Impactos y soluciones a nuestra adicción electrónica

EXPLOITATION MINIÈRE – La « dématérialisation » de l’économie est un leurre : le numérique n’a jamais été aussi dépendant des matières premières. La pollution et les déchets générés sont astronomiques. Dressons un très rapide panorama du sujet, de la mine jusqu’à l’acheteur, en passant par les solutions pour remédier à ce gâchis pourtant évitable.

Mines de nickel sur le littoral du Nord Konawe, sur l'île de Sulawesi en Indonésie
Mines de nickel sur le littoral du Nord Konawe dans la baie de Matarape. La transformation du minerai de nickel est très énergivore. Pour des raisons économiques, elle est réalisée la plupart du temps grâce au charbon, avec des émissions de gas à effet de serre catastrophiques. Southeast Sulawesi, Indonesie⁠. © Yann Bigant

À la base du numérique : l’exploitation minière

Qu’il s’agisse de l’exploitation du nickel à Sulawesi, du lithium en Bolivie, en Argentine ou au Chili, du coltan au Congo ou des terres rares en Chine, notre société technologique génère en amont des chaînes de production une pollution intense des écosystèmes, de l’air, du sol, des rivières et des eaux côtières causée par l’activité minière. Celle-ci est aussi très consommatrice d’eau et d’énergie, et accroît la pression sur les derniers milieux naturels.

Nous avons choisi d’illustrer cet article avec les dégâts causés par les mines de nickel dans la région de Sulawesi où nous agissons. Le nickel est notamment utilisé pour la fabrication des batteries. Un autre exemple de la pression causée aux milieux naturels par l’exploitation minière est le projet Montagne d’Or en Guyane, dont le futur n’est pas encore décidé.

Une bonne partie des ressources minières existantes, notamment celles pour les hautes technologies et les énergies renouvelables, est située au sein d’aires naturelles protégées 😞⁠

Ces exemples sont loin d’être les seuls : un smartphone peut contenir jusqu’à 62 métaux différents. Pour fabriquer un ordinateur de 2kg, c’est 800kg de matières premières qui sont nécessaires, selon l’excellent rapport La face cachée du numérique (lecture conseillée!) publié par l’ADEME.

Les récifs coralliens côtiers de la baie de Matarape à Sulawesi (Indonésie) reçoivent beaucoup de sédiments générés par l’exploitation minière du nickel, notamment à cause de l’absence de bassins de sédimentation, pourtant une obligation dans le code minier indonésien. © Yann Bigant

Un flux ingérable de déchets électroniques

On compte en Europe occidentale 8,9 équipements par personne. Autant d’appareils à mettre à jour, dont les données sont à trier, qui deviennent lents s’ils ne sont pas entretenus, qui ne sont plus compatibles, qui tombent en panne et qu’il faut réparer… ou jeter. La plupart sont stockés quelque part en attendant. Il y aurait ainsi, rien qu’en France, 50 à 110 millions de téléphones qui dorment dans les tiroirs, sans compter donc les ordinateurs portables, tablettes et autres gadgets électroniques.

En fin de vie des appareils, ce sont ainsi des millions de tonnes de déchets électroniques – 53.6 millions de tonnes en 2019, 74 millions de tonnes prévues en 2030 – générés chaque années par la consommation effrénée d’appareils électroniques.⁠ Il s’agit, selon le Global E-waste Monitor, du flux de déchets domestiques qui connaît la plus forte augmentation actuellement.⁠

Très peu d’appareils sont réellement recyclés

Le Japon a choisi en 2021 de fabriquer les médailles des jeux olympiques à partir de métaux recyclés issus d’appareils électroniques en fin de vie. Mais dans la vraie vie, seulement une petite part – 17,4% en 2019 – des appareils électroniques sont collectés et recyclés, malgré une valeur en métaux précieux récupérables dans les appareils estimée à 48 milliards d’euros.

Pire encore, les métaux présents dans nos appareils high-tech ne sont pas des ressources renouvelables et sont très peu remplaçables par d’autres matériaux. Une pénurie de plusieurs de ces métaux aurait des conséquences sérieuses sur des usages aujourd’hui devenus quotidiens.

