Benoît Gilles, écovolontaire biologiste

Retour sur un écovolontaire récidiviste ! Benoît Gilles, entomologiste (spécialiste des insectes), est venu en tant qu’écovolontaire en avril 2016 dans le massif du Makay. Cet été, il remet ça et se joint à la mission scientifique 2017 dans le massif.

Benoît, qui es-tu ?

Benoît Gilles, écovolontaire biologiste dans le massif du Makay

Benoît Gilles, écovolontaire biologiste dans le massif du Makay

Passionné depuis toujours par le monde vivant qui m’entoure, notamment par les insectes et les milieux tropicaux, ma vocation était toute trouvée : devenir biologiste spécialiste des insectes, compétence appelée entomologie.

Après un cursus universitaire, Licence à l’Université de Poitiers puis un Master Recherche en Biologie en écologie évolutive à l’Institut de Recherche sur la Biologie de l’Insecte (IRBI) de l’Université de Tours, j’ai eu plusieurs opportunités successives de travailler pour des projets en entomologie à travers la planète. C’est ainsi que j’ai pu étudier les mouches des fruits de la famille des Tephritidae sur l’ile de La Réunion au sein du CIRAD (Centre de Coopération Internationale de Recherche Agronomique pour le Développement), puis les papillons mimétiques du genre Heliconius avec le CNRS et le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, où je suis parti 6 mois au Panama pour mener des élevages d’hybridation (centre du Smithsonian Tropical Research Institute – STRI) et des collectes de souches sauvages en Guyane française, à la station des Nouragues.

Après d’autres activités professionnelles, dont l’une dans le développement d’un projet d’aquaculture agro-écologique innovant, je suis revenu à l’entomologie. Je travaille donc actuellement, et ce depuis début 2016, comme chargé de Recherche et Développement au sein d’une Start-up développant un projet de conversion de bio-déchets et co-produits agricoles en aliment destiné à la pisciculture par l’insecte. Nous utilisons l’insecte pour valoriser de la matière organique peu valorisable, en protéine animale, qui est fortement valorisable.

Je suis également l’auteur du site : passion-entomologie.fr, qui a vocation à faire découvrir le monde incroyable des insectes à travers de multiples facettes : biologie, écologie, actualités scientifiques, interview, présentation d’ouvrages…

Ecovolontaire dans le massif du Makay à Madagascar

Le massif du Makay à Madagascar

Comment as-tu découvert le Makay ?

Après quelques années sans mettre le pied en forêt tropicale, le désir de repartir devenait très prégnant. Il fallait que je parte !

Connaissant l’expédition de 2011 dans le Makay, région où la faune et la flore sont encore préservés et quasi-inconnus, il n’en existe pas beaucoup sur Terre, il n’a pas fallu longtemps pour me convaincre que c’était l’endroit où je devais aller ! J’ai donc pris contact avec Naturevolution et Evrard Wendenbaum pour leur informer de ma volonté de participer à l’exploration de cette région et à l’inventaire de l’entomofaune sur place.

Donc, départ en avril 2016 pour 3 semaines comme écovolontaire biologiste dans le Makay !

En quoi consistait ta venue dans le Makay ?

Araignée du genre Nephila dans le Makay

Araignée du genre Nephila, qui peut tisser des toiles de 3m de diamètre !

La région ayant peu fait l’objet d’études et d’inventaire de l’entomofaune, de nombreuses espèces restent à découvrir. Mon souhait est de participer à améliorer la connaissance de la biodiversité afin de démontrer l’aspect unique et riche du Makay dans le but d’apporter des arguments quant à sa protection. Un travail que mène Naturevolution depuis plusieurs années maintenant qui a permis son classement en Aire Protégée.

Au cours de mes déplacements, j’ai donc réalisé des collectes des insectes que je pouvais rencontrer et suscitant un intérêt. Je me suis surtout intéressé à des taxons comme les Cerambycidae, les Cicindelidae et les Chrysomelidae pour les Coleoptera ; les Diopsidae, les Bombyliidae, par exemple, pour les Diptera (mouches) ou encore les fourmis (Formicidae).

