Un nouveau chef de projet sur le terrain

C’est avec un grand plaisir que nous vous annonçons la nomination de notre nouveau chef de projet sur le terrain : Tsaritsamamy Andriananja que l’on surnomme Mamy (prononcé Mam).

Ce malgache de 37 ans est diplômé d’un DEA en Foresterie, environnement et développement rural de l’École Supérieure des Sciences Agronomique d’Antananarivo. Il a commencé sa carrière en tant que Responsable du jardin botanique d’Ampasimpotsy pendant deux années.

C’est en 2003 qu’il rejoint l’ONG l’Homme et l’Environnement, spécialisée dans le développement durable et la préservation de la biodiversité. Depuis sa création en 1993, l’ONG a acquis une expertise dans la mise en place et la mise en œuvre de gestion contractuelle de forêts malgaches. Mamy a tout d’abord été Responsable Régénération Forestière sur les sites de Moramanga et Majunga pour devenir en 2009 chef de projet du site de Vohimana. Ses domaines d’interventions concernaient la conservation du lieu, l’agriculture, l’écotourisme, la production d’huiles essentielles, l’artisanat, la santé et l’éducation.

Mamy vient de rejoindre le projet de Naturevolution depuis le mois de septembre et nous l’avons déjà emmené sur le terrain pendant la mission du mois d’août dernier ou il a démontré toute sa capacité à analyser les problématiques locales, dialoguer avec les populations et développer le projet notamment avec son savoir-faire sur la partie reboisement.

Sa mission sur le terrain consistera à assurer la définition et la réalisation de la stratégie de développement durable du site (viabilité économique des programmes au niveau local, amélioration du cadre de vie et des conditions de la population du site). Il sera le coordinateur des activités  avec toutes les parties prenantes au niveau local et supervisera l’équipe de coordination de terrain.

Rencontres au sommet

Nos bonnes relations avec la ReperMad, la Représentation Permanente de Madagascar auprès de l’UNESCO à Paris ainsi qu’avec notre partenaire Air Madagascar, nous ont permis d’obtenir des rendez-vous à Tana avec le Premier Ministre, le Ministre du Tourisme et la Ministre de la Culture la semaine avant de partir sur le terrain. Evrard Wendenbaum, initiateur et porteur du projet, est allé les rencontrer et les a informé du projet Makay dans son ensemble et de l’objectif d’obtention du statut d’Aire Protégée et de Patrimoine Mondial de l’Unesco, recevant un accueil chaleureux, un soutien unanime et des promesses d’actions rapides. Une réunion interministérielle doit maintenant être organisée pour statuer sur le sujet et la Ministre de la Culture s’est dit prête à déposer un statut de conservation d’urgence pour protéger les richesses archéologiques du Makay.

Evrard a également pu rencontrer l’ONG L’homme et l’environnement et s’est engagé sur la voie d’un partenariat nous permettant de profiter de l’appui technique et de compétences de l’ONG implantée de longue date à Madagascar. Il s’agit en effet de mettre à disposition de Naturevolution notamment un de leur meilleurs coordinateurs de projet, un poste clé qui nous manquait clairement depuis le début du projet Makay. Ce dernier sera chargé de faire avancer les choses sur le terrain afin que soient respectés les engagements pris et les objectifs fixés.

Sur le terrain, la gestion de l’Aire Protégée se traduit par des discussions avec les autorités locales qui sont le plus souvent les chefs de village. C’est certainement la partie la plus complexe du projet car il s’agit d’expliquer notre objectif et d’offrir les garanties de retour financier indispensables pour réussir à mettre en place avec les villageois les actions de conservation et de développement adéquates. Dans cette partie reculée de Madagascar, les négociations sont souvent longues et parfois contre-productives. Il n’est pas toujours facile pour les populations locales de comprendre pourquoi nous faisons ces démarches. Nous sommes perçus bien souvent comme des “porte-monnaies ambulants” et malheureusement, lorsque nous cherchons en eux des partenaires, eux cherchent le plus souvent à tirer un profit pécuniaire immédiat de notre présence sans se soucier une seconde de l’intérêt du projet à moyen ou long terme pour leur survie. Ce n’est que grâce à une présence continue sur le terrain et lorsque de premiers bénéfices à court et moyen terme seront tirés pour les populations locales qu’une relation de confiance pourra enfin s’installer.

Comment faire cohabiter deux manières de voir la vie, les ressources naturelles, les relations humaines, l’argent, le tourisme… parfois radicalement différentes ? Les négociations avec les populations locales sont certainement la phase la plus complexe du projet.

Un petit bout de terre pour de grands projets !

Délimitation du terrain de Naturevolution à Beroroha par Bona, Makay, Madagascar

Toutes les discussions que nous avons pu avoir avec les habitants de Beroroha nous confortent dans l’idée que notre projet de conservation est une bonne initiative et qu’il faut accélérer les choses. Nous savons que la première source de revenus, compte tenu de la communication qui sera faite autour du projet à la fin de l’année, sera l’éco-tourisme. Nous savons aussi que les documentaires qui ont été tournés entre novembre 2010 et fin janvier 2011 et qui seront diffusés à partir du mois de décembre sur Canal+ vont donner envie au spectateurs de venir voir le Makay, ses canyons, ses animaux et ses plantes.