L’exploitation minière génère des écoulements de sédiments importants dans les rivières locales, notamment à cause de l’absence de bassins de sédimentation. District de Morowali, Central Sulawesi, Indonésie © Yann Bigant

Un coût payé par les populations défavorisées

Ce sont la plupart du temps les populations les moins bien loties – ou celles qui habitent à côté des sites d’exploitation et de production – qui souffrent de la pollution générée par l’exploitation minière, la production des appareils et leur fin de vie. Ce sont ces mêmes populations qui sont les plus vulnérables face aux effets du réchauffement climatique, lequel est majoritairement causé par la surconsommation des plus riches.

un habitant du Nord Konawe

C’est sans compter, bien évidemment, l’impact sur la biodiversité : la perte d’habitats naturels est une des premières causes de la crise d’extinction des espèces animales et végétales.

Village de Boenaga dans le Nord Konawe. Les récifs coralliens situés en face du village recoivent beaucoup de sédiments et l’aire marine protégée Teluk Lasolo (Labengki) commence tout juste au large du village. Si l’exploitation minière génère un certain nombre d’emplois locaux bien payés, les meilleurs emplois vont aux travailleurs expatriés. Une fois la durée d’exploitation terminée, les emplois partiront et l’environnement sera laissé irrémédiablement détruit. Un cas de figure classique de l’extractivisme. © Yann Bigant

La conception au cœur du problème

Les obsolescences techniques, esthétiques et logicielles contribuent directement à ce problème. Conséquence directe, le taux de renouvellement des smartphones est estimé en 2019 à 20-24 mois en France, soit un peu moins de deux ans ! Et c’est déjà une amélioration par rapport à quelques années auparavant, ou un téléphone portable était gardé en moyenne 18 mois. Le taux est un peu meilleur pour les ordinateurs portables (le chiffre de 3 ans est évoqué), mais reste court.⁠

Ce renouvellement rapide génère toujours plus d’exploitation minière de ressources non renouvelables et toujours plus de pollution : 75 % de l’impact écologique d’un smartphone est lié à sa fabrication.

Beaucoup d’ordinateurs et de smartphones sont conçus par les marques pour ne pas être réparables facilement, malgré un coût à l’achat parfois élevé.⁠

Cela amène rapidement le dilemme entre effectuer une réparation coûteuse ou acheter un appareil neuf pour à peine plus cher, lequel sera toujours plus attirant, grâce au marketing et à l’obsolescence esthétique et logicielle. Alors qu’il n’y a souvent pas d’obstacle technique à la réparation ou que celui-ci aurait pu être évité.⁠

Comment savoir si un appareil est réparable ?

Pour s’y retrouver parmi les centaines d’appareils mis sur le marché et ceux disponibles d’occasion ou reconditionnés, la communauté iFixit, connue pour ses nombreux tutoriels de réparation mis en ligne par les utilisateurs, établit depuis 10 ans un classement des appareils électroniques – smartphones, tablettes et ordinateurs portables – via un score de réparabilité. En 2021, la France a également mis en place une mesure similaire : l’indice de réparabilité.⁠

La méthode de calcul et les résultats sont un peu différents, mais les deux approchent sont complémentaires. À ceci près que les scores d’iFixit valorisent la réparation ‘maison’ (donc à moindre coût, ce qui peut réduire encore plus le nombre d’appareils non réparés), tandis que l’indice de réparabilité des constructeurs valorise plus les réparations professionnelles, et qu’il est calculé par les fabricants eux-mêmes.⁠

Exploitation minière sur le littoral du Nord Konawe. Sulawesi, Indonésie © Yann Bigant

Le mauvais exemple d’Apple

Apple se distingue particulièrement dans le classement des ordinateurs portables chez iFixit. Les Macbook Air et Macbook Pro étaient il y a une dizaine d’années des appareils réparables, avec des scores de 7/10 (preuve par l’exemple, cet article est écrit sur un MacBook Air de 2011 et réparé de multiples fois pour un coût très raisonnable).

Puis les modèles ont chuté dans le classement, et ceux de ces dernières années atteignent tous sans exception les pires scores (1/10), notamment à cause de nombreux composants soudés (batterie, RAM, carte WIFI etc.) et des appareils difficiles à ouvrir et à démonter.