La saison sèche était précoce en 2016, d’où un mois d’avril particulièrement sec, ce qui a pour conséquence une forte diminution des activités biologiques, tant végétale qu’animale. Les conditions n’étaient donc pas favorables à la collecte d’insectes. Le pic d’activité concorde avec le début de la saison des pluies fin novembre. J’ai pu tout de même rapporter près de 200 échantillons qui sont actuellement dans les mains de spécialistes pour détermination.

Libellule (non déterminée) dans le massif du Makay

Libellule (non déterminée) dans le massif du Makay

Nombre d’échantillons de certains taxons ne pourront pas, malheureusement, faire l’objet d’études car il n’existe tout simplement pas de base de données et de clés d’identification pour Madagascar, et aucun entomologiste ayant les compétences pour les identifier. Ainsi, certains diptères et hétéroptères (punaises) vont être conservés pour éventuellement être déterminés dans le futur. Mettre un nom sur un insecte est souvent laborieux et long, surtout sur des spécimens provenant de régions reculées comme l’est, le Makay.

L’actualité entomologique qui fait suite aux collectes d’insectes dans le Makay peut être suivie sur mon site internet.

Benoît Gilles, écovolontaire dans le Makay

Benoît Gilles dans le Makay

Racontes-nous ton vécu sur place…

Une épopée qui prouve bien que le bout du monde existe bel et bien !

La découverte du Makay offre une grande palette de ce que peut rechercher un biologiste en souhait d’aventure et d’exploration : plusieurs jours de route sur des pistes, des traversées de rivières en 4×4, des heures de marche à la fois dans des canyons humides et dans des savanes sèches, des nuits passées à la belle étoile, des plongées dans des torrents, des descentes en rappel, des rencontres avec les populations locales mais aussi la rencontre d’une équipe exceptionnelle de passionnés.

Je souhaite vivement remercier les organisateurs et l’ensemble des bénévoles pour leur professionnalisme, leur gentillesse et leur joie de vivre.

Hormis le fait que la saison n’était pas propice à la collecte d’insectes, les 3 semaines passées dans le Makay ont été un régal et m’ont procuré une réelle satisfaction. J’ai ainsi pu découvrir un continent, une faune et une flore qui m’étaient inconnus (biodiversité à fort taux d’endémisme) et des paysages extraordinaires.

Les canyons du Makay

Canyons du massif du Makay

Quels sont tes prochains projets ?

Pour les mois à venir, le développement de la société pour laquelle je travaille va me demander beaucoup de temps, l’engouement d’un projet start-up !

Puis, continuer à m’impliquer dans des missions d’exploration, avec Naturevolution, et d’inventaires de l’entomofaune tropicale. A l’heure où la disparition et l’érosion du monde vivant n’ont jamais été aussi rapides et globales, contribuer à la préservation de la biodiversité est une aventure passionnante !

J’ai la chance de pouvoir vivre de ma passion. Les envies et les possibilités sont nombreuses, seul le temps vient à manquer…

Partez avec nous comme écovolontaire dans le Makay ! Il est notamment possible de contribuer à la mission scientifique étudiante en faisant, parmi d’autres activités, de la science participative. Tout les détails sur cette page : partir comme écovolontaire.

Avec Lilo, le moteur de recherche responsable, aidez-nous gratuitement

Chaque année chacun de nous – sans le savoir – rapporte 30€ aux moteurs de recherches, grâce à la publicité. La bonne nouvelle, c’est qu’en utilisant le moteur responsable Lilo, cet argent va à des projets sociaux et environnementaux de votre choix !

Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, sachez que notre projet a été sélectionné par Lilo. Vous pouvez donc nous aider gratuitement en utilisant Lilo pour vos recherches quotidiennes ! Sachant que 300 à 500 recherches génèrent environ 1€, la somme collectée peut monter très vite et cela peut avoir un impact important sur notre capacité à agir pour la protection de la nature.

