Forêts villageoises

En association avec les communautés du Nord Makay, Naturevolution a lancé début 2019 un projet de reboisement à proximité des villages : les forêts villageoises. Notre programme de gestion de la Nouvelle Aire Protégée du Makay se poursuit avec la restauration d’espaces dégradés dans des zones tampons situées entre les villages et le massif. Ce projet couple apport de revenus pour les populations locales et conservation de la biodiversité du massif en accord avec les nouveaux objectifs nationaux.

Contexte national

Madagascar a connu ces 60 dernières années une importante disparition et fragmentation de ses forêts, avec une diminution de près de 44% de sa couverture forestière. Plus préoccupant encore, cette déforestation est en forte accélération.

En 2017, Madagascar se classe au 4ème rang des pays en terme de déforestation avec la disparition de 3,8% de ses forêts en une seule année, ce qui représente 510 000 hectares détruits et une émission de 52,9Mt de CO2. Pour donner une équivalence, ce chiffre représente la surface de 728 571 stades ou 48,5 fois la surface de Paris.

Pour tenter de répondre à cette problématique, le nouveau gouvernement malgache a fixé un objectif de reforestation de 40 000 hectares pour 2019. Un chiffre que tous les acteurs de la conservation espèrent largement dépasser.

Forêt du Makay, Madagascar

Forêt du Makay, Madagascar

Les forêts du Makay

Les forêts du Makay s’étendent sur 11 400 hectares et abritent des espèces qui lui sont uniques : 30% d’entre elles sont endémiques de Madagascar, et 10% sont micro-endémiques du Makay. Les feux de brousse déclenchés sur le pourtour du massif se propagent jusqu’au plus profond des canyons, et le braconnage (animal ou végétal) vient affecter des espèces menacées. Depuis 2001, la zone couverte aujourd’hui par la Nouvelle Aire Protégée du Makay a perdu 577ha de couverture forestière (analyse réalisée sur GFW).

→ En savoir plus sur les causes des feux de forêts dans le Makay

Feu de brousse à proximité du massif du Makay (2017).

Le projet Forêts villageoises

Situées sur l’ensemble du pourtour du Makay se trouvent une soixantaine de localités enclavées et vivant en situation de fragilité alimentaire et économique. Afin de répondre aux besoins des communautés locales et de réduire les prélèvements réalisés dans les forêts du massif, Naturevolution lance le projet Forêts villageoises du Makay.

Le projet vise à restaurer des forêts au bénéfice direct des villageois au niveau des zones tampons dégradées situées entre les villages et le massif. Le reboisement ciblera des essences permettant de satisfaire les besoins de base et d’améliorer les conditions de vie. Les parcelles ainsi développées permettront de :

  • Contribuer à l’alimentation locale (fruitiers),
  • Fournir du bois de chauffage et de cuisson,
  • Fournir du bois de construction,
  • Favoriser les activités apicoles via des plantes méllifères,
  • Améliorer la disponibilités des plantes médicinales.

Au-delà des produits, l’utilisation de ces parcelles situées à proximité des villages permettra également :

  • de former les villageois à la gestion durable des forêts,
  • d’offir un gain de temps et d’effort par rapport à des prélèvements réalisés à plusieurs heures de marche dans le massif.

Pépinière du village de Sakoazato (2019).

Protéger les forêts du massif et améliorer les conditions de vie locales

Ce projet s’inscrit dans une stratégie globale visant à améliorer les conditions de vie des communautés locales et à réduire les pressions anthropiques sur les écosystèmes du massif. Il rejoint notamment nos activités en terme de sensibilisation et d’éducation sur le rôle de la forêt et l’impact des feux de brousse, mais aussi sur des méthodes alternatives de cuisson (les foyers ouverts étant actuellement la norme), qui visent à réduire puis à stopper la déforestation.

Un projet de potager scolaire est développé en parallèle afin d’apporter des alternatives alimentaires aux prélèvements dans le massif (lémuriens, tavolo…), de mieux faire face aux périodes de soudure, et de fournir une meilleure nutrition aux enfants. Ces projets viennent compléter le développement de l’apiculture et de l’écotourisme, projets dont l’objectif est également d’apporter une meilleure stabilité alimentaire et économique, ainsi que de proposer des activités complémentaires à l’élevage du zébu.