Chez Apple, cela est à mettre en lien avec une stratégie propriétaire sur les pièces détachées et un verrouillage de la filière de réparation, Apple souhaitant rendre illégale la réparation professionnelle indépendante de ses appareils. Par conséquence, la réparation des produits Apple est extrêmement coûteuse. Le degré de réparation effectué est aussi minimal : les ateliers de réparation certifiés Apple jettent par exemple les cartes-mères qui n’auraient demandé qu’une réparation mineure pour les remplacer par des neuves.

Ifixit classe aussi les tablettes (les iPad sont tous en bas du classement), et les smartphones (les iPhone font un peu mieux avec des scores constants de 6/10 et une intégration de la réparation lors de la conception depuis quelques années).

Paradoxalement la prise de conscience des enjeux environnementaux n’a fait qu’augmenter sur la décennie écoulée. Si l’on considère le nombre d’appareils vendus chaque année, c’est inexcusable.

On pourrait imaginer que ce n’est pas spécifique à une marque et que tout le secteur va dans cette direction, mais ce n’est pas le cas. S’il n’y a pas de division simple entre ‘bonnes marques’ et ‘mauvaises marques’ (cela dépend des modèles), plusieurs marques mainstream – comme Lenovo, HP ou Dell – facilitent l’ouverture des appareils, fournissent des pièces détachées, voire mettent à disposition des guides de réparation.

Exploitation minière dans le Nord Konawe. Sulawesi, Indonésie © Yann Bigant

Des appareils conçus pour être réparables

Nous avons déjà mentionné iFixit qui met en ligne des tutoriels pour réparer soi-même ses appareils (et parfois vend les pièces détachées nécessaires) et classe les appareils du marché en fonction de leur réparabilité, mais qu’en est-il des marques qui se placent aujourd’hui à la pointe du réparable et de l’upgradable ?

Côté smartphone, Fairphone y Shift facilitent la réparation et les mises à niveau des composants de leurs appareils, notamment via une conception modulaire, tout en privilégiant les métaux issus de filières durables. ⁠

La nouveauté 2021, c’est la nouvelle marque framework qui applique le même procédé aux ordinateurs portables, grâce à un design modulaire, réparable et compatible avec de futures mises à niveau qui n’a rien à envier aux meilleurs appareils. Il est même possible d’assembler soi-même son appareil pour économiser !

Y pour les besoins professionnels du quotidien (internet, emails, bureautique), le Low-Tech Lab a développé un ordinateur low-tech et performant basé sur Raspberry Pi et pouvant utiliser des composants issus d’ordinateurs partant à la benne (l’écran par exemple). C’est très peu coûteux, réparable et il y a en ligne beaucoup de ressources en franà § ais.

Site minier en fin d’activité dans le district de Morowali. On peut voir un peu de reforestation au premier plan. C’est rare et généralement voué à l’échec, les sites miniers étant les terrains les plus compliqués à régénérer. Si les compagnies minières sont dans l’obligation de préserver le topsoil (humus) pour le remettre en fin d’exploitation, l’écrasante majorité des entreprises ne le fait pas et le gouvernement local est laxiste dans l’application du réglement minier. © Yann Bigant

L’essor du reconditionnement

Et parce qu’il n’est pas toujours nécessaire d’acheter neuf, n’hésitez à consulter BackMarket, une plateforme de commerce pour les appareils reconditionnés de manière professionnelle par plus de 1500 ateliers de réparation du monde entier, des plus petits aux plus grands, indépendants ou liés aux marques elles-mêmes, afin de pouvoir acheter d’occasion avec un certain nombre de garanties.

Mais attention à l’effet rebond, il ne faut pas que l’achat d’occasion, moins couteux et facilité, entraîne une surenchère de la consommation. Réparer et faire durer est la base !

Et pour vos téléphones qui dorment au fond du tiroir ?

L’initiative Je donne mon téléphone montée par Ecosystem vise à collecter facilement les téléphones abandonnés, à effacer en toute sécurité les données qui pourraient être encore présentes dedans, et à les remettre en état avant de les revendre à un prix solidaire aux plus démunis via Emmaüs et les Ateliers du Bocage. Ceux qui ne peuvent plus être utilisés sont acheminés vers une filière de recyclage.

En espérant que toutes ces initiatives puissent faire diminuer la pression causée par l’exploitation minière sur les derniers milieux naturels !

Exploitation minière dans le Nord Konawe. Sulawesi abrite des gisements de nickel parmi les plus importants de la planète et encore peu développés.⁠ © Yann Bigant

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