Cerise sur le gâteau, Lilo offre la même excellence de résultats que les plus grands moteurs de recherche puisqu’il utilise les mêmes algorithmes et, mieux encore, il ne collecte pas vos données personnelles et agit pour votre vie privée sur internet.

Alors naviguez Utile, essayez Lilo ! Pour ce faire, rien de plus simple :

  1. Rendez-vous sur cette page pour installer le moteur de recherche Lilo sur votre navigateur.
  2. Utilisez Lilo au quotidien et cumulez des gouttes d’eau à chaque recherche.
  3. Allez régulièrement sur notre page projet Lilo et verser nous vos gouttes d’eau.

Sagesse inuit et changement climatique

Pour se replonger dans les latitudes nordiques de la Mission Scoresby, n’hésitez pas à regarder ce documentaire qui rassemble des paroles d’Inuits sur le changement climatique.

« Sagesse inuit & changement climatique » — le vécu au quotidien d’un environnement en changement

Le documentaire est en téléchargement (gratuit / don libre) avec sous-titres français et anglais ici : Sagesse inuit et changement climatique.

Suivant une approche assez neutre, le réalisateur Zacharias Kunuk et le chercheur et producteur Ian Mauro donnent la parole aux inuits les plus agés de leur communauté. Ceux-ci racontent les changements survenus de leur vivant, leur interprétation, et comment leur mode de vie a du s’adapter. A travers leurs actions quotidiennes, telles la chasse au phoque, le traitement des peaux, l’observation des éléments, ils décrivent un environnement arctique qui change sous leurs yeux.

Photo © Isuma TV

Ce qui est intéressant, par rapport à notre approche souvent scientifique et rationalisée de la question (et appréhendée principalement via internet), c’est que le changement climatique est approché ici via l’expérience, l’observation et le ressenti de ceux au contact direct d’un environnement en pleine mutation. Il y a bien entendu quelques décalages entre les convictions des Inuits et celles des Southerners (« Méridionaux », c’est à dire nous, les non-inuits), mais cela a le mérite de pousser plus loin la réflexion sur le rôle et l’attitude des différents acteurs sur la question du changement climatique.

Photo © Isuma TV

Retrouvez les autres films et actualités de Ian Mauro et d’Isuma TV sur leur site : Isuma TV

La Team Manaca, sportive et généreuse !

Nous remercions chaleureusement Marina et Nadège de la Team Manaca qui viennent de concourir au Raid Amazones 2016 en portant les couleurs de Naturevolution ! 

Outre leurs résultats impressionnants (6èmes au classement sur 33 équipes en double !), le duo de kinés avignonnaises a également mis son énergie pour lever des fonds en faveur de notre association et nous gratifie d’un don de 1000€ en ce début d’année 2017 !
Encore merci pour votre engagement et votre générosité 

En 2017, mouillez-vous pour la nature !

Pour vos bonnes résolutions de 2017, faites comme Naturevolution !

Et pour vous récapituler nos actions d’exploration, de sensibilisation et de protection, découvrez l’intervention d’Evrard Wendenbaum aux précédentes Rencontres Montagnes et Sciences de Grenoble en novembre 2016, venu présenter notre dernier projet au Groenland ainsi que nos actions à Madagascar, à savoir : 
– comment s’organise une expédition scientifique 
– et comment aboutir à un plan de conservation.

Une exposition invite à la découverte du Scoresby Sund

C’est une véritable invitation au voyage qu’offre l’exposition “A la découverte du Scoresby Sund”, réalisée par Evrard Wendenbaum, grâce au soutien de FG Design. Pendant quatre jours, elle a habillé le hall de l’Espace Encan, dans le cadre du Festival international du film d’aventure de La Rochelle, mettant à l’honneur l’expédition menée par Naturevolution cet été au Groenland, dans le cadre du projet Lost Worlds. 

Direction : les fjords !