Le principal problème de Beroroha, comme les villages plus au nord d’ailleurs, est qu’il n’y a aucune infrastructure pour accueillir les touristes, pas même une aire de camping ni de sanitaire. Pour anticiper cette future affluence (on croise les doigts) nous avons décidé d’investir dans un morceau de terrain pour y construire quelques bungalows et y aménager un terrain de camping. En plus de tout cela, nous allons replanter des arbres et démarrer un jardin permettant d’alimenter « le petit restaurant » avec des fruits et des légumes frais, ce qui permettra de varier les repas et de ne pas proposer que du riz ! Une chance, la terre en bordure du fleuve Mangoky est fertile et sous ce climat tout peut y pousser.

Ce matin, nous avons donc balisé le terrain et signé les premiers documents rendant la filiale malgache de Naturevolution propriétaire de 2 ha en bordure du fleuve. Dans les mois à venir, avec l’aide des habitants de Beroroha désireux de s’impliquer dans le projet, nous construirons les premières habitations. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, et si vous voulez passer des vacances utiles et donner un coup de main à une ONG sur le terrain, direction Beroroha beach. La liste d’activités est longue et variée : constructions de bungalows en bois, mise en place de pépinières, reforestation, démarrage d’un jardin potager, forage d’un puits pour collecter de l’eau potable, construction de la maison d’accueil des touristes, de la cuisine, du bar et de la zone de repas, construction d’un magasin d’artisanat… On vous attend.

Premières rencontres à Beroroha

A l’image de la publicité pour l’ADSL diffusée il y a quelques années à la télévision, nous avons fait la première partie du trajet entre Tana et la Makay avec en tête cette question : « la vitesse vous manque ? ». En résumé, pas moins de 10 heures pour parcourir les 416 km qui séparent Tana de Fianarantsoa. Tout s’organisait pour que nous ayons un 4×4 confortable et flambant neuf tout droit sorti du garage d’un sénateur, mais un changement de dernière minute bien local a troqué notre carrosse contre un véhicule de plus de 20 ans avec seulement 3 sièges à l’avant ! Celui qui hérite de la place au centre a, en plus, le levier de vitesse entre les jambes. Les ceintures de sécurité pendent le long des montants, mais il n’y a plus rien entre les sièges pour les boucler. Nous voilà donc parti.

Très vite, vu l’état de la voiture, nous nous sommes réjouis qu’elle n’aille pas plus vite. Nous avons tout de suite remarqué que les grands mouvements de volant pour éviter les nids de poule sur la route n’avaient en fait que très peu d’effet sur la direction de la voiture !

Après une courte nuit à Fianarantsoa, nous retrouvons Max et changeons de voiture. Le rythme sur la route sera, à partir de maintenant, très différent, nous arrivons le soir même sur la rive sud du Mangoky, il est alors plus de 20h. Après quelques sifflements et appels de phare codés, les gens du bac comprennent que c’est Max et qu’ils doivent venir nous chercher bien que le service de bac soit fermé depuis le début de la nuit (18h). Ce n’est pas le bac que nous voyons arriver quelques minutes plus tard mais une pirogue. Quelle joie de retrouver Didier, un des porteurs de la mission de janvier, ça discute, les mains se serrent, tout le monde est plutôt content de ces retrouvailles. Une grande perche servant à la propulsion des pirogues est plantée verticalement dans le sable et retient la pirogue, c’est son frein à main. Le courant pousse doucement la pirogue, la perche prend de l’angle et c’est la chute dans le noir. C’est sur ma tête qu’elle tombe en faisant un grand crac, je n’ai rien vu venir, je suis un peu étourdi mais tout va bien ! Max ajoutera que ce n’est pas de chance, ils ont pris la perche de « crue », plus longue et de plus gros diamètre que les perches qu’ils utilisent habituellement à cette saison, ce n’est pas de chance.

Nous dormons le soir même dans la maison de la maman de Max, une bonne nuit, et nous voilà déjà vendredi matin. Je pars avec Max faire un tour du village à pied, nous croisons beaucoup de monde, nous saluons, expliquons pourquoi nous sommes là, visitons, prenons des rendez-vous, saluons encore, etc. Ce tour nous aura permis de faire « l’inventaire » des infrastructures de la petite ville de Beroroha de près de 3000 habitants, première ville au nord du Mangoky que l’on traverse quand on se dirige vers le Makay. L’eau ne coule dans le réseau de la ville que de 14h à 19h, la raison est simple, tous les robinets restent ouverts pour indiquer aux gens quand l’eau arrive, et le réseau est tellement mal entretenu qu’il y a beaucoup de fuites. Impossible donc de laisser l’eau couler dans les canalisations sans vider le château d’eau chaque jour (l’eau pour le remplir est pompée directement dans la rivière Makay par une motopompe électrique, aucun traitement n’est appliqué).

