Les menaces

Si les karsts du Konawe ont été jusqu’à récemment globalement préservés, ils font face depuis quelques années à peine à plusieurs menaces directement liées aux activités humaines. Les contreforts nord du massif de Matarombeo ont ainsi laissé la place à des plantations d’huile de palme, certains endroits de la baie de Matarape sont rasés par les compagnies minières exploitant le nickel, et l’absence d’un système de gestion des déchets dans la région engendre une forte pollution de l’océan par les déchets plastiques.

Certaines des menaces décrites sur cette page ont déjà un impact négatif sur le massif, tandis que d’autres ne se feront réellement sentir qu’à moyen terme, si rien n’est entrepris pour y remédier. Si leur proportion peut effrayer, il est bon de savoir également qu’il existe des moyens d’agir pour contrer ou limiter les impacts de chacune d’entre elles. Plus de détails seront mis en ligne prochainement mais vous pouvez déjà retrouver sur Helloasso les grandes lignes de notre stratégie de conservation pour les karsts du Konawe.

Plantation_huile_palme_Matarombeo

Les abords du massif de Matarombeo sont menacés par le développement des plantations d'huile de palme.

Les plantations d’huile de palme

L’essor fulgurant au niveau mondial tant de la demande que de la production d’huile de palme a généré ces dernières années une explosion des plantations de palmiers à huile. Ce développement s’est fait largement aux dépens de la forêt primaire comme sur les îles de Bornéo et de Sumatra qui en comptaient encore beaucoup il y a tout juste 20 ans.

Sur l’île de Sulawesi, on estime que 80% des forêts ont disparu au cours des cent dernières années. Loin de s’arrêter, le développement des plantations atteint maintenant des zones plus difficiles d’accès, souvent les derniers réservoirs d’espèces ailleurs disparues.

Dans le Konawe, le versant nord du massif de Matarombeo comprend déjà des plantations qui grignotent chaque année un peu plus les forêts périphériques du massif. Nous supposons également que les résidus des produits phytosanitaires (pesticides et engrais) utilisés sur les plantations sont entraînés par ruissellement vers les rivières, puis vers les estuaires, où ils contribuent à polluer et à perturber les mangroves et les écosystèmes sous-marins de la baie de Matarape.

Déforestation et plantations d'huile de palme. Massif de Matarombeo, Nord Konawe, île de Sulawesi, Indonésie.

Déforestation et plantations d’huile de palme sur le versant nord du massif de Matarombeo. Nord Konawe, île de Sulawesi, Indonésie.

La pollution aux plastiques

Le manque d’infrastructures et d’éducation à l’environnement dans un pays fortement peuplé comme l’Indonésie qui s’est par ailleurs développé très rapidement ces dernières années a conduit à l’absence de filières de gestion des déchets dans de nombreux endroits du pays. Conséquence directe de cette situation, les rivières du pays sont extrêmement polluées et l’Indonésie est le deuxième émetteur mondial de déchets plastiques rejetés dans l’océan.

La zone côtière de la baie de Matarape ne fait pas exception. La plupart des déchets des villages sont jetés directement dans la mer qui, au gré des marées, des courants et des tempêtes, les disperse sur le littoral. Les impacts des déchets plastiques sur l’environnement sont nombreux : les animaux marins les confondent avec de la nourriture ou se retrouvent empétrés dedans, ils causent des maladies au corail, et à long terme se fragmentent en pastilles de micro-plastique qui metteront des siècle à se décomposer.

La pollution aux déchets plastiques dans la baie de Matarape

Les déchets plastiques, omniprésents sur les littoraux d’Asie du Sud-Est. Baie de Matarape, Sulawesi.

L’exploitation du nickel

Le littoral de la baie de Matarape est le siège de plusieurs mines de nickel à ciel ouvert. L’exploitation concerne essentiellement les couches superficielles du sol. Une fois l’extraction du minerai terminée sur une zone, la forêt a disparue, le sol n’a plus aucune structure, cohésion, ni micro-organismes, et les fonds sous-marins adjacents sont ravagés par l’écoulement des boues et des produits chimiques liés aux procédés d’extraction.