L’aventure dans le Scoresby Sund, le plus grand système de fjords au monde, se poursuit donc pour la quinzaine d’aventuriers et de scientifiques ; elle prend la forme de 90 m2 de visuels qui retracent leur périple, leurs recherches, et témoignent également de la beauté, la poésie et la fragilité du Groenland. 

Il suffit de lever légèrement la tête pour se retrouver au coeur d'un moulin.


Comment se présente-t-elle ?

Elle se présente sous la forme d’une double arche, de 13 m et 6,50 m de long, l’ensemble mesurant entre 3,50 et 4 m de haut. 

De l'autre côté, les photos d'Evrard.

Chaque panneau, illustré sur toutes ses faces, invite à découvrir les différents écosystèmes caractéristiques de ce territoire, les fjords, la toundra et les montagnes, à travers dessins, photos, vidéos et contenus didactiques.


Un panneau, deux regards

Les panneaux se parent des dessins de l’illustratrice et naturaliste Auka (Aurélie Calmet) et offrent un regard inédit sur ce voyage. Se croisent ainsi ses talents de dessinatrice à ceux, photographiques cette fois, d’Evrard Wendenbaum, qui a su saisir, à travers des clichés spectaculaires, ce territoire grandiose.

D'un côté les dessins et vidéos.
Ambiance "montagnes" grâce aux dessins d'Aurélie.


Extraits d’un film

Mais la découverte ne s’arrête pas là. De courtes vidéos animent l’exposition et servent de prolongement à la cause défendue par Naturevolution : donner à connaître au plus grand public ces territoires encore largement inexplorés pour pouvoir mieux les protéger. Elle forment les pièces d’un ensemble, un court métrage de 13 minutes réalisé par Evrard Wendenbaum, et projeté en ouverture du festival rochelais et dans le cadre des Rencontres Montagnes et Sciences à Grenoble. Il poursuit sa route des festivals, avant la réalisation d’un prochain film.

Lagopède géant depuis les hauteurs.

 

Naturevolution sur la route des festivals

A peine rentrés de l’expédition dans le Scoresby Sund au Groenland, et voilà les membres de Naturevolution repartis sur la route des festivals. Le point sur les dates à venir.

Quelques semaines seulement après avoir atterri en France, et les voilà déjà repartis sur les routes. Les membres de l’association Naturevolution, avec à leur tête Evrard Wendenbaum, parcourent la France pour être présents aux festivals qui font l’actualité cet automne. Avec, en ouverture, le festival savoyard le Grand Bivouac qui s’est tenu à Albertville, du 13 au 16 octobre. L’association y tenait un stand en plein coeur du Salon du voyage. Un premier pas avant le grand saut. Le point sur les événements à venir.

  • La Rochelle

Le Festival du film d’aventure de La Rochelle, du 15 au 20 novembre 2016.  Evrard Wendenbaum présentera un film de 15 minutes sur l’expédition menée à l’été 2016 au Groenland en ouverture du festival rochelais, le  jeudi 17 novembre, à  partir de 18 heures. Une exposition inédite sera également proposée dans le hall de l’Espace Encan avec le soutien de FG Design. Une première.

Vendredi 18 novembre, à partir de 14 heures heures, Evrard Wendenbaum partagera avec les enfants des écoles de la Communauté d’agglomération les expériences de ses deux dernières expéditions. Du massif du Matarombéo en Indonésie au fjord du Scoresby Sund au Groënland, ils échangeront sur la recherche scientifique et l’exploration au service de la préservation de l’environnement.

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  • Grenoble

Les Rencontres Montagnes et Sciences, qui se tiennent dans cinq villes différentes cette année, accueilleront à Grenoble vendredi 18 novembre le 15 minutes de l’expédition au Groenland. Cette soirée sera animée par le géophysicien Eric Larose, qui a accompagné l’équipe dans cette formidable aventure pour étudier, entre autres, le mécanisme du gigantesque glacier Edward Bailey.

  • Paris

Samedi 26 novembre, Naturevolution sera aux côtés de Gédéon pour célébrer les vingts ans de “film, de science et d’aventure” de la société de production. A cette occasion, le film sur l’expédition au Makay sera projeté au Muséum d’histoire naturelle de Paris. 