Visite du chateau d'eau de Beroroha par l'équipe Naturevolution, Makay, Madagascar

L’électricité n’est disponible que de 9h à minuit, un technicien de la Jirama joue sur 3 groupes électrogènes pour fournir l’énergie nécessaire aux cases raccordées, la régulation est empirique et fonctionne plutôt bien. Nous saluons le maire, passons voir l’adjoint au chef de district pour prendre rendez-vous afin de lui présenter le projet et nous assurer de son soutien, et croisons des petits jeunes porteurs de multiples projets au sein de l’association « 3A » récemment créée. Ils visent des objectifs multiples allant de la mise en place de site de conservation jusqu’à la promotion de nouvelles méthodes d’agriculture en passant par la promotion de l’identité culturelle de la région… Là aussi nous prenons rendez-vous pour le lendemain, histoire de se poser autour d’une table pour discuter de tout cela. Nous achevons notre tour par la visite d’un terrain potentiel sur lequel nous pourrions, comme cela est prévu dans notre projet de conservation, installer quelques infrastructures pour recevoir les premiers éco-touristes (bungalows, aire de camping, bureau d’accueil).

Nous croisons pendant cette journée beaucoup de monde, cela fait partie de nos objectifs. Nous expliquons en quoi pourrait consister les premières étapes du projet de conservation, précisons comment nous souhaitons que les revenus issus de l’éco-tourisme et des diverses activités que nous pourrons mettre en place soient répartis et recueillons les premiers souhaits des habitants de Beroroha. Nous nous rendons compte du décalage qu’il y a entre l’approche collective que nous souhaitons mettre en place et l’intérêt de certaines personnes directement intéressées par ce qui va se mettre en place. Ce qui nous a le plus amusé est certainement le retour d’une personne de Tsivoky (village à 70 km au nord de Beroroha, point de départ pour le camp de base de la mission de novembre et décembre derniers) qui a dit « les vazahas (les blancs) fabriquent les billets donc pas de problème pour eux ». Nous rapprochons cette remarque de celle que nous avions eu l’an passé lorsque certains semblaient persuadés que nous faisons la pluie et le beau temps (au sens propre) pour la simple et bonne raison que nous avons été capables, après une analyse rapide du ciel, de prévoir le temps du lendemain !

Un bon exemple à suivre : l’aire protégée de Vohimana

Une petite délégation de Naturevolution est en ce moment à Madagascar, et avant de faire des choix dans notre projet de création d’Aire Protégée, nous souhaitons nous enrichir des conseils d’autres ONG ayant des projets similaires sur le terrain. C’est ainsi que le 26 juillet dernier, nous sommes, Evrard et moi allés visiter la réserve naturelle de Vohimana. Suite à plusieurs échanges avec Olivier Behra fondateur de l’ONG l’Homme et l’Environnement (manandnature.org), nous avons trouvé essentiel de comprendre ce qui avait été mis en oeuvre dans le cadre particulier de l’un de leur grand projet. C’est accompagné de deux personnes de leur organisation, Saroy, jeune femme dynamique en charge des études de valorisation des produits et de Mamy, ex-chef de projet très engagé de Vohimana et aujourd’hui responsable du pôle environnement de l’ONG. Pendant un peu moins de 3 heures de voiture pour nous rendre sur le site, nous avons pu échanger sur nos projets respectifs et recueillir de leur part, de précieuses informations sur la mise en oeuvre très concrète d’un tel projet.

Le projet de Vohimana a débuté en 2002-2003 à l’initiative d’Olivier Behra et de Dimby, tous deux herpétologues et tombés amoureux de la zone qu’ils ont étudié. Face à l’importante dégradation de la forêt primaire, ils ont décidé d’agir et on créés en quelques années une aire protégée de 1 600 ha dont aujourd’hui, un tiers est en cours de reboisement (à l’ouest du village), un tiers est une réserve naturelle (noyau dur) et un tiers est consacrée au développement agricole.

Malgré les fortes rivalités qu’il y avait entre les villages au début, les actions de développement ont permis de rapprocher les villages et de créer un comité de gestion dans lequel siège l’ONG ainsi que les représentants des associations et les représentants des villages. Ce comité de gestion gère les nouvelles activités économiques (principalement l’éco-tourisme et l’extraction d’huiles essentielles), gère les investissements, paye les travailleurs, aide au développement de l’éducation et investit dans le réseau de santé. Le chemin a été long car au départ, les premières actions de l’ONG se sont faites sans que tout le monde ne soit convaincu, et tout s’est basé sur le volontariat de quelques paysans « pilotes ». L’essor économique autour de l’extraction des huiles essentielles notamment a permis de recruter encore plus de personnes prêtes à s’inscrire dans cette nouvelle dynamique.