Les compagnies minières réalisant l’exploitation des gisement du Konawe ne mettent pas en place de bassins de décantation et ne réalisent aucune opération de restauration du site. Auparavant exporté brut, le minerai doit obligatoirement être traité sur le sol indonésien depuis 2014, mais de nombreuses compagnies dérogent encore à cette règle.

L'exploitation des mines de nickel dans la baie de Matarape, sur l'île de Sulawesi.

L’exploitation des mines de nickel dans la baie de Matarape, sur l’île de Sulawesi.

Les Acanthaster ou « Couronnes d’épines »

Appelée communément « Couronne d’épines » (Crown-of-thorns starfish ou CoTS), l’étoile de mer Acanthaster Planci est un prédateur des polypes du corail. Dans un ecosystème sain, elle joue un rôle assainissant en éliminant les coraux malades ou en maîtrisant la population de certains espèces par rapport à d’autres. Extrêmement fertile, un seul individu peut émettre des millions, voire des dizaines de millions d’oeufs en une seule ponte, dont la grande majorité ne survivent pas.

Pour des raisons qui restent encore à préciser (réchauffement climatique, ravinement des engrais utilisés en agriculture intensive, développement côtier, braconnage de ses prédateurs, etc.), les épisodes de prolifération d’Acanthaster Planci se multiplient et engendrent de véritables ravages dans les récifs coralliens à travers le monde. De nombreux programmes de recherche sont en cours, notamment sur la Grande Barrière de Corail en Australie, afin de mieux comprendre ce phénomène.

L'étoile de mer Acanthaster Planci ou "couronne d'épines"

Pour des raisons qui restent encore à préciser, l’étoile de mer Acanthaster Planci ou « couronne d’épines » connaît des phénomènes de prolifération. Baie de Matarape, Sulawesi.

Un développement touristique non maîtrisé

Encore peu connue, la baie de Matarape ne compte que deux ou trois hébergements et reste quasiment vierge de visiteurs. Mais cela n’est qu’une question de temps avant que ce site somptueux déjà surnommé la « petite Raja Ampat » ne soit ‘découvert’ et apparaisse sur les blogs, les guides, et les agences de voyages locales.

Pour éviter que le site ne soit défiguré par le développement irraisonné d’infrastructures, que l’affluence touristique ne vienne détruire les écosystèmes côtiers et sous-marins, et qu’enfin la population locale ne tire pas bénéfice de ce développement, il est nécessaire de prendre les devants en mettant en place un statut de protection, en sensibilisant les populations locales à la richesse et à la fragilité de leur environnement, et en les formant aux pratiques durables de l’écotourisme. Le tourisme pourra être alors l’une des clés d’une dynamique bénéfique aux populations et aux milieux naturels.

Fonds coralliens dans la baie de Matarape, Sulawesi, Indonésie.

Corail dans la baie de Matarape. Les fonds sous-marins et particulièrement les coraux peuvent être vite endommagée une fois que le tourisme, et donc le nombre de bateaux, prend de l’ampleur. Baie de Matarape, Sulawesi.

Les cimenteries

Les roches karstiques elles-mêmes sont également l’objet d’une exploitation industrielle, celle du ciment. Auparavant protégées par la forêt qui rendait leur exploitation coûteuse, la disparition de celle-ci et la construction de routes pour les plantations de palmiers à huile les rend de plus en plus vulnérables. A travers toute l’Asie du Sud-Est, les ensembles karstiques sont exploités les uns après les autres jusqu’à que d’impressionants reliefs verticaux ne soient plus que des souvenirs. Cette menace, certes encore éloignée pour le karst de Matarombeo, pourrait un jour devenir une réalité si des protections ne sont pas mises en place dans la prochaine décennie.

Pour aller plus loin

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English translation made possible thanks to the PerMondo project: Free translation of website and documents for non-profit organisations. A project managed by Mondo Agit. Translator: Cressida McDermott