Emeric Mourot lors de la première descente en bateau de la rivière du Makay, massif du Makay, Madagascar

Descente en bateau de la rivière dans le massif du Makay, à Madagascar.

  • Toulouse

Les grandes expéditions modernes sont au coeur du festival “Terres d’ailleurs“, qui se tient au Museum de Toulouse, du 23 au 27 novembre. Lost Worlds est un des invités de cette nouvelle édition.

  • Et encore…

Evrard Wendenbaum sera l’invité du Young Natural History Scientists Meeting, un des plus grand événement étudiant au monde autour de la biodiversité, avec plus de 20 pays représentés. Organisé par le BDE du Muséum, il se tiendra du 8 au 10 février 2017 au Muséum d’histoire naturelle de Paris. 

Le Serpent de tous les fantasmes

RENCONTRE INSOLITE – Glissant et tournoyant le long de la rivière, un drôle d’animal s’est approché de notre groupe et est venu se placer littéralement sur notre chemin… Dérangé par la présence de notre groupe, il s’éloigne progressivement sous nos regards attentifs, sans manquer ni de beauté ni d’élégance dans sa locomotion silencieuse.

Mystérieux serpent à proximité du camps de base de Menapanda.

Mais écoutons plutôt un extrait du journal de bord de Louis qui se trouvait aux premières loges.

16 août 2016.
[…] nous remontons la rivière. C’est ici que m’attend un événement providentiel qui aura une grande importance dans ce voyage. Tout en discutant avec notre guide – Bernard, directeur de Naturevolution Madagascar – des sujets divers sur le Makay, un coup d’œil – des plus hasardeux ! – vers mes pieds me fait remarquer un corps longiforme d’un rouge profond qui se contorsionne sous le poids de mon imprudente semelle. Il me semble important de préciser mes pensées : je croyais alors marcher sur une sorte de gros ver enfoui sous le sable. En reculant ma chaussure et en me décalant pour libérer l’infortuné, une chose grise se dressa hors de l’eau et il ne me fallu pas une seconde pour réaliser que j’avais piétiné un serpent – les vers en cachent d’autres, dans le coin. Bien que m’étant exclamé, je crois avoir épargné à mes compagnons un cri de fillette. C’était là un véritable cobra sous mes yeux ! Mais il n’est pas supposé y en avoir à Madagascar, savourons l’incohérence. Bernard pensa d’abord à une couleuvre, et demanda à Stéphanie de prendre des photographies pour une identification ultérieure. Nous avons tourné autour de l’animal qui se laissait porter par l’eau (difficile de dire s’il y était à l’aise). Quand il s’arrêtait, l’eau creusait un sillon autour de sa silhouette ; Nous sommes partis après cinq minutes d’observation. Ce serpent était remarquablement plat depuis le bas du crâne jusqu’à un tiers de sa longueur, mais ne présentait finalement pas l’évasement significatif des cobras. De couleur sable, le mimétisme avec le substrat aurait été parfait, sans le dégradé rouge bordeaux qui se poursuivait jusqu’à l’extrémité postérieure. Sur le moment, j’ai été plus inquiet sur l’état de santé de la bête – j’avais empiété sur son intégrité physique, puis c’est une fascination qui s’éveilla ensuite, jusqu’au soir de ce même jour où elle s’embrasat royalement.

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Ecailles sableuses et rocailleuses pour se fondre au mieux dans le paysage.

Qui es-tu? Comment t’appelles tu?
Mon nom est Ithycyphus oursi. Un nom à la consonance scientifique qui permet de me différencier de mes cousins Ithycyphus goudoti, It. miniatus et It. perineti.

On me surnomme aussi (nom vernaculaire) Fandrefiala, Tampakasa, Fitibosity, « celui qui tire sur les bœufs châtrés », allusion à la légende malgache selon laquelle ces serpents attaquent les bœufs ou Fananjana barika, « celui qui étrangle les lémuriens ».