En quelques chiffres, à ce jour :
– 300 familles vivent sur la zone
– 70 personnes cultivent le gingembre pour l’extraction d’huiles essentielles
– 16 pépiniéristes cultivent plus de 30 000 plants par an
– 150 planteurs aident au reboisement
– 300 ha d’essences autochtones ont été plantées pour la production d’huiles essentielles
– 2 alambics ont été installés dans 2 villages différents, ils tournent en continu toute l’année
– plus de 100 collecteurs cueillent et acheminent les feuilles toute l’année vers les alambics
– 3 guides éco-touristique ont été formé et accueillent les touristes
– 1 famille s’occupe de l’accueil dans le parc
– plus de 200 touristes visitent et séjournent sur le site chaque année
– 80 femmes alimentent le dépôt-vente en objets d’artisanat (vannerie, couture) et se forment dans l’atelier

Notre visite a débuté par le centre de santé dans lequel, en permanence, il y a une sage-femme, une accoucheuse et un médecin (tous les 3 sont de Tana). Les visites sont gratuites pour les travailleurs de l’ONG (ils ne payent que les médicaments dans certains cas). Les gens ont du mal à venir consulter, il y a beaucoup de méfiance en la médecine moderne, ils ont tous recourt au plantes ou aux guérisseurs (tradipraticiens) avant de venir au centre de santé. Les tradipraticients sont souvent de très bons appuis pour les actions de replantation et souhaitent que des espèces disparues soient réintroduites. 146 espèces de plantes médicinales sont utilisées dans cette zone. Un livre est édité par l’ONG pour améliorer la connaissance des plantes et leurs actions (en français et en malgache).

Visite du centre de santé de Vohimana ONG Homme et Environnement par Naturevolution, Madagascar

Les principales maladies rencontrées dans cette zone sont :
– la malaria
– les diarrhées aiguës
– les problèmes respiratoires (charbonniers, climat humide)

Il y a en moyenne 3 à 4 accouchements par mois pour environ 1 600 habitants. Les personnels notent qu’en dessous de 5 ans, les enfants n’ont pas spécialement de problème de nutrition, la malnutrition apparait plus tard. Les femmes allaitent en moyenne pendant 2 ans et ont en moyenne 5 à 6 enfants, parfois très jeune. Le centre de santé a aussi des action de planning familial et propose des contraceptifs (pilule -financée par l’état-, préservatifs et contraceptif injectable).

A côté du centre de santé se trouve la maison des femmes qui regroupe le dépôt vente d’artisanat (vente locale et exportation) et l’atelier dans lequel il y a chaque semaine des formations et cours de tissage, de vannerie. Le but est d’améliorer la qualité et de diversifier les produits. Aujourd’hui 10 femmes travaillent régulièrement à produire des pièces d’artisanat.

Maison des femmes Vohimana ONG Homme et Environnement, Madagascar

Pour la distillation des huiles essentielles, les locaux sont formés, pour chaque alambic, il y a un responsable local. L’alambic tourne toute l’année, il y a quelques arrêts seulement lorsque l’eau est basse dans les cours d’eau. Les distilleurs ne vendent pas en direct aux touristes mais écoulent leur production via les canaux mis en place par l’ONG.

Pépinière de Vohimana ONG l'Homme et l'Environnement, Madagascar

Tous les plants utilisés pour la reforestation et pour les plantations d’essences utilisées pour l’extraction des huiles essentielles sont produits dans des pépinières situées sur la zone. Nous avons visité celle qui est proche du coeur de Vohimana, les chiffres de production sont impressionnants : près de 30 000 plants par an ! Chaque année, des zones sont reboisées avec à peu près 1 000 plants à l’hectare (jamais plus que 2 000). Cette année, plus de 70 ha seront replantés avec des essences autochtones rigoureusement choisies et « élevées » dans les pépinières de la zone protégée. Dans cette pépinière, 3 à 4 personnes y travaillent à plein temps toute l’année. Pour le transfert et la plantation, il faut en général 60 personnes pour planter à peu près 15 hectares en un mois. Le reboisement d’une parcelle se fait toujours en embauchant le propriétaire coutumier, car compte-tenu de la difficulté et le travail que cela représente, il est clair que ça n’incite pas à tout brûler ensuite !

Cette journée a été riche, un grand merci à Saroy et Mamy pour leurs précieux conseils et pour avoir partagé avec nous si gentiment leur expérience. Nous en tirons des enseignements qui vont nous guider pour la mise en place de l’Aire Protégée… A suivre.

Lancement officiel du processus de conservation du Makay

Après quelques semaines de travail en France, Naturevolution est à nouveau à Antananarivo depuis une semaine afin de lancer officiellement, avec les autorités compétentes, le processus de création de la future Aire Protégée du Makay.

En 2003, lors du congrès mondial des Aires Protégées à Durban en Afrique du Sud, Marc Ravalomanana, alors Président de la République de Madagascar annonçait sa volonté de tripler la surface des Aires Protégées de Madagascar dans les 5 années suivantes.

