée dans un projet d’apiculture, massif du Makay, Madagascar ©Bernard Forgeau/Naturevolution

Naturevolution apporte une aide financière et technique pour accompagner cette transition. Les formations, la création d’emplois et les actions de sensibilisation ont pour objectif de faire des villageois, les acteurs de la protection de leur milieu.
Ainsi, les projets de pépinières et d’apiculture laissent aujourd’hui place à la mise en place de potagers-écoles.

Des potagers-écoles, un premier pas vers la résilience face à l’insécurité alimentaire et au changement climatique

Dans les villages cibles, les habitants se nourrissent exclusivement de riz et de manioc, avec occasionnellement un apport de protéines animales provenant des volailles élevées par chaque famille ou bien des zébus sacrifiés au cours des rituels traditionnels. Cette alimentation carencée révèle un niveau de malnutrition élevé au sain de la communauté, et peut entraîner des dommages physiques et psychiques. Les systèmes agraires sont basés sur la culture sur brûlis, dont les feux impactent largement les écosystèmes à proximité des villages.

Dans un premier temps, nous avons choisi de mettre en place des potagers-écoles grâce à des méthodes culturales agro-écologiques et dont les rendements serviront à approvisionner les cantines scolaires des villages.

Pépinière de Tsiajorambo dans le Nord Makay ©Tom Dépériers/Naturevolution

L’implantation de potagers scolaires, intégrés au programmes éducatifs et dans la vie des villages, peuvent être porteurs de l’amélioration du niveau nutritionnel et éducationnel des écoliers et de leurs familles. Par ailleurs, ils aident à la conception d’une approche durable de production et de consommation. En investissant dans la génération future, Naturevolution leur donne les moyens d’agir et d’apporter leur contribution à l’objectif d’éradication de la faim.

Les enfants visitent le potager de Sakoazato ©Harmony Perdigal/Naturevolution

L’idée du projet est de mettre en place des potagers dans chaque village, dont les rendement alimenteront les cantines scolaires. Ces jardins serviront également de lieu de formation à l’attention de l’ensemble des villageois.

Les objectifs des potagers

  • Répondre aux besoins nutritionnels des enfants grâce à un apport quotidiens de produits variés
  • Intégrer le jardinage (potager, verger, rucher) au programme scolaire
  • Offrir des formations à l’agro-écologie à l’attention des villageois, adaptées à leurs besoins spécifiques (gestion de la ressource en eau, nourrir le sol, diversifier les cultures…)
  • Limiter l’impact des périodes de soudures sur la santé des habitants et celle de leur environnement
  • L’emploi direct de jardiniers responsables des potagers de chaque village

Marolahy, potagéiste à Sakoazato ©Harmony Perdigal/Naturevolution

La mise en place des potagers s’inscrit dans une démarche globale et représente une réelle porte ouverte pour le lancement de projets permettants d’améliorer les conditions de vie des populations locales. Par exemple, l’installation de pompes à eau, la construction de cantines scolaires, la sensibilisation à des méthodes de cuisson alternatives, ou encore, la construction d’ateliers de transformation.

Qu’est-ce que l’agro-écologie ?

L’agroécologie est une agriculture de conservation qui s’appuie sur le mimétisme. Elle s’inspire donc des interactions naturelles de l’écosystème propre au lieu de l’exploitation.
L’agroécologie applique la science écologique à la conception de systèmes agricoles qui répondent aux défis climatiques, alimentaires et de pauvreté rurale. Cette approche améliore la productivité des sols et protège les cultures en s’appuyant sur l’environnement naturel comme certains arbres, plantes, animaux et insectes.

Dans les villages pilotes, nous avons pu mettre en pratiques plusieurs principes de l’agroécologie :

  • Optimiser l’utilisation des ressources (eau, sol, lumière, nutriments) et minimiser leurs pertes
  • Augmenter la diversité des espèces et des variétés cultivées dans l’espace et dans le temps
  • Favoriser les interactions positives entre les différents organismes présents dans l’agro-écosystème
  • Maintenir des conditions de sol favorables à la croissance végétale, en maintenant un niveau de matière organique suffisant dans le sol

Planning du projet

Les premières phase du projet ont démarré en juillet 2019 dans deux villages pilotes, Sakoazato et Tsiazojambo. L’objectif est de mettre en place d’ici fin 2020, 10 potagers scolaires sur le pourtour de l’aire protégée Makay.

Juillet – Août 2019 : Création des potagers (Sensibilisation des jardiniers à l’agroécologie ; Défrichage du terrain et préparation des platebandes ; Plantation ; Sensibilisation des enfants
Octobre – Décembre 2019 : Formation à l’agroécologie pour l’ensemble des villageois
Rentrée scolaire 2020 : Cantines scolaires et potagers autonomes

Article rédigé par Harmony Perdigal