Dans le Makay, l’identification de ce beau serpent n’était pas aussi aisée :

De retour au camp, j’ai pu assister à l’interrogatoire des gens locaux : imaginez mon excitation d’alors, il s’agissait là d’un fait relevant presque d’une enquête cryptozoologique. Bernard m’apprit un élément d’importance : il est impératif de questionner les gens un par un, et de ne pas orienter les réponses. Préférez « Qu’est-ce que c’est ? » à « C’est une couleuvre ? ». Ragab, l’ermite qui vivait à proximité, proposa quelques serpents d’après les clichés mais aucun d’eux ne correspondaient. Même chose pour Gaston, Fréddier (qui est pourtant connaisseur des rampants de Madagascar) et les porteurs du groupe – ces derniers ont baptisé notre curiosité par ce qui peut-être traduit de leur dialecte « le serpent méchant aux multiples couleurs ». Personne ici n’a déjà vu cet engin, semble t-il, ce qui est fort encourageant.
Étonnant d’ailleurs l’ampleur que prend le mysticisme qui entoure désormais ce serpent. Je le prenais pour une couleuvre locale, c’est à présent une légende qui hante mes rêves…

Nage droit devant toi ! Nage droit devant toi !

Regardez, regardez moi, je suis votre Kaa. Aujourd’hui je pose pour vous, pour quelques clichés qui feront de moi peut être un jour un être aimé pour toujours.
Inoffensif serpent arboricole, mon alimentation est constitué principalement de petits Caméléons ou petits Mammifères. Certes ma posture cobresque, mes mouvements ondulatoires peuvent effrayer mais ils sont cependant de redoutables atouts pour rejoindre les canyons les plus profonds en nageant lentement sur ses ruisseaux envoutant.

Bon à savoir ! Les serpents malgaches sont inoffensifs pour l’homme. Certains possèdent des glandes à venin capable de tuer des petits rongeurs (Madagascarophis sp) par exemple. On compte 62 espèces de serpents, 3 appartiennent aux Boidea, 9 aux Typhlopidea et 50 aux Glubridea. Le taux d’endémisme est très élevé.

Parmis eux des serpents étranges comme le Langaha, fameux serpent en forme de liane, muni d’un appendice nasal développé, différent selon le mâle et la femelle. Parfaitement camouflé, il est très difficile de l’apercevoir dans la nature. Il se nourrit de petits lézards.

Langaha madagascariensis. Photo par Anauxite / CC BY 2.0

Merci à Louis pour son récit, et merci à Christopher Raxworthy et Elodie Courtois, deux herpétologues qui ont réalisés l’identification. Elodie Courtois a notamment participé aux missions scientifiques de Naturevolution dans le Makay en 2010 et 2011. Elle y avait relevé la présence de ce serpent, permettant ainsi de préciser sa répartition géographique.
Retrouvez son portrait vidéo réalisé dans le Makay ici :

BIBLIOGRAPHIE
http://bionames.org/bionames-archive/issn/0181-0626/8/409.pdf
Rapport scientifique d’herpétologie, expédition Makay nov-dec 2010 – Elodie COURTOIS, Société Herpétologique de France, et Justin Claude RAKOTOARISOA, association Mitsinjo.

Louis : “Y retourner semble presque une évidence”

TEMOIGNAGE – Louis, jeune écovolontaire de 22 ans, s’est lancé dans l’aventure en rejoignant le Makay durant l’été 2016. Il nous raconte son périple :

Louis surplombant le Makay

Louis surplombant le Makay

> Peux tu te présenter rapidement?
Bien, je me présente : Je m’appelle Louis Chevillard, jeune étudiant venant d’intégrer – pour son plus grand plaisir ! – un master de Sciences évolutives sur Paris, à l’Université Pierre et Marie Curie. Bercé par le générique d’Indiana Jones depuis la tendre enfance, l’exploration de nouveaux terrains et les mystères animaliers qui peuvent s’y cacher m’ont toujours fasciné. A partir de là, entre recevoir la proposition de Naturevolution et partir avec eux à la découverte du Makay, l’hésitation fut très brève…