Suite à cette conférence, il y eut alors constitution d’un groupe de travail nommé Groupe Vision Durban en charge de la mise en place de cet objectif. Après 2008, cette dynamique de conservation de la biodiversité de Madagascar a perduré et est conduite sous le nom de “Système des Aires Protégées de Madagascar (SAPM)”. Le SAPM est, lui, géré principalement par le Ministère de l’Environnement et des Forêts de Madagascar, et, assisté techniquement et financièrement par quelques ong et institutions dont la Wildlife Conservation Society, Madagascar National Parks (ex-ANGAP), Fanamby, le Missouri Botanical Garden, Conservation International, le WWF,… qui sont eux-mêmes promoteurs et gestionnaires de quelques-unes des diverses Aires Protégées et futures Aires Protégées de Madagascar.

Nous avons donc rencontré quelques uns de ces acteurs de la conservation de la biodiversité de Madagascar afin de recueillir le maximum d’informations sur le processus à suivre ainsi que sur les expériences de conservation et de développement réussies ou moins réussies, des uns et des autres. Une semaine chargée et extrêmement riche en enseignement.

Nous avons maintenant un gros travail à faire et notamment dans l’immédiat, la rédaction du plan d’actions de conservation, la compilation de toutes les données scientifiques acquises lors des différentes phase de terrain, et enfin, l’organisation de réunion avec tous les acteurs de la région du Makay, à tous les niveaux afin de les convaincre du bien fondé de notre projet, de recueillir évidemment leur approbation et leur soutien mais également leurs éventuelles doléances.
Une nouvelle aventure qui commence !

Les toits d'Antananarivo, Madagascar

Dahalo

Ces villageois ont du être bien surpris de voir leurs premiers "blancs" venant des montagnes sur des canots flottants, massif du Makay, Madagascar

Les Dahalo, littéralement « voleurs de bœufs », sont des bandits qui sèment la terreur dans tout Madagascar. Acteurs d’une véritable économie parallèle et illégale, les dahalo parcourent l’île à la tête de troupeaux de centaines de bêtes. Ils sont le plus souvent invisibles et se déplacent la nuit. Le massif du Makay est par son relief, considéré comme le refuge idéal et privilégié des dahalo du sud-ouest de Madagascar. On leur attribue souvent les maux des villages Bara et Sakalava environnants et la majeure partie de la déforestation de cette région car non contents de voler et piller les villages, ils auraient aussi une fâcheuse tendance à la pyromanie.

Auparavant, le phénomène « dahalo » n’était que de simples vols de bœufs que les jeunes hommes de certaines régions, du Sud notamment, devaient réussir au moins une fois, selon la coutume, pour se faire accepter comme des personnes adultes par la société, en particulier par sa future belle-famille. Mais aujourd’hui, il s’est transformé en de véritables razzias meurtrières. Les “dahalo” ne se limitent plus au vol de bœufs, mais raflent tout ce qu’ils peuvent amener. Ils attaquent les villages, commettent des exactions sur leurs populations, tuent et brûlent les maisons. Ils n’attendent plus non plus que le soleil se couche pour passer à l’action. Aujourd’hui, ces brigands œuvrent également de jour et pratiquent les enlèvements d’éleveurs dans l’espoir d’obtenir une rançon. Il leur arrive également de dévaliser des bus entiers de touristes. Si auparavant, les dahalo étaient simplement armés de lances et agissaient en tous petits groupes voire seuls, ils sont aujourd’hui organisés en bandes criminelles et armés de fusils (souvent prêtés par la police elle-même). Bref l’histoire des vols de bovidés a pris un tournant dangereux.

Lors des attaques, pendant que les uns font sortir le bétail, les autres empêchent les villageois de quitter leurs maisons en jetant des cailloux sur les portes et fenêtres, ou en tirant des coups de feu, ou encore en brûlant les toits de chaume. Les bœufs sortis, la bande repart chanson à la bouche : cela peut être le moralzyfa hariva (“poussons vite les bœufs car il se fait tard”) ou le biby aomby mima (“à cet animal de bœuf qui meugle”) ou encore le manara andro zazahy iny (“ce type-là a de la chance”).

On doit savoir tout d’abord que bien que ce soient les jeunes qui effectuent le véritable vol, les devins-guérisseurs, ou ombiasy, y jouent aussi un rôle très important. C’est auprès d’eux que les jeunes effectuent les rituels préliminaires, demandent des conseils et les amulettes protectrices contre les éventuels dangers. Il s’agit de la plante appelée andriognu, protégeant, croit-on, contre les balles. Mais aussi du somokotra, une sorte de drogue que l’on fume pour ne pas connaître la fatigue au cours des courses-poursuites. Il s’agit également du petit miroir considéré comme un radar pouvant prévenir de l’approche d‘un danger, et enfin du bain avec du hazomanga (plante) pour vaincre la peur. Dans les faits, ils ne souffrent pratiquement aucune résistance car les villageois ne sont que rarement armés et sont extrêmement intimidés. Il semble qu’une partie des membres des dahalo soit issue des villages même qu’ils attaquent. La seule chose que craignent les dahalo semble être les blancs (les vazahas) dont ils redoutent la supériorité de l’armement.

