Un travail de fourmis

De passage à Tana, j’ai eu la chance de retrouver Brian Fisher et son équipe. A l’œuvre dans leur laboratoire du California Academy of Sciences à deux pas du Parc Botanique et Zoologique de Tsimbazaza, ils travaillent actuellement sur les échantillons d’insectes collectés dans le Makay en novembre-décembre 2010, ainsi que sur ceux qu’a collecté Jean-Michel Bichain en janvier 2010. Et cela tombe bien, je me demandais justement comment ils traitaient leurs échantillons une fois la phase de terrain et de collecte terminée. Voici donc dans les grandes lignes le processus.

La première étape est celle du tri. Il s’agit de séparer les milliers de spécimens le plus précisément possible par taxon. Tous sont triés d’abord par ordre puis par groupe. Ensuite les fourmis bénéficient d’un traitement de faveur et sont triés jusqu’à la famille, le genre, l’espèce et éventuellement la sous-espèce, tandis que les autres groupes sont envoyés à quelques 150 spécialistes à travers le monde.

Une collection de fourmis du Makay, Californa Academy of Science

A la deuxième phase, il ne reste donc plus que des fourmis. Celles-ci sont « montées » au bout d’épingles avec pour chacune d’elles, un code, le point gps de collecte, le groupe taxonomique, le nom du collecteur…. Cette phase de « mounting » est un véritable travail d’orfèvre car certaines espèces de fourmis ne font pas plus d’un millimètre de long. Les données sur étiquettes sont écrites en tout petit. A vrai dire, il faut une loupe pour les lire. « Il doit seulement y en avoir seulement quelques unes » me direz vous, « ça ne doit pas être bien long ! » C’est ce que je croyais jusqu’à ce que je rencontre Brian et ses collègues sur le terrain. Alors que nous ne voyions que quelques fourmis différentes, eux en trouvent des dizaines, que dis-je des centaines. Et oui, car d’espèces de fourmis, le monde en regorge. On estime à près de 30000 le nombre d’espèces sur la planète !! Si si! Et ce sont 1339 espèces (dont 418 décrites) différentes qui sont déjà recensées rien que sur l’île rouge. Incroyable non ? Autant vous dire donc que ces deux premières phases représentent un travail colossale, ou de fourmis si vous préférez.

Fourmis du California Academy of Science, Madagascar, Makay

Ceci achevé, nos amis chercheurs prélèvent une patte sur chacune des fourmis et les isolent dans de tout petits tubes qui sont envoyés alors à San Francisco pour analyse ADN. Cette phase qui prenait des semaines auparavant ne prend que quelques minutes aujourd’hui pour chaque espèce.

Une fois le séquençage achevé, Brian récupère toutes ces informations et les entrent dans sa base de données. Si elles correspondent à des données déjà entrées dans la base, alors l’espèce est connue. L’information obtenue reste tout de même intéressante car elle permet par exemple d’augmenter l’aire de répartition géographique d’une espèce donnée. Si en revanche, elle ne correspond à rien de connu, alors il y a toutes les chances que ce soit une nouvelle espèce.

Grâce au code qu’il lui a donné, Brian peut alors facilement retrouver le spécimen entier et l’étudier morphologiquement, le décrire puis finalement publier la découverte dans les revues scientifiques et sur le site internet Antweb dédié au monde des fourmis qu’il a créé, un site qui recense déjà près de 13000 espèces.

Fourmis du California Academy of Science, Madagascar, Makay

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