Sur un air d’Indiana Jones :

> Comment as tu découvert le Makay ?
J’étais donc inscrit sur la liste de diffusion de Timarcha, l’association naturaliste, qui nous envoie un jour un mail concernant les missions du Makay via Naturevolution : leur site internet attise beaucoup la curiosité, et le reportage réalisé sur cette région révèle un univers que l’on peut ranger dans les derniers « Lost Worlds ». Avoir l’opportunité d’y partir semblait valoir le coup.

Louis face a un plateau sec qui borde le Makay.

> Qu’est ce que tu as trouvé le plus difficile ? Ton pire souvenir?
L’encadrement et l’organisation sont si bien ficelés que je n’ai rien trouvé de difficile ou de désagréable durant le séjour. Ce qui m’en a fait bavé l’espace d’une bonne heure n’est dû qu’à mon imprudence : il existe une plante que l’on appelle « Takilt » ou Pois Mascate et qui produit de minuscule spicule de silice. Au contact de votre peau, imaginez l’inconfort du poil à gratter qui se transforme à Madagascar en une torture viscérale, le seul moyen efficace est de gratter avec du sable bien sec, et de prendre sur soi.

> Ton moment préféré du séjour?
Bien que saisi par la beauté des lieux et des bestioles qui s’y baladent timidement, mes meilleurs souvenirs de l’expédition sont des moments humains. Nous avions réellement une intimité avec l’équipe de guide et porteur le soir, et il ne me semble pas avoir connu quelque chose de plus saisissant qu’un partage de contes, légendes et danses autour du feu. Quand les fables de La Fontaine côtoient les histoires malgaches, et que l’électro occidentale fricote avec les danses traditionnelles.

Porteurs et Ecovolontaires réunis pour une belle photo

> Tes impressions sur les repas. Un aliment préféré ?
En tant que gros mangeur, mon avis peut sans doute compter sur la question. Nous n’avons jamais été en manque et la qualité était au rendez-vous. Les restaurants proposent un tas de plats succulents sur le chemin qui mène au massif, de la soupe chinoise aux lasagnes de zébu. Pendant l’exploration, tout dépend du cuisinier sur lequel vous tombez : le nôtre était particulièrement talentueux, et son canard miel-gingembre caramélisé m’a valu une petite larme à l’oeil. Une mention spéciale pour les brochettes de zébu cuisinée par Ernestine, dans la rue d’un village paumé dans la brousse.

> Un mot pour résumer ton aventure !
Pour utiliser un mot qui n’est pas parmi les « incroyables et fascinants », je dirais « conforme ». Il s’agissait de ma première aventure de terrain dans un milieu presque vierge d’investigation humaine, et le séjour correspond à tout ce qu’on peut en attendre : découvertes, nature sauvage, autochtones, vieilles routes pourries, 4X4 robustes, brousse, diarrhées, longues marches, insectes, plantes exubérantes, dormir au sol, campement en pleine jungle, etc…

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Exploration dans l’un des canyons du massif.

> De retour bientôt dans le Makay? Un autre pays ?
Y retourner semble presque une évidence : le travail naturaliste à fournir là-bas est encore si important ! Je n’ai pas d’autres pays en tête pour le moment, mais si l’occasion se présente de se rendre dans un autre trou perdu, ce sera avec joie !

Ce jeune étudiant nous a montré bien des talents dont un magnifique trait artistique :

Louis esquisse sous un forme dinosauresque nos trois guides : Raphael, Fredier et Gaston

Louis esquisse sous un forme dinosauresque nos trois guides : Raphael, Fredier et Gaston

Une fois l'oeuvre terminé ! Le résultat est super !! Bravo Louis !!!

Une fois l’oeuvre terminé ! Le résultat est super !! Bravo Louis !!!