Villageois du nord du Makay, Madagascar

Bien que cela ait une tendance à disparaître, les dahalo ont une certaine façon de se vêtir. Il s’agit de culottes en tergal bleu et d’un Zamba de flanelle couvrant la tête et la partie supérieure du corps, cachant le petit sac contenant les amulettes, le sifflet, les cailloux, la petite hache et le fusil quand il y en a. Le dahalo adopte généralement comme souliers les kiranyl (nouilles), sandales en plastique permettant de courir sans glisser.

Souvent appelé “Phénomène dahalo”, le vol de bœufs est parmi les problèmes d’actualité les plus difficiles à résoudre à Madagascar. Il résiste à l’épreuve du temps et des transformations socio-économiques et politiques ainsi qu’aux mesures prises. La difficulté vient du fait que les explications avancées au sujet de son origine et de sa récente recrudescence sont variées. Ceci fait que les responsables politiques, à défaut de trouver des solutions adéquates, sont obligés soit de se rabattre sur l’utilisation de la force, soit de ne rien faire, provoquant des critiques aussi bien de la part des personnalités politiques d‘opposition que du petit peuple. Il y a aussi ceux qui accusent le pouvoir d’être derrière le phénomène.

Dans un tel contexte d’insécurité, la campagne se vide aux dépens des centres urbains, et, les paysans découragés et incertains sur l’avenir de leurs biens et même de leur propre personne et de leur famille n’arrivent plus à produire même pour leur survie.

Comment en est-on arrivé là?

C’est au début des années 70, que le phénomène, en perte de vitesse depuis la proclamation de l’indépendance, a repris. Les vols de bœufs se sont multipliés au moment où le ministère de l’Intérieur venait de supprimer l’impôt sur les bovins. Le phénomène a été précédé par des feux de brousse, symptôme de mécontentement. Le problème était déjà assez grave pour décider les responsables à effectuer de vastes opérations de ratissage. Ces opérations de ratissage semble toujours exister aujourd’hui.

Entre 1970 et 1980, la crise économique est venue frapper de plein fouet Madagascar et le phénomène “dahalo” s’est généralisé. Pour la seule année 1980, selon les chiffres officiels, on a dénombré pas moins de 1 150 attaques dans la province de Fianarantsoa et 13 536 bovins ont été perdus. Le phénomène est devenu de plus en plus meurtrier, puisque les bandits ne volaient déjà plus par surprise mais venaient plutôt en armes et en nombre de jour comme de nuit, pour prendre de force les bœufs des villageois. Cette année-là, les statistiques parlent de dizaines de villages attaqués, de centaines de maisons brûlées, de dizaines de morts et des dizaines de milliers de bœufs volés dans le sud de l’île rouge.

Zébus du Nord Makay, Madagascar

Les sociétés paysannes mettent au point des répliques

Face à l’inefficacité avérée des forces de l’ordre, on assiste, à partir du début de l’année 1980, à l’apparition du dina (convention collective) Rebotieka, du nom de son promoteur, un ancien militaire à la retraite. Il lança la convention d’abord pour protéger ses propres bœufs et la proposa ensuite au voisinage. Il n’entendait pas agir en opposant face aux autorités puisqu’il avait été élu en 1977, puis en 1983. Mais, en développant ce dina, il mettait en cause l’impuissance, voire la complicité, des autorités, et donnait à entendre que les paysans n’avaient plus rien à attendre de l’Etat. Les autorités ont interdit, par décision provinciale, cette convention, en juin 1983, pour la remplacer une année plus tard par le dinaii’ny fandriampahalemana, où l’initiative était laissée aux forces de l’ordre et aux représentants du pouvoir et non plus aux villageois ligués.
A partir de 1986, à Tananarive comme dans d’autres régions de Madagascar, on voit se dérouler des opérations militaires où tous ceux qui sont soupçonnés d’être des dahalo sont tout simplement fusillés sans procès par les soldats. On assista alors à un arrêt momentané du phénomène dans ces régions. Mais ces tueries n’arrive pas à stopper les vols. Les actes de brigandage ne cessent de se développer impunément. Mythe ou réalité, l’histoire court que plusieurs dizaines de dahalo auraient été exécutés par l’armée en 2007 non loin de la grotte d’Andranomita au centre du massif du Makay. Nous avons appris ce fait alors que nous y séjournions sous la tente pour quelques jours, ce qui ajouta un peu plus de tension à nos explorations. Les dahalo sont encore actifs dans le Makay depuis. Le 8 septembre 1987, à deux heures de l’après-midi, 59 dahalo formés de Bara, Betsileo et Antandroy, ont attaqué Befeta. Un combat acharné a eu lieu, puisque le fokonolona (collectivité villageoise) a résisté. Le dahalo qui a été pris vivant n’avait que douze ans…