Forêt de Sakapaly – 3ème plus grande forêt de l’aire protégée Makay

Reboiser sans polluer

Saviez-vous que le reboisement est source de pollution plastique ? En effet, à ce jour la principale méthode utilisée dans le monde pour le transport des plants jusqu’au site de reboisement se fait grâce à l’utilisation de sacs plastiques. Ce sont donc des milliers de sacs plastiques à usage unique qui sont produits et utilisés avec toutes les conséquences que nous connaissons : production de CO2 à la fabrication, pollution du sol ou des nappes phréatiques lors de sa dégradation, impact sur la santé, consommation par les animaux, pollution visuelle, etc.

C’est pourquoi nous avons choisi de n’utiliser aucun plastique dans les pépinières que nous mettons en place : nous effectuerons le semis directement via une déplantation réalisée à l’aide d’outils adaptés. En ce qui concerne la structure des pépinières (abri, clôture), nous utiliserons uniquement des matériaux locaux (bois et bambou). Retrouvez sur cet article des photos de la confection des clôtures ainsi que le plantoir utilisé pour les transplantations.

Quelles essences seront plantées ?

  • Des espèces mellifères (polyfloral : essences de fruits et principalement d’agrumes) qui ont vocation à améliorer les rendements des ruches nouvellement implantées dans la région, tout en contribuant à l’augmentation du nombre d’essaims ;
  • Des espèces fruitières (manguiers, papayers, goyaviers, bananiers, citronniers etc.) qui ont vocation à apporter un complément alimentaire et un complément de revenus pour les villageois ;
  • Des plantes médicinales (artemisia contre paludisme et bilharzioze etc.) utilisées par les communautés locales ;
  • Des espèces à croissance rapide (acacia, eucalyptus…) qui produiront du bois adapté à la cuisson quotidienne et permettront de réduire voire de stopper les prélèvements de bois dans les forêts sensibles du Makay ;
  • Enfin, des espèces à croissance lente qui produiront du bois adapté à la construction des cases (dur et imputrescible comme le Katrafay) et qui permettront également de réduire les prélèvements dans les forêts du Makay.

Les semences seront achetées à la SNGF (Silo National des Graines Forestières) ou récupérées de façon raisonnée directement dans les forêts du Makay.

Forêts tampon situées entre le village de Tsivoko et le massif du Makay

Planning

Démarré en 2019 dans 5 villages pilotes, le projet sera étendu chaque année à de nouveaux villages. L’objectif est d’atteindre d’ici fin 2019 une production de 18 000 plants par pépinières, soit 72 hectares et 1 million d’arbres sous 3 ans.

  • Janvier – mai 2019 : Préparation du projet
  • Avril – novembre 2019 : Formation des pépiniéristes et création des pépinières
  • Décembre 2019 : Premières actions de replantation

Pour aller plus loin

Actualités

Notre série d’articles sur la déforestation

Nos partenaires

Ce projet de reboisement est soutenu par MaltemUn premier financement à hauteur de 10.000€ a été obtenu auprès de Maltem, permettant le lancement du projet Forêts villageoises. Maltem est un écosystème de sociétés de conseil spécialisées dans la transformation digitale et l’innovation durable, et un partenaire de Naturevolution depuis 2016.


Sources
[1] Vieilledent, G., Grinand, C., Rakotomalala, F. A., Ranaivosoa, R., Rakotoarijaona, J. R., Allnutt, T. F., & Achard, F. (2018). Combining global tree cover loss data with historical national forest cover maps to look at six decades of deforestation and forest fragmentation in Madagascar. Biological Conservation, 222, 189-197.
[2]2017 was the second worst year on record for tropical tree cover loss, Global Forest Watch.
[3] Conseil des ministres du 27 février 2019 : recouvrir Madagascar de forêt, site de la présidence de Madagascar.
[4] Analyse réalisée sur Global forest watch