Retrouvez d’autres chefs-d’oeuvres de cet artiste en herbe sur son blog : Cryptidophilia

Rappel : vous pouvez nous rejoindre dans le Makay en mode “trek engagé” ou participer en tant qu’éco-volontaire à nos projets de développement pour que les populations locales vivent mieux et en harmonie sur les bords de ce petit eden. Vos frais de participation sont entièrement dédiés à la protection du Makay et nous sont essentiels pour que nous puissions pérenniser nos actions.

Une famille écovolontaire dans le Makay

RECIT – Pour la première fois depuis le lancement des missions d’écovolontariat, l’équipe de Naturevolution accueille une famille dans le massif du Makay. Ils sont venus à cinq et le plus jeune est âgé de 11 ans !

Au programme : réalisation des finitions de l’école de Beronono, échanges avec les populations locales et découverte du Makay !

Bienvenu à Xavier, Manu, Victor, Camille et Adrien de la famille Daros ! (Photo © Naturevolution)

Travaux autour de l’école de Beronono : l’année dernière, grâce au soutien financier de la fondation Orange Solidarité Madagascar, Naturevolution a pu entreprendre la construction de 2 écoles dans les villages de Beronono et Tsivoko en bordure du massif. Plutôt que de faire intervenir un prestataire extérieur à la région, nous avons choisi de faire principalement appel aux compétences locales et de travailler en « auto-construction ». L’intérêt principal à cette approche est de fédérer les villageois autour de la construction de l’école au quotidien, et par là-même de les rendre partie intégrante du projet éducatif porté par Naturevolution dans ces villages. Par ailleurs, cela permet de réduire les coûts de construction de l’école, d’entretenir les savoirs-faire locaux, et d’en introduire de nouveaux.

L’équipe Daros a eu pour mission d’achever les enduits de l’école, puis de réaliser des renforts de soubassement des murs en adobe et en pierre.

Hommes, femmes et enfants viennent contribuer comme ils le peuvent à la construction. (Photo © Naturevolution)

La technique de construction en Superadobe — c’est quoi?
L’adobe est à l’origine une technique de construction consistant à mélanger de la terre, de l’eau et une faible quantité de paille hachée ou d’un autre liant, pour façonner des briques que l’on laissera sécher au soleil. Ces dernières seront ensuite utilisées lors de la construction.

Le superadobe est quant à lui une variation de cette technique : la terre est placée dans de grands boudins de plusieurs mètres de long qui sont directement utilisés pour donner à l’école sa structure. Chaque boudin vient se placer sur le précédent. Des enduits en terre et à la chaux viennent ensuite lisser les murs et les protéger, et une charpente vient recouvrir le bâtiment. Cette technique à l’énorme avantage d’être simple à mettre en œuvre en suivant les conseils d’une personne qui la maîtrise, d’utiliser principalement des matériaux locaux, et d’être flexible et économe.

Une variante de cette technique de construction avait été utilisée en 2012 pour construire la case de Naturevolution dans la forêt de Menampanda.

Pour donner une touche d'originalité, la porte de l'école est peinte en bleu !

Pour donner une touche d’originalité, la porte de l’école est peinte en bleu ! (Photo © Naturevolution)

Pour que les murs de l’école résistent aux cycles des saisons des pluies et des saisons sèches, le toit est muni d’un auvent et des soubassements viennent protéger le pied des murs extérieurs.

Toute l'équipe est au travail aidé par les locaux.

Toute l’équipe est au travail aidé par les locaux. (Photo © Naturevolution)

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Les enfants de Beronono sont toujours prêts à trouver des nouveau jeux — même pour tasser les renforts de l’école ! (Photo © Naturevolution)

Fredier, un des guides de Naturevolution, dispense un cours de malgache sur le tableau de la nouvelle école !

Fredier, un des guides de Naturevolution, dispense un cours de malgache sur le tableau de la nouvelle école ! (Photo © Naturevolution)

À suivre dans quelques jours avec le portrait d’un écovolontaire, et une belle rencontre reptilienne dans le Makay !