Les paysans, désespérés, ne font pas de quartier. Les voleurs pris sont tout simplement lynchés, tels ces deux hommes pris en flagrant délit le 7 mars 1988, tués par le fokonolona. Deux autres dahalo ayant volé des bœufs seront aussi lynchés froidement par les gens et ensevelis comme des chiens. Leurs proches parents ramèneront de nuit les corps chez eux. Un des porteurs de notre expédition en 2007 a ainsi été assassiné en octobre 2009 parce qu’il avait été reconnu comme ayant perpétré une attaque par des membres d’un village voisin. Certains villages du nord du Makay se sont alliés autour d’un dina décrétant que les vols de zébus n’étaient plus tolérables. Ils ont alors chargé quelques villageois armés de faire respecter cette loi et depuis, ils ne subissent plus aucune attaque.

Un jeune homme ramène un zébu au village de Tsivoko, Makay, Madagascar

L’acte de banditisme qui a tenu en haleine, l’opinion publique est cependant l’affaire de Keliberano où, en 1988, des voleurs de grand chemin ont tué dans un guet-apens, avec des kalachnikov, une dizaine d’individus revenant du marché d’Ambalavao et qu’ils ont pris pour de riches marchands de bestiaux. Le procès a permis de connaître l’existence de trafics d’armes, ce qui explique le caractère de plus en plus meurtrier du vol de bœufs. Des noms de personnalités haut placées ont été cités devant le tribunal sans que les juges aient pu les faire venir à la barre. Trois des bandits ont été condamnés à mort et d’autres à la prison à vie. Malheureusement, la lourdeur des peines n’a pas arrêté le vol de bœufs.

En 1990, des élus ont été arrêtés et on a même parlé de la connivence d’un député. Puis cherchant à s’assurer le soutien politique de ce vieux leader du Sud, Monja Jaona, le pouvoir central a fait marche arrière et lui a confié la mise en œuvre d’un autre dina, appelé dinan’nympihary. Le principe en est la réparation du préjudice par le système de restitution par trois de tout bœuf volé si celui-ci est trouvé vivant et par quatre si l’animal a déjà été abattu. L’application est immédiate dès que le voleur est pris en flagrant délit ou identifié et les membres de la famille sont déclarés responsables des actes des personnes appréhendées. Mais cette loi consterne les juristes. Quand un voleur est pris, c’est en effet à la gendarmerie que revient normalement la responsabilité de reconstituer les faits et de repérer ses complices. Or le dina leur enlève cette possibilité durant la procédure nécessitée par l’exécution des sanctions. Enfin, comment un parent, s’il n’est pas complice, peut-il être civilement responsable des actes commis par l’un des siens. D’autant qu’on pense notamment en pays Betsileo que le dina ne peut pas s’appliquer, du fait de l’état déjà avancé de l’éclatement des familles. Souvent, à cause de la jalousie, c’est un membre de la famille qui organise un vol contre ses proches parents ou voisins, souvent pour un problème d’héritage mal réparti.

Un nouveau dina, qui gagne du terrain, s’appelle dinan’i zarnany Seta, du nom de son promoteur à qui les paysans qui veulent être protégés par lui et sa bande doivent payer deux millions de francs malgaches, plus quelques mesures de riz par an et par fokontany (secteur).
Son succès montre à quel point les paysans ne croient plus au fanjakana (pouvoir central). La protection qu’il offre pourrait en effet en d’autres temps être assimilée à une forme de racket. Ce sont des jeunes rentrés au pays avec le BEPC ou le baccalauréat, mais sans emploi, qui constituent l’essentiel des bandes de dahalo, et se sont aussi des jeunes chômeurs qui se proposent pour assurer la sécurité contre argent dans le cadre de cette association !

Le phénomène dahalo n’a cessé de bouleverser la vie économique et sociale des paysans. Des centaines de personnes ont trouvé la mort et les troupeaux de bœufs ne cessent de diminuer. Ce qui a des conséquences néfastes sur la production dans la mesure où le fumier devient rare. Selon les chiffres officiels fournis par le Service de l’Elevage, l’effectif bovin de Fianarantsoa qui était de 80 455 têtes en 1980 et est tombé à 52 107 en 1989. Pour Ambalavao, le nombre est passé de 86 526 en 1980 à 44 250 en 1989 et il en va de même pour les autres districts. Mais il n’y a pas que l’effectif du cheptel qui est en cause, puisque de nombreux villages sont désertés, de nombreuses écoles et des centres médicaux sont fermés.

Tody, habitant de Beronono et excellent porteur durant les expéditions de 2007 et 2010. Massif du Makay, Madagascar.

Quatre hypothèses sur l’origine du phénomène

  • Un phénomène culturel
    Cette opinion vient surtout des études faites dans des régions d’éleveurs comme les sociétés bara ou mahafaly. Selon L. Michel, spécialiste des Bara : “On a dit bien des choses inexactes au sujet de ces vols. On vole des bœufs en pays bara. Le fait est aussi ancien que la race. Le vol est un acte d‘éclat, une conduite d‘honneur nécessaire pour tout jeune célibataire désirant prendre femme”. P. Nakamy, un Bara qui étudie sa société, confirme : “la possession du bœuf, un animal sacré, est la suprême ambition de tout individu bara qui, ayant le sentiment de sa dignité, considère comme légitime tout moyen de s’en procurer. Imbus de cette idée, les audacieux et les impatients ne résistent guère à la tentation de razzier armes en main et au péril de leur vie”. Mais peut-on expliquer le vol de bœufs en cours actuellement seulement selon cette dimension culturelle?
  • Le reflet d’une crise de société
    Pour R.C. Andriamihaja, journaliste, travaillant à Fianarantsoa à partir d’interviews, le vol s’expliquerait par la jalousie, puissant ressort de la vie des villages. Il y aurait aussi l’incompréhension par certains jeunes de ce qu’on appelle la lutte des classes. Enfin, il existe ceux qui disent qu’il y a une dégradation morale, faute d‘un esprit religieux qui aurait pu rappeler la notion de Dieu. Quant au professeur Ramonja, chirurgien de profession, il souligne le contraste entre la poussée de la violence contemporaine et l’image traditionnelle d’une société paisible, aux habitants laborieux et hospitaliers, respectueux des biens d‘autrui, renommés pour la convivialité, vivant dans la solidarité de la grande famille et volontairement soumis à l’autorité des parents et des anciens. “De nos jours, c’est de l’intérieur que la société se désagrège. Le respect des hiérarchies s’efface. Les villes n’offrent aucun emploi industriel ni même artisanal à des campagnes surpeuplées où protestants et surtout catholiques ont implanté un dense réseau d’enseignement, acheminant les jeunes vers l’enseignement secondaire et donc la ville. La corruption et les trafics illégaux se développent impunément, l’abus de l’alcool et des stupéfiants exacerbe l’agressivité des jeunes gens et les viols et meurtres se multiplient”.
  • Un moyen d’enrichissement
    La recrudescence du phénomène a commencé au moment où la paupérisation de la population et l’appât de gros bénéfices poussaient les plus pauvres et certaines personnes influentes respectivement à commettre et à commanditer des vols. S’il est vrai que le Sud eut une vocation pastorale et qu’il fut dominé par la civilisation du bœuf et le mode de production guerrier, cela est du passé. Le banditisme rural qu’on observe aujourd’hui a un objectif majeur d’ordre économique, qui consiste, au sein d’une société trop pauvre, en un enrichissement individuel à bon compte. C’est pourquoi les troupeaux volés sont désormais rarement échangés ; ils sont rapidement vendus et les voleurs s’en prennent également à d’autres biens matériels. Qui, cependant, s’enrichit réellement dans l’affaire ? Ce n’est pas le voleur. Le bœuf se vend aux receleurs pour des sommes dérisoires à partager entre toute une bande. Tandis qu’un zébu vendu à 100,000 Ar par les receleurs et acheté 800,000 Ar sur les marchés. Une partie importante du marché de l’excellente viande de zébu consommée chaque jour par l’élite du pays à Madagascar provient des vols perpétrés par les dahalo et le blanchiment de cette filière est très efficace. Ce sont les receleurs et autres commanditaires, parmi lesquels on peut voir des bouchers, des membres des forces de l’ordre, mais aussi des élus, qui profitent du phénomène. On les nomme aujourd’hui les dulzulo anzbony lutubatra, ou bandits de bureau.
    En 1985 déjà, J. de Barrin écrivait que les bandits bénéficiaient d’évidentes et de solides complicités, à différents échelons de la hiérarchie civile et militaire. D’où ce florissant trafic de bêtes à cornes, exportées clandestinement vers les Comores, Maurice et la Réunion, ou acheminées tout aussi subrepticement vers les abattoirs de Tananarive.
  • L’explication socio-historique et politique
    Le vol de bœufs éclate dans certaines périodes historiques. Il y a des moments d’accalmie, surtout quand l’Etat joue bien son rôle et que la société vit dans une certaine stabilité. Les feux de brousse et le vol de bœufs apparaissent surtout lors de crises économiques et sociales graves. La recrudescence du phénomène dahalo s’explique donc d’un côté par l’appauvrissement et la désagrégation des communautés villageoises, et de l’autre par l’existence d‘une administration irresponsable, source de tous les abus dans le monde rural. C’est toute la structure de la société qu’il faut donc considérer si l’on veut trouver les véritables solutions.

Habitant de Tsimazava. Massif du Makay, Madagascar.

Source : « Le vol de boeufs en pays Betsileo » de H. Rasamoelina, Université de Fianarantsoa, Juin 1991, document résumé et mis à jour par Evrard Wendenbaum à l’aide des données et informations collectées sur le terrain auprès des villageois eux-mêmes.